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Joko Widodo est sûrement le prochain président d'Indonésie. Comment est-il arrivé là?

Jean-Claude Pomonti, mis à jour le 27.03.2014 à 13 h 55

Celui que l'on surnomme Jokowi est un Javanais sorti de nulle part à la progression politique fulgurante.

Joko Widodo, en meeting le 16 mars 2014 à Jakarta. REUTERS/Beawiharta

Joko Widodo, en meeting le 16 mars 2014 à Jakarta. REUTERS/Beawiharta

Retenez bien ce nom: Joko Widodo, plus connu sous le surnom de Jokowi, un Javanais sorti de nulle part, devenu roi des sondages en vue de la présidentielle de juillet 2014. Sera-t-il président? Fort probablement, et peut-être même dès le 9 juillet, premier tour de la présidentielle, même si la réponse tient aux résultats des élections législatives du 9 avril.

52 ans, longiligne, calme, le sourire toujours aux lèvres, Jokowi n’appartient pas à l'élite indonésienne qui, jusqu’ici, confisque le devant de la scène politique. D’origine très modeste, il a fait ses preuves dans l’exportation de meubles, un commerce qui l’a conduit à beaucoup voyager. Il a attendu 2005, soit la quarantaine passée, pour se lancer dans la politique. Il a alors été élu facilement maire de Surakarta (que l'on appelle aussi Solo), agglomération d’un demi-million d’habitants à Java Central, non loin de Yogyakarta. Sa réélection fracassante en 2010 –avec 91% des suffrages– a provoqué une première onde de choc au plan national.

L’un de ses secrets? Le style.

Jokowi n’occupe pas le devant des estrades. Il se mêle à ses administrés, passe des heures à se promener dans les faubourgs, à écouter leurs plaintes, leurs revendications. Les pieds sur terre, il fait preuve de pragmatisme, avance des solutions modestes mais raisonnables, amorce des programmes de santé gratuite, de transferts des populations de bidonvilles dans des lieux plus salubres.

A Surakarta, il a vécu simplement, refusant son salaire de maire et tout avantage. Ses subordonnés réalisent vite qu’il les surveille. Il prend les problèmes un par un: corruption, embouteillages, défaillances, absentéisme. Et il est partout présent.

En 2012, nouveau coup d’éclat: Jokowi se présente à l’élection du gouverneur de Jakarta. Ses chances semblent bien minces.

Produit du système et vieux routard de la politique, le gouverneur sortant, Fauzi Bowo, a l’appui du président Susilo Bambang Yudhoyono (que tout le monde appelle SBY, élu en 2005 et réélu en 2009 avec 60% des suffrages). En outre, Jokowi a choisi comme colistier un chrétien d’origine chinoise, surnommé Ahok. L’initiative est jugée maladroite: en Indonésie, 85% des 240 millions d’habitants se réclament de l’islam.

Jokowi, à Jakarta en avril 2013. REUTERS/Enny Nuraheni

Pourtant, en septembre 2012, au deuxième tour, Jokowi l’emporte facilement, avec 54% des suffrages.

Le voilà à la tête de Jakarta, douze millions d’administrés, ses encombrements sans fin, ses inondations annuelles, sa bureaucratie assoupie. Théoriquement présidentiable. Jokowi est la coqueluche des sondages et sa popularité est incontestable: en décembre 2013, alors qu’il n’a toujours pas déclaré sa candidature à la présidence, les sondages lui accordent quatre fois plus d’intentions de vote (45%) qu’à son principal concurrent (11%).

En Indonésie, les candidats doivent être présentés par des partis politiques, ce qui avantage les grandes formations. Pour se présenter à la mairie de Surakarta, en 2005, Jokowi a dû obtenir l’aval du PDI-P (Parti démocratique indonésien/lutte), mouvement bien installé dans le coin et dont la patronne est Megawati, fille aînée de feu Sukarno, fondateur de l’Indonésie. Présidente de 2001 à 2004, Megawati Sukarnoputri gère le PDI-P comme une affaire de famille. Elle bénéficie notamment du privilège de choisir, seule, le candidat du parti à la présidence.

Battue par SBY à deux reprises (2004 et 2009), elle ne semblait pas avoir renoncé, à l’âge de 67 ans, à prendre une dernière revanche. SBY ne peut pas se présenter une troisième fois et, de toute façon, son deuxième mandat se termine un peu dans la déconfiture (son parti est notamment miné par des affaires de corruption). En outre, en dehors de Jokowi, aucun candidat ne semble s’imposer.

Afin d’entretenir le suspense et ménager un effet d’annonce, ou parce qu’elle n’avait pas encore fait son choix, Megwati a attendu la veille du lancement officiel, le 16 mars, de la campagne pour les législatives pour annoncer que Jokowi sera le candidat du PDI-P à la présidence. Ce qui donnera au passage, tout le monde se l’accorde, un sérieux coup de fouet au PDI-P ainsi assuré d’être le premier parti au sein du Parlement.

Le choix de Megawati est sans aucun doute lié au fait que sa propre popularité s’est émoussée ces dernières années (6%, selon les sondages) et que Jokowi offre une occasion unique de reprendre le pouvoir. Megawati sera probablement la marraine de la prochaine présidence. Jokowi, le candidat venu d’ailleurs, sera-t-il à la hauteur de ses responsabilités? Le «Monsieur Propre» d’une classe politique plutôt corrompue est un néophyte, notamment sur le plan international. Coqueluche des sondages, il a toutefois prouvé qu’il savait déjà tracer son chemin avec autant d’habileté que de succès.

Jean-Claude Pomonti

Jean-Claude Pomonti
Jean-Claude Pomonti (23 articles)
Journaliste
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