Sports

Le golf féminin dans l'ornière

Yannick Cochennec, mis à jour le 26.07.2009 à 15 h 18

Délaissé par les sponsors, trusté par un peloton de Coréennes, le golf féminin est en crise.

La Norvégienne Marianne Skarpnord à Evian, le 23 juillet 2009. REUTERS/Denis Balibouse

La Norvégienne Marianne Skarpnord à Evian, le 23 juillet 2009. REUTERS/Denis Balibouse

Qu'on se le dise — parce que les médias nationaux, trop accaparés par l'emballage final de la Grande Boucle, ne vous l'auront pas beaucoup dit cette semaine — la France organise, jusqu'au 26 juillet à Evian-les-Bains, l'un des tournois de golf féminin les plus prestigieux au monde! En tout cas, c'est une certitude, il est le plus doté du calendrier avec 3,2 millions de dollars de prix distribués aux meilleures mondiales alors qu'il ne s'agit pas de l'un des quatre tournois du Grand Chelem (Kraft Nabisco, LPGA, US Open et British Open). Il s'avère que Franck Riboud, le patron de Danone — et donc de la marque Evian — se passionne pour le golf féminin devenu sa «danseuse» par le biais de ce tournoi qui lui coûte bien plus d'argent qu'il ne lui en rapporte, mais qui lui permet de réaliser de très nombreuses opérations de relations publiques.

Sur le parcours d'Evian-les-Bains, les championnes vont se défier pour un trophée et ce joli chèque au moment même où le LPGA Tour, né il y a 60 ans, traverse les pires difficultés de son histoire en raison du ressac économique. C'est même panique à bord dans ses instances dirigeantes puisque l'Américaine Carolyn Bivens, la patronne du circuit, vient d'être tout simplement limogée et remplacée à titre provisoire par Marsha Evans, une ancienne amirale de la Navy.

En poste depuis 2005, Bivens a notamment payé le prix de la colère de quelques joueuses de plus en plus inquiètes devant l'émiettement du calendrier après la disparition de sept tournois depuis 2007 pour cause de défection de sponsors et la menace qui plane sur certains renouvellements de partenariats à l'horizon 2010. Le circuit ne propose plus actuellement que 28 tournois à des joueuses qui se retrouvent face à des semaines de chômage technique et qui commencent donc à broyer du noir. Notamment aux Etats-Unis, marché jusque-là le plus porteur et désormais en pleine récession comme l'a montré récemment le jet de l'éponge de McDonald's, sponsor en titre du LPGA Championship depuis 16 ans. Autre mauvaise nouvelle venue étayer ce marasme: l'état de Hawaï, qui organisait trois épreuves du LPGA Tour, a été ainsi rayé de la carte en quelques mois en dépit des origines locales et des promesses de Michelle Wie, la star annoncée de demain qui tarde, cependant, à concrétiser tous les espoirs placés en elle.

Le LPGA Tour souffre d'un problème économique, c'est une évidence, mais aussi d'un problème d'image. L'éviction de Carolyn Bivens a aussi beaucoup à voir avec le scandale qu'elle avait provoqué l'an dernier lorsqu'elle avait envisagé sérieusement de sanctionner les joueuses qui ne parlaient pas bien l'anglais. Avec la menace carrément brandie de les suspendre. Du jamais vu dans aucun sport.

Dans son collimateur figuraient les joueuses asiatiques, particulièrement coréennes, qui peinent à maîtriser la langue de Shakespeare. C'est un problème pour les télévisions américaines: non seulement elles sont des «mauvaises clientes» mais en plus elles ont l'insolence de se gaver de titres (elles sont 32 Coréennes parmi les 100 premières mondiales). Face au tollé général, et aux problèmes juridiques qu'une telle décision aurait pu engendrer, Carolyn Bivens avait préféré faire marche arrière. Il n'en reste pas moins que les Asiatiques demeurent un «problème» aux yeux du public d'outre-Atlantique qui ne mémorise pas les noms de Yani Tseng, Jiyai Shin, In Kyung Kim, Eun-Hee Ji ou Song-Hee Kim, toutes dans le Top 12 mondial.

Pour s'en sortir, le LPGA Tour ne fait pas mystère de ses intentions: prendre exemple sur le WTA Tour, le circuit féminin de tennis, qui, avec sa soixantaine de tournois et ses dotations en hausse de 44% au cours des six dernières années, pète financièrement le feu malgré le coup de grisou économique. Pour conforter son statut de premier sport féminin au monde, le tennis a joué — outrageusement — la carte du vedettariat et du glamour incarnée par des championnes comme Anna Kournikova, Maria Sharapova, les sœurs Williams ou Ana Ivanovic plus souvent dans les pages «people» que dans les rubriques sportives. Le LPGA Tour a donc l'intention de créer à son tour ses propres stars, et de les «vendre», pour reprendre la main sur le plan médiatique et intéresser les éventuels sponsors. La très discrète Lorena Ochoa, n°1 mondiale, n'est sans doute pas candidate à ce genre de rôle. Tout le contraire de la pétulante et spectaculaire Natalie Gulbis, Américaine et victorieuse de l'Evian Masters en 2007 sur qui le circuit espère et mise beaucoup pour aller chercher un auditoire masculin en rêvant que Michelle Wie, présentée longtemps comme la Tiger Woods au féminin, sortira enfin de sa torpeur pour bouleverser la donne actuelle.

Car malgré ce tableau bien sombre, le golf féminin reste un sport intéressant à observer, surtout lorsque l'on est pratiquant soi-même. Contrairement aux stars du PGA Tour, Tiger Woods en tête, qu'en termes de puissance il est impossible d'imiter, les professionnelles nous offrent, en effet, le spectacle d'un golf à visage humain avec des fautes, parfois énormes, qui nous rappellent les nôtres («gratte», putting très mal dosé...) et nous montrent la manière de bien rectifier le tir. Rien que pour cela, le golf féminin mérite d'être pris très au sérieux...

Yannick Cochennec

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Image de une: la Norvégienne Marianne Skarpnord à Evian, le 23 juillet 2009. REUTERS/Denis Balibouse

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