France

Nicolas Sarkozy est le Damoclès de la vie politique française

Thomas Guénolé, mis à jour le 13.03.2014 à 14 h 10

La question est de savoir qui de l'ex-Président ou des épées va l'emporter. En jeu, sa candidature en 2017.

Nicolas Sarkozy à Nice, le 10 mars 2014. REUTERS/Eric Gaillard

Nicolas Sarkozy à Nice, le 10 mars 2014. REUTERS/Eric Gaillard

Nicolas Sarkozy est aujourd’hui le Damoclès de la vie politique française. Pas moins de cinq épées au-dessus de sa tête: l’affaire Karachi, l’affaire Kadhafi, l’affaire Tapie-Lagarde, l’affaire des sondages de l’Elysée, et le volet Sarkozy-Herzog de l’affaire Bettencourt. A tout moment, une épée peut lui tomber dessus. A chaque fois, l’épée en tombant peut soit suspendre, soit arrêter net, son calendrier de pré-campagne pour 2017.

Ainsi, l’année dernière, sa mise en examen par le juge Gentil l’accapara, le temps de s’en défaire, pendant près de six mois. De même, les révélations du Monde, la semaine dernière, sabotent de facto sa tactique dite des «cartes postales»: c’est-à-dire son passage d’une communication directe saisonnière, en 2013, à une communication directe mensuelle, en 2014.

Il ne faut pas s’y tromper: ce qui est à chaque fois mis en péril lorsqu’une épée tombe sur Nicolas Sarkozy, c’est bien son calendrier de pré-campagne pour 2017.

Le chœur des médias reprend tel quel ce storytelling imaginé par Nicolas Sarkozy lui-même et par son équipe: «Reviendra? Reviendra pas?». En réalité, objectivement, il n’y a pas de suspens sur le retour de l’ex-Président en politique, car concrètement, il n’est jamais parti. Il est simplement passé d’une communication directe massive, dite «sidération», à une communication directe délibérément rarissime: la parole rare chère à Jacques Pilhan, destinée à créer de la valeur du fait même de la rareté, et que déjà DSK appliquait depuis New York jusqu’à l’affaire du Sofitel.

Nicolas Sarkozy n’est pas absent de la vie politique: il est au contraire omniprésent, et typiquement, s’exprimer toutes les semaines par Brice Hortefeux interposé, cela reste s’exprimer.

Tous les attributs de la pré-campagne

Plus largement, une série de constats simples suffit pour démontrer que Nicolas Sarkozy est en pré-campagne présidentielle pour 2017. Il a aidé Jean-François Copé, par lieutenants interposés, dans la bataille pour la présidence de l’UMP: ceci, afin d’à la fois empêcher François Fillon de tourner la page du sarkozysme et de placer à la tête du parti un président fragile, sans poids qui lui soit propre.

Sa communication directe sur la vie politique nationale et internationale, chaque saison en 2013 puis chaque mois depuis janvier, se fait sur des thèmes choisis soit pour leur envergure régalienne (affaires internationales), soit pour parler à tel segment de son camp (ses regrets sur les 35 heures). La constitution d’une «association des amis de Nicolas Sarkozy» est, au cas où, une préfiguration de rassemblement sarkozyste au-delà des partis. La structure est d’ailleurs dirigée par deux lieutenants de la première heure: Brice Hortefeux et Christian Estrosi.

L’installation rue de Miromesnil d’un QG de campagne renoue en bonne partie avec le noyau dur de la campagne de 2005-2007. Des indiscrétions systématiques dans les médias ont lieu à chaque fois qu’un chef de file alternatif pour la droite essaie de se distinguer dans la course au leadership. La préemption d’une ligne «progressiste de droite», à contre-pied de la ligne Buisson de 2012, a commencé notamment avec le discours revendiquant l’héritage de la Nouvelle Société de Chaban-Delmas et la mise en avant de François Baroin comme possible futur Premier ministre.

Les actes trahissent le mobile. Ça a le goût d’une pré-campagne présidentielle, ça a la couleur d’une pré-campagne présidentielle, ça a l’odeur d’une pré-campagne présidentielle: c’est une pré-campagne présidentielle.

Dans ce contexte, à chaque fois que tombe une des cinq épées de Damoclès, au-delà de la réponse judiciaire stricto sensu généralement confiée à Maître Herzog, au demeurant excellent avocat, la riposte politique est toujours la même: Nicolas Sarkozy et son équipe organisent le procès médiatique des juges d’instruction.

  • Dans le rôle des procureurs, les porte-parole de Nicolas Sarkozy, notamment ses plus proches lieutenants.
  • Dans le rôle des magistrats instructeurs, les médias relayant tel quel l’acte d’accusation.
  • Dans le rôle des jurés, l’opinion publique en général et l’opinion publique de droite en particulier.
  • Dans le rôle des accusés, les juges d’instruction.
  • Et il n’y a pas d’avocats de la défense.
  • L’acte d’accusation est quant à lui toujours le même: mobile politique contre Nicolas Sarkozy, enquête à charge, persécution judiciaire, et complot politico-judiciaire pour empêcher un «éventuel» retour de Nicolas Sarkozy.

Ce procès médiatique fut instruit l’année dernière, avec succès et peut-être non sans raison, contre le juge d’instruction André Gentil. Il est d’ores et déjà instruit, depuis le 7 mars, contre les magistrats responsables des écoutes dans l’affaire Sarkozy-Herzog.

Le temps presse avant les européennes

Toujours est-il que les accusations du Monde ont remis au premier plan les enquêtes judiciaires visant directement ou indirectement Nicolas Sarkozy. Ce faisant, à nouveau, une épée est tombée sur l’ex-président. La méthode du procès médiatique lui permet de conserver la loyauté, cruciale, de la base électorale UMP, du «peuple de droite»: déjà ce dernier, peu ou prou unanimement, reprend à son compte la thèse du complot politico-judiciaire. Cependant, l’épée une fois tombée accapare, comme les précédentes et pour une durée indéterminée, l’agenda et l’image publique de Nicolas Sarkozy. De fait, nul ne peut dire s’il sera à nouveau en mesure de poursuivre sa pré-campagne présidentielle, et si oui, quand.

Or, en juin prochain, au lendemain des élections européennes, si le FN arrive devant l’UMP, ce «coup de tonnerre» ouvrira une fenêtre de tir pour évincer Jean-François Copé de la présidence du parti moyennant une révolution de palais. Si à ce stade, Nicolas Sarkozy n’a pas encore éliminé la énième épée qui vient de tomber sur lui, alors, il existe pour lui un risque réel qu’un rival sérieux prenne la présidence de l’UMP. En l’occurrence, autant François Fillon ne saurait tenter cette éviction de Jean-François Copé sans rallumer la «guerre des sous-chefs», autant Alain Juppé peut, si toutefois il en a le caractère, tenter sa chance comme président de réparation du parti.

Thomas Guénolé

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Politologue
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