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Annexion de la Crimée: qui sont les soutiens de Vladimir Poutine?

Joshua Keating, mis à jour le 22.03.2014 à 8 h 53

Cette coalition regroupe bien sûr la Syrie et le Venezuela, mais certains membres brillent par leur absence...

Vladimir Poutine, à Moscou en février 2014. REUTERS/Maxim Shemetov

Vladimir Poutine, à Moscou en février 2014. REUTERS/Maxim Shemetov

Joe Biden, le rassureur-en-chef de la diplomatie américaine, est actuellement en tournée en Europe de l’Est et s’entretient avec les dirigeants quelque peu inquiets de Pologne et des Etats Baltes. Il n’est pas étonnant que ces Etats s’inquiètent de constater l’incapacité manifeste de la communauté internationale à empêcher l’annexion de la Crimée par la Russie, mais s’essayer à dresser la liste des Etats qui soutiennent la Russie est une tâche un peu plus intéressante.

L’indépendance des régions d’Abkhazie et d’Ossétie du sud, deux région de Géorgie, n’est comme on le remarque souvent, reconnue que par le groupe ô combien disparate de la Russie, du Nicaragua, du Venezuela, des Anuru et des Tuvalu (les Vanuatu ont fait défection). A quoi ressemble la coalition qui soutient l’annexion de la Crimée par la Russie?

Les deux seuls Etats à la soutenir manifestement sans réserve sont le Venezuela et la Syrie. Le président du Venezuela, Nicolás Maduro, en grande difficulté sur le plan intérieur, a accusé les Etats-Unis et les gouvernements européens de pratiquer la politique du deux poids-deux mesures dans cette crise en déclarant:

«Ce qui s’est passé en Crimée est une réponse à ce qui a permis l’effondrement de la démocratie en Ukraine. Il n’y a qu’une seule raison à cela: la politique antirusse des Etats-Unis et de certains pays européens. Ils tentent d’encercler la Russie afin de l’affaiblir et de la détruire au final.»

Le président syrien Bachar el-Assad, encore plus en difficulté que le président du Venezuela, a soutenu le mouvement des Russes visant à «restaurer la sécurité et la stabilité au sein du pays ami d’Ukraine face aux coups d’Etat répétés contre la démocratie et la légitimité du pouvoir, en faveur des terroristes extrémistes, grâce à la politique avisée du président Poutine, qui s’attache à respecter les lois et les légitimités internationales qui gouvernent les relations entre les Etats».

La Chine? L'Iran?

Bloomberg a décrit la coalition des pays soutenant la position de Poutine comme la «minorité Chine-Syrie-Venezuela» mais je ne suis pas certain que l’on puisse ranger la Chine dans la même catégorie.

Il est vrai que Pékin s’opposera à toute sanction contre la Russie et ne condamnera pas à voix haute ses actions, mais les dirigeants chinois ne se montrent guère enthousiastes sur ce dossier. Dans une déclaration en date du 2 mars 2014, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang, a ainsi affirmé:

«La position déjà ancienne de la Chine consiste à ne pas intervenir dans les affaires intérieures des autres Etats. Nous respectons l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine.»

L’Iran, allié de la Russie, a également adopté une posture vague, le ministre des Affaires étrangères Javad Zarif déclarant que «les interventions extérieures n’ont pas aidé à améliorer la situation» une déclaration qui peut concrètement s’adresser aux deux camps en présence.

La Biélorussie, alliée de longue date de la Russie, a refusé de soutenir Moscou, le président Alexander Lukachenko déclarant:

«Nous avons une vision globale de l’Ukraine. Elle doit conserver son intégrité territoriale, nul ne doit diviser ce grand pays.»

La Biélorussie est un membre signataire de l’Union douanière eurasienne que Poutine espérait voir rejointe par l’Ukraine, mais les relations entre Moscou et Minsk se sont détériorées et on dit que Poutine et Loukachenko se détesteraient cordialement.

Comme The Economist l’a remarqué, les gouvernements d’Asie centrale regardent également les évènements de Crimée avec inquiétude:

«Quelques jours après que les troupes russes aient occupé la Crimée, l’Ouzbekistan a fait part de sa préoccupation à l’égard de “la souveraineté et l’intégrité territoriale” de l’Ukraine. Le Kazakhstan a fait part de sa “vive inquiétude” à propos de “conséquences imprévisibles” d’un tel mouvement. Le Tadjikistan a demandé un “règlement objectif” de la situation –ce qui ne veut pas dire grand-chose. Le 11 mars, le Kirghizstan s’est démarqué, condamnant des “actes visant à déstabiliser l’Ukraine”.»

L'intéressante réponse de l'Inde

Le Kazakhstan, au moins, semble venir à la rescousse. Le ministre des Affaires étrangère a ainsi déclaré le 18 mars que «le référendum tenu en Crimée est perçu au Kazakhstan comme l’expression libre de la population de la République Autonome, tandis que la décision de la fédération de Russie, au vu des circonstances actuelle, est considérée comme compréhensible».

Le gouvernement du Brésil a été critiqué dans la presse pour ne pas avoir évoqué cette crise et on pense que le gouvernement pourrait craindre que la Russie décide de ne pas participer au sommet des Brics, qui doit se tenir en juillet au Brésil. Le ministre des Affaires étrangères, Luiz Alberto Figueiredo a fini par demander, le 19 mars, que soit trouvée «une solution qui respecte les valeurs démocratiques et la volonté des Ukrainiens».

La réponse la plus intéressantes est celle d’un autre membre des Brics: l’Inde (je n’ai trouvé aucune déclaration significative de l’Afrique du Sud). Le gouvernement indien s’est fermement opposé aux sanctions infligées à la Russie et, au début du mois de mars, le conseiller à la Sécurité nationale Shiv Shankar a déclaré:

«Il y a des intérêts russes légitimes et d’autres intérêts en jeu et nous espérons qu’ils seront discutés et que l’on trouvera un accord.»

A l’issue d’une conversation avec le Premier ministre Mahmohan Singh le 17 mars, Poutine a remercié le dirigeant indien pour sa position «mesurée et objective» sur ce dossier. Comme Ankit Panda l’a écrit dans The Diplomat, l’Inde est dépendante à 75% de la Russie pour ses importations d’armes et les relations entre l’Inde et les Etats-Unis sont au plus mal depuis le scandale Deyvani Khobragade.

Singh ne risque pas d’approuver officiellement la position de Poutine, mais l’Inde pourrait être ce qui ressemble le plus à un allié pour la Russie dans cette crise ukrainienne, en plus des soutiens habituels.

Cette crise a au moins le mérite de montrer que les relations américano-indiennes auraient bien besoin d’être réchauffées –ce qui risque d’être encore plus difficile au vu des élections qui se préparent cette année.

Joshua Keating

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Journaliste
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