Economie

Ce que la France aurait à perdre en cas de sanctions de la Russie

Gilles Bridier, mis à jour le 31.03.2014 à 10 h 15

Certaines entreprises françaises sont bien implantées.

Un concessionnaire Renault à Moscou. REUTERS/Maxim Shemetov

Un concessionnaire Renault à Moscou. REUTERS/Maxim Shemetov

La France aurait-elle à perdre si la Russie décidait de «sanctionner économiquement» les pays qui s'opposent à l'annexion de la Crimée? Comme troisième fournisseur européen de la Russie, elle ne manque pas d’acteurs économiques qui ont été attirés par le potentiel de la Russie dans des secteurs aussi diversifiés que l’automobile, les transports, l’agroalimentaire, la banque et l’assurance, mais aussi la grande distribution et le luxe.

Au total, plus de 400 filiales d’entreprises françaises sont représentées sur le territoire russe, et les exportations en 2013 de 7,1 milliards d’euros ont quadruplé depuis 2000. Pour certaines enseignes, l’enjeu est stratégique.

C’est le cas pour Danone, implanté depuis 1992 en pleine transition démocratique et qui a changé d’échelle dans le pays en 2010 en acquérant le géant laitier Unimilk. Aujourd’hui, Danone en Russie emploie 13.000 personnes dans ses 24 usines et réalise 11% de son chiffre d’affaires dans ce pays qui est devenu le plus important pour le groupe. On imagine les effets, notamment pour le cours de bourse, au cas où un boycott –voire plus– des produits français était lancé.

Renault se trouve dans une situation similaire, en première ligne depuis que l’Alliance Renault-Nissan a acquis (en 2012) la majorité du capital d’AvtoVAZ, le constructeur des voitures Lada. Pour Carlos Ghosn, patron de l’Alliance, la Russie est même devenue le troisième marché de Renault, derrière la France et le Brésil. C’est donc un axe important dans la stratégie à l’international. Or, le groupe a déjà fait l’expérience de sanctions économiques à la suite de l’embargo de l’Europe sur les exportations vers l’Iran et du gel de ses activités dans le pays: un demi-milliard d’euros en moins dans ses résultats 2013. Une situation analogue en Russie serait bien plus lourd à supporter pour Renault.

Des stratégie à long terme

Dans la grande distribution, Auchan s’est hissé à la première place en Russie. En moins de douze ans, le groupe a introduit le concept de discount dans les magasins qu’il a créés et en a racheté d’autres. Au total, il exploite maintenant 78 hypermarchés et 122 supermarchés dans lesquels il emploie 37.000 personnes. Alors que Carrefour a déserté le territoire, Auchan est devenu le premier employeur étranger du pays, indique l’ambassade de France.

Ces investissements en Russie s’inscrivent dans des stratégies de très long terme, comme pour Alstom qui, en place depuis de nombreuses années, renforce son influence. Pour répondre aux besoins de transports, le groupe a pris 25% du capital d’un constructeur de matériel ferroviaire afin de se positionner sur les projets de TGV  et de modernisation du réseau ferré. Mais il s’est aussi associé à des entreprises russes de l’énergie pour décrocher des contrats dans la production d’électricité d’origine hydraulique, thermique ou nucléaire. Il travaille également au renforcement de la fiabilité et de la sécurité des réseaux électriques.

Les banques françaises ne sont pas en reste. La Société générale, implantée depuis une quinzaine d’années, est la plus exposée à travers sa filiale Rosbank, la troisième banque du pays qui employait 25.000 salariés il y a un an. Alors, pour la direction du groupe, la filiale avait la capacité de devenir le deuxième réseau national du groupe après la France. A tel point que la banque française est montée à plus de 90% du capital, nullement découragée par l’arrestation du patron de Rosbank accusé de corruption.

Ce sont des exemples. Bien d’autres groupes, comme GDF Suez, Sanofi ou LVMH, auraient de la même façon fort à perdre si le débouché russe se fermait, surtout depuis l’annexion de la Crimée par Moscou. La visite officielle de François Hollande en février à Moscou, au cours de laquelle le président français a voulu resserrer les liens entre les deux pays au bénéfice des entreprises tricolores, paraît très éloignée.

Gilles Bridier

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Journaliste
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