Life

Peut-on acheter durable chez le poissonnier?

Nina Shen Rastogi, mis à jour le 29.07.2009 à 8 h 02

Comment satisfaire vos besoins en poissons tout en respectant l'environnement.

Les conseils aux carnivores «verts» se résument à quelques recommandations assez simples : mangez moins de viande, et préférez dans l'ordre la volaille, le porc, et enfin le bœuf ou l'agneau.

Malheureusement, en ce qui concerne le poisson, il n'existe pas de hiérarchie aussi commode, notamment parce que l'océan propose un menu d'une grande diversité. Le rayon viande de notre Monoprix local, par exemple, ne dispose que de cinq variétés d'animaux terrestres — bœuf, poulet, dinde, porc et agneau. Le rayon poissons et fruits de mer, bien plus petit, déborde de dizaines d'espèces, de la truite au flétan en passant par les crevettes et les coquilles Saint-Jacques. Devant une telle abondance de vie marine comestible, difficile d'élaborer des règles de base pour une consommation responsable.

Où en est votre poisson préféré

La plus simple des choses à faire est d'éviter de manger des espèces constamment surexploitées. Selon un récent rapport de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, 28 % des stocks de poisson mondiaux étaient surexploités, épuisés ou récupéraient d'un quasi-épuisement en 2007. 52% étaient totalement exploités, ce qui signifie que le niveau des prises avait atteint ou était sur le point d'atteindre sa limite maximale en termes de viabilité. (Pour en savoir plus sur les problèmes de surpêche dans le monde, regardez le documentaire The End of the Line — assimilé à Une vérité qui dérange sur l'industrie de la pêche.)

Pour connaître le statut de votre poisson préféré, jetez un œil sur le programme populaire Seafood Watch de l'aquarium de Monterey Bay, qui classe les poissons et fruits de mer sauvages et d'élevage en catégories «meilleur choix», «bonne alternative» ou «à éviter.» Ce programme se réfère au niveau des stocks de poissons mais prend aussi les techniques de pêche en considération — car certains types de matériels causent davantage de dégâts à l'environnement marin ou de dommages collatéraux parmi les espèces non visées. En ce qui concerne les poissons d'élevage, souvent dans des enclos en pleine mer, Seafood Watch étudie le potentiel de pollution et de transmission de maladies à l'écosystème voisin. (Le saumon sauvage pêché en Alaska, le thon albacore en boîte et la truite arc-en-ciel d'élevage obtiennent tous de bonnes notes dans le cadre de ce programme.) Au supermarché, cherchez un éventuel — aux Etats-Unis, celui du Marine Stewardship Council est un poisson dans un ovale bleu — qui certifie que les produits proviennent de pêcheries aux pratiques durables.

En revanche, Seafood Watch et le Marine Stewardship Council ne vous indiqueront pas l'empreinte carbone associée à votre crabe, à votre tilapia ou à votre filet de flétan. En termes d'émissions de gaz à effet de serre, c'est l'alimentation des poissons d'élevage et les méthodes de pêches des poissons sauvages qui constituent généralement les facteurs les plus décisifs, et favoriser une méthode plutôt qu'une autre peut faire une grande différence.

Prenez le saumon, par exemple — c'est le troisième produit de la mer le plus consommé aux États-Unis. Selon des recherches non publiées présentées lors de la réunion annuelle de l'American Association for the Advancement of Science, le saumon d'élevage écossais — dont l'alimentation comprend des proportions de poisson assez élevées — émet environ 3,3 kg d'équivalent carbone par kilo de poisson, principalement à cause de l'intensité de production de carbone de son alimentation carnivore. Le saumon norvégien, en revanche, consomme davantage de plantes, et par conséquent ses émissions pointent à juste 1,750 kg (pour comparaison, aux États-Unis, produire une livre de poulet émet 0,5 kg équivalent carbone.)

Sur le front de la pêche en pleine mer, la même équipe de chercheurs internationaux a découvert que la pêche à la traîne du saumon émettait 1,9 kg d'équivalent carbone par kilo de poisson, 0,4 kg pour la pêche aux filets maillants et un tout petit 0,2 kg pour la pêche à la senne.

Pour le moment, ce genre d'information est à peu près invisible pour le consommateur. Si la plupart des poissonniers sont capables de vous dire d'où vient votre poisson et s'il est sauvage ou d'élevage, ils ne savent probablement pas ce qu'il a mangé ou la technique utilisée pour le pêcher.

Huîtres, moules et palourdes

Une méthode simple pour consommer des produits de la mer en réduisant les émissions de gaz à effet de serre consiste à se tourner vers les huîtres, les moules et les palourdes d'élevage — ces coquillages ne nécessitent aucune nourriture traitée (ils mangent du plancton). De nombreux experts recommandent aussi qu'à l'instar des Européens, vous appreniez à apprécier les poissons plus petits qui vivent en bancs comme les sardines, les anchois et les maquereaux.

Ils sont plus faciles à pêcher que les gros carnivores qui vivent plus près du fond, comme la morue et l'églefin, ce qui signifie qu'il faut moins de carburant pour les attraper. (En outre, comme ils sont situés plus bas dans la chaîne alimentaire, ils sont naturellement plus efficaces d'un point de vue énergétique.) En règle générale, les poissons aux populations abondantes sont plus faciles à pêcher, ce qui signifie que choisir des espèces dont les stocks sont gérés de façon responsable est susceptible de réduire aussi vos émissions.

Enfin, évitez les poissons importés en avion de pays lointain. Pour les produits de la mer, le transport émet généralement moins de CO2 que la production de nourriture ou le carburant utilisé par les bateaux de pêche. Mais le transport par avion des poissons et des fruits de mer frais aggrave les dégâts causés à la planète.

Nina Shen Rastogi est auteure et rédactrice en chef à Brooklyn, N.Y.

Traduit par Bérengère Viennot

(Photo: Un poissonier à Manille, REUTERS/Darren Whitesid)

Nina Shen Rastogi
Nina Shen Rastogi (29 articles)
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte