Billie Holiday, plus vivante que jamais
Cinquante ans après sa disparition, la musique de «Lady Day» demeure incontournable en Amérique.
- -
«Billie Holiday est celle qui, musicalement, m'a le plus influencé. Et elle continue de m'influencer. Lady Day est incontestablement celle qui a eu la plus grande d'influence sur la chanson populaire américaine de ces 20 dernières années.» - Frank Sinatra, 1958
Le don est quelque chose de mystérieux. La vie offre beaucoup à certains, moins à d'autres et, bien que ses cadeaux soient distribués de façon très inégale, parfois, elle reçoit autant que ce qu'elle a donné.
Billie Holiday fait partie de ces gens qui ont reçu beaucoup plus que les autres. Et elle a beaucoup offert en retour. Son talent s'est révélé dans son intensité, son phrasé et sa maîtrise de la nuance, davantage que dans la force conventionnelle de la puissance sonore, d'une large tessiture et d'une projection vocale impressionnante. Elle avait une petite voix et une amplitude limitée. A côte de la plupart des chanteurs, ce n'est pas sur elle qu'on aurait misé, à moins de savoir à l'avance que sa force émotionnelle et sa capacité à susciter le pathos, la joie et la mélancolie avec une parfaite précision, anéantiraient quiconque essaierait de se mesurer à elle sur scène.
Il y a cette anecdote d'un concert avec la grande virtuose Sarah Vaughan. Vaughan était dotée d'un organe si supérieur que parfois, elle ne pouvait pas s'empêcher d'exagérer, jusqu'à provoquer une sensation horripilante. Mais le couperet est tombé. Le public a demandé «I Cried For You». Holiday a alors murmuré: «T'as foiré maintenant, salope. C'est ma chanson.»
On a l'impression que ça vient de quelqu'un a qui découvert ses qualités et qui a tout misé dessus. Billy Holiday surclassait tous les virtuoses en matière de sentiments humains. Elle en devenait invincible. Elle avait beaucoup appris auprès de Louis Armstrong et de Bessie Smith. Elle voulait s'approprier le sens des temps musicaux d'Armstrong et son choix savant des notes, ainsi que la puissance vocale de Smith. Elle a fait de meilleures choses avec Armstrong qu'avec Smith, dont Langston Hughes disait qu'on pouvait l'entendre jusque dans la rue quand elle chantait dans un théâtre avant la généralisation des micros.
Le micro a bien servi à Armstrong, à Holiday et à Sinatra, qui ne savaient pas chanter à plein poumons. Ils n'auraient brillé dans le monde de l'opéra où la puissance, la projection et la nuance vocales ont atteint des niveaux bien au-delà ce qu'on pouvait attendre de la musique populaire. Tous trois ont pourtant porté la musique populaire à des sommets d'expression, de complexité émotionnelle voire de révélation psychologique, bien supérieurs à ce que la plupart des compositeurs populaires avaient tenté de faire.
Si Holiday était si spéciale, c'est parce qu'elle dégageait une tendresse tellement charismatique que sa présence musicale inflexible a forcé les instrumentistes à repousser leurs limites pour créer des mélodies ou se rapprocher autant des crooners que leur talent le leur permettait. On ne pouvait être complètement satisfait des cuivres ou des instruments à anche que s'ils présentaient des qualités proches d'une voix rehaussée par le talent artistique que seul le jazz peut révéler. Billie Holiday avait une très grande capacité d'improvisation et d'adaptation à un contexte, ainsi que la faculté indispensable de répondre aux demandes de l'ensemble quand elle s'exprimait. Elle posait chaque respiration par rapport à son emplacement, au déroulement du spectacle et savait exactement comment gérer la «réalité en mouvement».
Quand empathie et expression individuelle se mêlent, le jazz atteint l'accomplissement suprême. Billie Holiday est un exemple artistique qui donne tout son sens à la devise e pluribus unum [Un à partir de plusieurs]. Personne d'autre n'a jamais fait mieux qu'elle sur ce plan-là. Quelle que soit l'atmosphère d'un moment donné, elle savait la magnifier pour l'offrir à ses pairs et à ses fans.
Billie Holiday a sorti son premier disque au milieu des années 30. Cinq ans plus tard, elle avait déjà très largement influencé d'autres chanteurs de jazz. La grande Ella Fitzgerald n'a jamais manqué de dire que Billy Holiday était «la plus grande chanteuse de jazz de tous les temps». Abbey Lincoln —la seule chanteuse de jazz, depuis Holiday, capable d'une expression aussi magnifique des sentiments, d'une vulnérabilité et d'un pathos sans le moindre apitoiement sur soi-même— est du même avis. Et c'est en s'inspirant de Billie Holiday que Miles Davis a acquis son sens du rythme et sa tendance à flotter au-dessus du rythme. Il a ainsi réussi à imposer l'aspect lyrique du mystère qui fusionne une certaine mélancolie, de la fragilité et un immense sentiment de joie.
Cette joie qui ne donne pas dans la sensiblerie a souvent été mal interprétée. On l'assimilait à une espèce de bêtise «négro» trop éloignée du monde de la substance pour être prise au sérieux. Mais la frivolité irréfléchie et bête n'est pas du tout un problème. La reconnaissance absolue du tragique de la vie est ce qui rend l'art d'Armstrong, d'Holiday et d'autres grands du jazz si fascinant. C'est un peu comme chanter une chanson résolument joyeuse dans une morgue parce que nous ne savons pas ce que l'avenir nous réserve, mais que la joie nous permet de protester contre ce qui nous abat. De sorte que la volonté de vivre l'emporte sur le désespoir et s'élève en une attitude morale combative et positive. Il n'y a pas de sous-accomplissement: c'est peut-être la vision la plus importante que les Noirs américains ont offerte au reste du monde. Indéniablement, Billie Holiday incarnait cette approche.
Pour ceux qui s'intéresseraient à une appréciation éloquente et parfaitement claire de cette diva du jazz, le meilleur écrit à son sujet est The Jazz Tradition de Martin Williams. Il y a aussi des enregistrements qui permettent de comprendre pourquoi on s'extasie à propos de Billie Holiday. The Essential of Billie Holiday, un disque enregistré à un de ses concerts au Carnegie Hall, compile ses talents, qui frôlent la perfection. Les ballades et les morceaux de blues et de swing à la fois très durs et flottants y sont magnifiques, comme l'ensemble de son œuvre. Songs for Distingué Lovers, qui date de 1957, deux ans avant sa mort, révèle l'inégalable «Lady Day» au sommet de son talent, habitée d'une sagesse et d'une maturité imperceptible à ses débuts (bien qu'ils aient été excellents).
Puis, il y a son disque favori, Lady In Satin, où elle est accompagnée de cordes environ 17 mois avant son décès.
Certains adorent prendre en pitié Billie Holiday à cause des terribles épreuves qu'elle a vécues: entre autres, la drogue, l'alcool et ses liaisons avec des machos qui l'ont malmenée.
Mais il faut voir au-delà de ces tristes réalités. Ce qui nous manque aujourd'hui, c'est tout ce que Betty Carter disait au sujet de la grande Billie Holiday. «Je crois que ce n'est que quand elle chantait qu'elle se libérait. Tout le reste ne voulait pas dire grand-chose. Cela lui permettait juste de monter sur scène et de devenir ce que nous voulions tous être. Mais seule elle en était capable. Alors, elle devenait libre. Tout le monde le savait. Quand quelqu'un vous donne autant de liberté, vous y croyez et vous êtes heureux. C'est plus fort que vous.»
Stanley Crouch (contributeur de The Root)
Traduit par Micha Cziffra.
Image de une: Billie Holiday, 23 Mas 1949/ photo de Carl Van Vechten, CCMis à jour le 25/07/2009 à 16h07















































Que dire de cet article qui consacre Lady Day comme championne du monde des chanteuses de Jazz toutes catégories. C'est la prose d'un fan inconditionnel et d'un critique de Jazz: prévisible... cet article omet totalement de mettre l'artiste dans le contexte de la drogue et ses attributs - maladie, prostitution etc... et sur son impact sur la musique de la Dame au gardénia. il nous en dit surtout long sur l'érudition de l'auteur qui a apparemment lu beaucoup de livres sur le sujet... à défaut d'être beau, il est cultivé.
Le titre, lui, par contre m'a déclenché: Billie Holiday, plus vivante que jamais. Le titre nous fait penser que l'on va parler de la grande dame dans le contexte de nos jour. En fait, il nous parle du passé. Je suis étonné que Stanley Couch, n'ai pas mentionné use seule fois le nom de Madeleine Peyroux: Madeleine Peyroux est le clone blanc de Billie Holiday! Son incarnation contemporaine.
Billie Holiday s'est faite volé toute sa vie par les maisons de disques et organisateurs de concerts; aujourd'hui décédée elle se fait encore voler. Ce coup ci Madeleine Peyroux lui à volé sa voix et son style.... J'ai plus de respect pour les croque-morts qui vont dépouiller de leurs dents en or les corps qu'ils viennent d'inhumer
La première fois que j'ai entendue la Franco Américaine j'ai cru entendre la défunte diva... le son était trop propre, à la voix manquait l'émotion et le grain de la géniale Billie. On avait DianaKrallisé une autre grande chanteuse Noire. Au moins, les pionniers du Jazz en 78 tours, dans un monde ségrégationniste, avaient les baluches de sortir un album d'une vague chanteuse "coloured" qui mettait le nez des blancs dans le caca raciste de l'Amérique des années 30,40 et 50.
Peyroux, c'est la Thierry Le Luron du Jazz blanc... émasculée et pas menaçante la petite Blanche... elle va pas nous parler de ségrégation ou de choses plus dérangeante... elle est à l'image de l'industrie de la musique... elle regarde résolument vers le passé et ses solutions éprouvées. Pourquoi innover en Jazz... alors qu'on peut nous resservir les ersatz du passé.
J'espère que quelqu'un à pensé à cryogéniser un échantillon d'ADN de Michael Bublé... avec un peu de chance on pourra le ressortir en 2050...