Economie

SFR, Bouygues, Free, Numericable: où sont passés les rêves d'une Europe des télécoms?

Catherine Bernard, mis à jour le 12.03.2014 à 9 h 21

Quelle que soit la solution finalement adoptée, elle sera française. Pourtant, il y a quelques années, le monde des télécoms ne jurait que par l'international et l'internationalisation...

Shanghai, septembre 2013. REUTERS/Aly Song

Shanghai, septembre 2013. REUTERS/Aly Song

Quels seront les effets respectifs sur les prix, l'emploi, ou encore l'investissement de l'issue de la bataille entre Bouygues et Numéricable pour le contrôle de SFR? Le sujet est débattu depuis quelques jours, depuis que l'on sait que Numéricable n'est plus le seul à s'intéresser à SFR et que Bouygues pourrait également faire affaire avec Free. Un point, en revanche, n'est guère évoqué: l'Europe. Car quelle que soit la solution finalement adoptée, la France ne comptera toujours qu'un seul opérateur mobile de stature internationale: Orange.

Naguère, pourtant, le petit monde européen des télécoms ne jurait que par l'international et l'internationalisation. C'était le temps des (très) grandes manoeuvres: l'acquisition de l'allemand Mannesmann par le britannique Vodafone, en 2000, suivi quelques mois plus tard par le rachat du britannique Orange par France Telecom; l'expansion internationale de l'espagnol Telefonica –notamment en Amérique Latine–, ou encore celle de T Mobile ( groupe Deutsche Telekom) en Europe et aux Etats-Unis; la constitution du groupe nordique TeliaSonera, ou l'arrivée du hongkongais Hutchinson en Europe. 

Mais, depuis quelques années, ces grandes manoeuvres se sont raréfiées, du moins en Europe. En France, par exemple, SFR qui était presqu'à moitié britannique (puisqu'en partie contrôlé par Vodafone), est devenu 100% tricolore.

Dans le même temps, en revanche, le marché américain s'est consolidé (avec l'acquisition par le japonais Softbank de Sprint, le troisième opérateur, qu'il souhaite désormais marier avec le quatrième, T Mobile USA). Et dans d'autres parties du monde, des groupes internationaux se sont développés, comme le sud-africain MTN Group ou encore le mexicain America Móvil.

Un marché éclaté

Certes, le marché européen n'a pas été complètement atone. En 2010, T Mobile et Orange ont fusionné leurs filiales britanniques (rebaptisée Everything Everywhere);  l'Autriche ne compte plus que 3 opérateurs au lieu de 4. Et deux tentatives de consolidation, scrutées par la commission européenne, sont actuellement en cours: celle de O2 et de Hutchinson en Irlande , et celle d'E-Plus par Telefonica Deutschland en Allemagne.

Mais le temps des opérations géantes semble être révolu. Au point que personne ne semble, donc, s'interroger sur le caractère purement franco-français de l'opération en cours.

Et pourtant, le marché européen est encore très éclaté, du moins si on le compare au marché mobile américain. On y compte ainsi  plus d'une centaine d'opérateurs mobiles (sans compter les opérateurs virtuels). Et, selon Didier Pouillot, spécialiste du secteur à l'Idate, «les 6 premiers opérateurs européens contrôlent environ les 2/3 du marché, quand ce pourcentage est atteint par les 3 premiers opérateurs américains. Et quand les 4 premiers opérateurs américains détiennent les trois quarts des abonnements mobiles dans leur pays, il faut 11 opérateurs en Europe pour atteindre ce pourcentage».

Le besoin d'une certaine consolidation commence également à se faire sentir, du moins du point de vue des opérateurs: si les usages et les services explosent, les prix en revanche diminuent. «Sur les cinq dernières années, le marché des services télécoms a diminué en valeur de 12% sur les cinq principaux marchés européens», poursuit l'analyste. En France, le marché des services mobiles a lui baissé de 7% en valeur en 2012, et selon les estimations, de 13% en 2013. 

Rien de vraiment catastrophique cependant, puisque les marges opérationnelles restent satisfaisantes, avec des niveaux de l'ordre de 25%-30% du chiffre d'affaires. Mais le secteur étant gourmand en investissements, une baisse supplémentaire conduirait inévitablement à un besoin de refonte du marché.

Une Europe qui reste à construire

Mais ces consolidation ne susciteront pas nécessairement l'appétit de firmes internationales. Car, même si les usages explosent en Europe, on n'est plus, comme au début des années 2000, dans une période de croissance pure.

L'histoire a montré qu'être présent sur tout le continent européen n'était pas forcément particulièrement rentable. Les grands opérateurs peuvent bien sûr négocier des achats groupés de terminaux et dérouler une politique de marketing adaptée à chaque marché (mais néanmoins globale), en revanche, concocter des services futés pour tous ses abonnés s'est révélé un piètre pari comme ont pu le constater Orange Word ou Vodafone Live. Désormais, les abonnés téléchargent les applications sur l'App Store ou sur Google Play. 

Enfin, et surtout, l'Europe des télécommunications reste encore à construire: malgré les différentes générations de «paquets télécoms» (dont le prochain est en discussion), chaque pays dispose encore de son régulateur, et gère son spectre radio et ses licences de façon certes un peu régulée mais néanmoins différente. 

Bref, être européen ne présente pas pour un opérateur un intérêt évident.

Catherine Bernard

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