France

Grippe A(H1N1): votre médecin traitant est-il un bon soldat?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 25.07.2009 à 18 h 46

Il est en première ligne pour affronter l'épidémie tant attendue par le gouvernement.

Dans le cabinet d'un médecin d'une clinique de Melbourne, en juin 2009. Mick Tsikas / Reuters

Dans le cabinet d'un médecin d'une clinique de Melbourne, en juin 2009. Mick Tsikas / Reuters

Personne ou presque n'y avait encore songé. C'est désormais bientôt fini. Nous allons tous rapidement devoir faire avec l'une des conséquences de la nouvelle étape de l'ambitieux plan de lutte antipandémique que vient de lancer le gouvernement français; une conséquence de taille: chacun va dans les jours, les semaines et les mois qui viennent pouvoir, simplement, évaluer la qualité de l'engagement personnel de son médecin traitant dans la bataille contre le A(H1N1). Rappelons que nous devons tous avoir un médecin traitant, que la pandémie est là ou presque et que le feuilleton commencé sur Slate.fr il y a trois mois n'est pas prêt d'être clos.

Filons un instant, à ce stade, la métaphore guerrière. Exercice de grande facilité qui, depuis l'émergence pandémique, ne cesse de fleurir. Il ne manque pas un bouton de guêtre. C'est en substance ce que vient de d'affirmer le Premier ministre en visite le 24 juillet à la sous-préfecture de Mantes-la-Jolie. «Notre pays est prêt à affronter cette pandémie, quelle que soit son importance, a déclaré François Fillon. On peut d'ores et déjà, compte tenu de ce qui se passe dans le reste du monde, dire qu'il y aura plusieurs millions de Français qui seront concernés par cette grippe.» Le Premier ministre s'exprimait devant des professionnels de santé qui vont bientôt être soumis à «l'épreuve du feu».

Munitions médicamenteuses

La générale en chef Roselyne Bachelot, ministre français de la Santé  claironne quant à elle depuis quelques jours sur toutes les ondes que le médecin traitant français est désormais «au cœur du dispositif». Toujours vêtu de blanc mais désormais «en première ligne» sa mission, s'il l'accepte, sera de repousser au mieux les avancées de notre ennemi viral commun. Le pharmacien d'officine sera quant à lui, comme toujours, à l'abri sous les feuillages protégeant les précieux stocks de masques et de munitions médicamenteuses.

L'heure va devenir grave. Solidarité nationale et maillage du territoire. Honneur prévisible de la Nation au médecin traitant, ce nouveau poilu qui devrait monter au front vacciné avant ou peu après les vendanges du millésime 2009. Sous les ors de leurs luxueux QG parisiens (dressés le plus loin possible des boulevards du même nom), les maréchaux sanitaires ont signé les feuilles de route. Et ces feuilles de route sont (miracle de l'espace démocratique marié à la numérisation) accessibles à chaque citoyen doté d'un accès à la Toile.

Diagnostic

Le Quotidien du Médecin (qui avec la Revue du Praticien Médecine Générale connaît tout des médecins traitants) vient de l'expliquer à ses lecteurs: «Depuis le 23 juillet, un espace dédié à l'information des professionnels de santé sur la grippe A/H1N1 vient d'être créé sur le site du ministère de la Santé et des Sports. Y sont d'ores et déjà disponibles des fiches mémo très claires, des recommandations sanitaires et les premières modalités d'organisation», résume le Dr Irène Drogou qui précise, concrètement, de quoi il retourne. Et ce sont bien ces précisions (accessibles pour l'heure à tous, «professionnels de santé» ou non, sur le site ministériel) vont nous permettre de poser un diagnostic sur la qualité de l'adhésion de votre praticien à la lutte antipandémique.

Nous avions tous plus ou moins appris, ces dernières années, à faire avec les classements qualitatifs des établissements hospitaliers établis publics, puis privés; une entreprise patiemment développée d'abord par nos confrères du Point rapidement suivis par d'autres. Désormais cette évaluation vaudra pour chaque médecin. Un simple coup d'œil à la salle d'attente et au cabinet vous en dira beaucoup.

Masques, mouchoir, lavage de main et auto-quarantaine

Zéro pointé au praticien qui n'aura pas remplacé les tristes magazines mille fois feuilletés (et à ce titre désormais hautement suspects...) par les affiches et les dépliants antipandémique (disponibles sur le site ministériels). On doit également mettre à la disposition de chacun des patients des mouchoirs en papier (à usage unique) ainsi que des masques anti-protection (de type chirurgical) Et l'on doit impérativement trouver une poubelle. Et pas n'importe quoi: une «poubelle à ouverture non manuelle, munie d'un sac, et si possible avec couvercle».

Pour le lavage des mains, deux solutions: soit un distributeur de produit antiseptique ou de solution hydro-alcoolique; soit un lavabo avec distributeur de savon liquide et de serviettes à usage unique. C'est ainsi, la lutte contre la pandémie n'est guère compatible avec le développement durable et le recyclage perpétuels des mouchoirs et des serviettes en tissu. Une autre priorité sera de limiter au maximum le délai d'attente.

Et le médecin ne devra, autant que faire se peut, recevoir les patients fébriles que sur rendez-vous (ou à des plages horaires spécifiques, en fin de consultation, par exemple). «Permettre au patient, dans la mesure du possible, de s'asseoir à distance des autres patients», disent les instructions officielles ; qui ajoutent que toutes les surfaces susceptibles d'être contaminées doivent être désinfectées. On accordera une importance toute particulière aux poignées de porte, à la salle d'attente, aux robinets et à la chasse d'eau. On vérifiera enfin que les locaux sont régulièrement aérés.

Ensuite plus question d'une consultation à l'ancienne. Pour se protéger du risque de contamination, le médecin devra faire porter un masque à son patient. Il devra porter lui-même un masque de type FFP2 (plus efficace que le type chirurgical). Il devra encore se laver les mains après tout contact, éviter de vous serrer la main et porter des gants à usage unique non stériles si nécessaire.

Et lorsque vous téléphonerez pour une consultation pour suspicion de grippe, on devra vous conseiller, dans l'attente, de rester à domicile et au repos, de boire beaucoup et de porter un masque dès les premiers symptômes. On ajoutera qu'il faudra respecter l'heure du rendez-vous pour venir au cabinet, mettre un masque dans la salle d'attente où une boîte y sera mise bien en évidence et de s'asseoir à distance des autres personnes. Quel sera l'impact de tout cela sur les relations humaines?

Ajoutons  que vous pourrez vous-même porter votre propre diagnostic. Texte officiel: «Un cas possible de grippe A/H1N1 est une personne présentant un syndrome respiratoire aigu à début brutal ; signes généraux: fièvre (38°) ou courbature ou asthénie associés à des  signes respiratoires : toux ou dyspnée». La définition ne fait plus référence à un voyage dans une zone exposée ou à un contact avec un autre cas. Le temps n'est plus ou cette grippe n'était que mexicaine.

Plus besoin, donc, de prélèvements naso-pharyngés à la recherche du A(H1N1) sauf  dans le cas où une hospitalisation se révèle nécessaire.  Plus de prescription systématique de Tamiflu qui sera utilement remplacé par des médicaments destinés à lutter contre les symptômes. Pour finir votre médecin traitant doit vous donner ces derniers conseils : envoyer une personne de l'entourage à la pharmacie ou y aller en portant un masque. En cas d'aggravation, rappeler au cabinet ou, mieux, appeler le 15.

Jean-Yves Nau

Image de une: dans le cabinet d'un médecin d'une clinique de Melbourne, en juin 2009. Mick Tsikas / Reuters

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Journaliste
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