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Les chiffres étonnants des résidences secondaires-occasionnelles et logements vacants à Paris

Paris, vue sur la tour Eiffel, le 10 mars 2014. REUTERS/Jacky Naegelen

Paris, vue sur la tour Eiffel, le 10 mars 2014. REUTERS/Jacky Naegelen

Data Publica s’est penché sur les données publiées par l’Insee: près de 193.000 logements correspondent à des résidences secondaires, logements occasionnels ou biens vacants. Soit 14% de l’ensemble du parc parisien.

Nous reproduisons, avec leur accord, l'article publié sur le site de Data Publica sur le logement parisien.

Promenez-vous dans les VIIIe, IVe ou VIe arrondissements de Paris, entrez dans un immeuble et tapez aux portes: vous constaterez que près d’un  appartement sur trois est, soit inoccupé, soit une résidence secondaire ou un logement occasionnel. C’est le résultat d’une petite analyse des données disponibles sur le site de l’Insee.

Ainsi on réalise que ce sont quand même près de 193.000 logements qui correspondent à des résidences secondaires, logements occasionnels ou biens vacants, soit 14% de l’ensemble du parc parisien. Ce phénomène souvent dénoncé (Paris, ville fantôme) va certainement faire son grand retour pendant les débats des élections municipales.

Sur une carte:

Maintenant demandons-nous si ces données sont constantes: on a ainsi déroulé l’historique du pourcentage de résidences secondaires/occasionnelles, de logements vacants et les deux valeurs cumulées de 1968 à 2009.

Pourcentage cumulé de logements secondaires/occasionnels/vacants en 1968 et 2009

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Pourcentage de logements secondaires/occasionnels à Paris de 1968 à 2009 par arrondissements

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On constate une forte hausse du nombre de résidences secondaires/occasionnelles depuis 1968, surtout pour tous les arrondissements les plus touristiques et le coeur historique de la capitale.

Pourcentage de logements vacants à Paris de 1968 à 2009 par arrondissements

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De ce graphique, on retiendra l’augmentation importante de logements vacants jusque dans les années 1990, puis une baisse, à l’exception notable du VIIIe arrondissement qui a vu le nombre de logements vacants augmenter fortement.

Pourcentage cumulé de logements secondaires/occasionnels et vacants à Paris de 1968 à 2009 par arrondissements

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Un rapport avec les prix?

De cette première analyse, nous nous sommes ensuite posé la question suivante: existe-t-il  une corrélation entre les prix des logements et le nombre de logements secondaires ou vacants? En effet, on peut légitimement se demander si la hausse des prix n’est pas le fait d’un marché qui concerne surtout les ménages les plus aisés ainsi qu’une clientèle internationale attirée par les quartiers les plus touristiques et les plus typiques de la capitale.

Nous avons donc comparé par arrondissement les prix de l’immobilier avec le pourcentage de logements vacants, résidences secondaires et occasionnelles. Ce graphique donne une tendance plutôt explicite qui, s’il ne prouve pas un lien direct, exprime toutefois une corrélation très probable entre les deux valeurs.

Marché cher, faussé par une concurrence étrangère plus à l’aise financièrement, il n’est pas étonnant que quitter Paris soit une solution qui ait le vent en poupe comme le montre la hausse de 16% de la requête Google «Quitter Paris» ces dernières semaines.

Et les locations de courte durée?

Ajoutez à cela près de 20.000 locations de courtes durées, alors on peut comprendre les spécificités du marché immobilier parisien.

Un chiffre même en dessous de la réalité pour Jean-Yves Mano, responsable du logement à la mairie de Paris qui estime à 30.000 le nombre de locations de courte durée dans la capitale.

Quelle solution?

Il est indéniable que l’attractivité de Paris, l’une des premières destinations touristiques mondiales, a provoqué depuis plus de 20 ans une tension sur le marché immobilier local, à la plus grande satisfaction des agences immobilières rémunérées au pourcentage. Par ailleurs, il est possible que l’augmentation des prix à Paris ait également incité les propriétaires de plusieurs biens à déclarer leur résidence parisienne comme résidence secondaire ou à utiliser leur bien pour le louer à des touristes.

On peut dès lors se poser la question de savoir si le marché immobilier parisien des quartiers historiques ne doit pas être régulé pour se protéger d’une transformation en un immense hôtel international.

Faire comme à New York?

La ville de New York pourrait effectivement être un exemple à suivre: taxes ou procédures plus complexes, l’acquisition d’un bien à New York pour un étranger n’est pas tout à fait simple. Par exemple, près de 75% des immeubles à New York sont gérés par des CO-OP, sorte de syndic qui donne son accord à tout acquéreur potentiel. Et toutes les CO-OP ne donnent pas facilement leur accord à un acquéreur étranger car ils n’acceptent parfois que des personnes qui travaillent et paient leurs impôts avec un historique de compte aux Etats-Unis.

Ensuite, si vous arrivez à passer les embûches de l’acquisition, vous ne pourrez peut-être pas louer votre appartement facilement.

Enfin pour ajouter une contrainte supplémentaire à cette procédure déjà compliquée, vous serez tenu, à la revente du bien, de vous acquitter d’une taxe de 30% (contre 15% pour les résidents nationaux).

Peut-on imaginer des dispositifs équivalents ou s’en inspirer pour mieux réguler le marché? Voilà en tous cas de quoi alimenter le débat de la prochaine élection municipale, qui a déjà débuté. Nul doute que les conditions d’accès au logement font partie des sujets qui intéresseront le plus les parisiens.

E. Jouanne & B. Gans

Data Publica

A la suite de cet article, une page Facebook a été créée afin de réunir les idées et les informations sur le sujet. Rejoindre la page: PARIS N’EST PAS UNE VILLE MUSÉE

Depuis la sortie de cet article, également, un conseiller municipal parisien a souhaité que la mairie se penche sur ce problème. Voir l’article

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