Ce que la disparition du vol MH 370 nous dit de la Malaisie

Najib Razak, le 15 mars 2014 en conférence de presse. REUTERS/Damir Sagolj

Najib Razak, le 15 mars 2014 en conférence de presse. REUTERS/Damir Sagolj

La réaction peu responsable des autorités malaisiennes et leur incapacité à communiquer soulignent les graves manquements d’une élite qui règne depuis plus d’un demi-siècle et dont le monopole du pouvoir politique s’est longtemps appuyé sur l’intimidation, un strict contrôle de l’information et une forte croissance économique.

Le cafouillage manifesté par les autorités malaisiennes à propos de la disparition du vol MH370 est le produit d’une culture de patronage encore pratiquée par une société peu habituée aux feux de l’actualité.

 Les faits. Le 12 mars, soit quatre jours après la disparition du Boeing 777 de la Malaysia Airlines avec 239 personnes à bord,  sous la forte pression de journalistes réunis lors d’une conférence de presse à Kuala Lumpur, des officiels malaisiens finissent par avouer que des radars militaires avaient repéré, le 8 mars, les signaux d’un appareil survolant la mer d’Andaman, qui borde l’océan Indien, alors que les recherches s’amorçaient de l’autre côté de la péninsule malaise, au sud du Vietnam.

Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt? Pourquoi ne pas avoir signalé cette information à ceux qui participaient aux recherches en mer de Chine du sud (42 navires et 39 avions)? Alors que des rumeurs incontrôlables circulaient, les Chinois avaient déjà manifesté leur frustration face à la confusion ambiante (deux tiers des passagers du vol MH370 sont des Chinois) et les Vietnamiens, faute de répondant de la part des Malaisiens, avaient envisagé de se retirer des recherches.

Les manquements d'une élite

Pourquoi Najib Razak, le Premier ministre malaisien, a-t-il attendu le 15 mars pour préciser que «les communications de l’appareil ont été désactivées juste avant qu’il n’atteigne la côte de la Malaisie» (soit après moins d’une heure de vol) et que, dans la foulée, le transpondeur –appareil qui permet de localiser un avion– «a été coupé»?

Najib Razak a ajouté que l’appareil «a ensuite fait demi-tour» en direction du nord-ouest et que ces «mouvements correspondent à ceux d’actions délibérées» commises à bord.

Certes, l’évènement est exceptionnel et, ainsi pris au dépourvu, n’importe quel gouvernement aurait besoin d’un temps pour trouver ses marques.

Mais la réaction peu responsable des autorités malaisiennes et leur incapacité à communiquer soulignent les graves manquements d’une élite qui règne depuis plus d’un demi-siècle et dont le monopole du pouvoir politique s’est longtemps appuyé sur l’intimidation, un strict contrôle de l’information et une forte croissance économique. Ce qui lui permet de tenir encore à distance son opposition (dont le chef, Anwar Ibrahim, a de nouveau été condamné, le 6 mars, à cinq ans de prison, soi-disant pour «sodomie», verdict contre lequel il fait appel).

Depuis l’indépendance en 1957, l’Umno (sigle anglophone de l’Organisation nationale des Malais unis) forme le cœur du pouvoir. Elle s’appuie sur la majorité de Malais (60% des 30 millions d’habitants) auxquels, à la suite des émeutes raciales de 1969, elle continue d’attribuer des privilèges. Le pouvoir politique est le quasi monopole des Malais musulmans, face aux Chinois (25% de la population) et aux Indiens (de 7% à 8%). A de rares exemples près, les frontières politiques sont également ethniques.

Une brèche dans le monopole de l'information

Najib Razak est le fils d’Abdul Razak Hussein, deuxième Premier ministre de Malaisie (1970-76). Son ministre de la Défense et ministre intérimaire des Transports, Hishammuddin Hussein, est  le fils de Hussein Onn, troisième Premier ministre de Malaisie (1976-81) et petit-fils de l’un des fondateurs de l’Umno. Propulsé par cette crise sur le devant de la scène, Hishammuddin était déjà connu pour avoir brandi son criss en 2005, à la tribune de la conférence annuelle de l’Umno, dans un avertissement clair aux adversaires du mouvement, notamment à la minorité d’origine chinoise.

Ce système commence à s’effriter. Depuis le tournant du siècle, l’Internet a créé une brèche dans le monopole de l’information détenu par l’Umno, tant sur la presse écrite que l'audiovisuel. Encore en place, des lois scélérates héritées de la colonisation britannique sont plus difficiles à appliquer. Ces dernières années, le taux de croissance a fléchi. Enfin, tout en conservant sa majorité parlementaire, notamment grâce à un découpage électoral favorable, la coalition gouvernementale a perdu sa majorité électorale pour la première fois lors des élections générales de 2012.

Mais la culture de patronage est loin de s’évanouir. Beaucoup de Malaisiens sont encore habitués à ne pas poser de questions et à attendre la parole et les ordres viennent d’en haut. Pour le gouvernement, déjà en perte de vitesse, l’épreuve est rude car elle le place sous le regard beaucoup plus exigeant de la société internationale.

Jean-Claude Pomonti