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L'ombre de Schröder –et son amitié avec Poutine– sur les relations germano-russes

Daniel Vernet, mis à jour le 11.03.2014 à 9 h 09

Même s’il se refuse à jouer un rôle de médiateur auprès de son ami Vladimir, l’ancien chancelier continue d’avoir une influence au moins indirecte sur la politique étrangère allemande.

Vladimir Poutine et Gerhard Schröder à Saint Petersbourg, en octobre 2005. REUTERS/ITAR-TASS/

Vladimir Poutine et Gerhard Schröder à Saint Petersbourg, en octobre 2005. REUTERS/ITAR-TASS/

Il y a parfois des amis encombrants. Gerhard Schröder en fait l’expérience ces jours-ci où il ne cesse d’être interrogé sur la situation en Ukraine. L’ancien chancelier social-démocrate allemand était à Paris au début du mois et la semaine dernière il participait à un débat organisé à Hambourg par l’hebdomadaire Die Zeit.

Que pense-t-il de l’annexion de la Crimée par la Russie? Gerhard Schröder est un ami de longue date de Vladimir Poutine. Déjà, quand il était au pouvoir à Berlin, il avait noué des relations étroites avec le chef du Kremlin. Il avait fait le bon choix. Du moins de son point de vue.

A peine avait-il quitté la chancellerie que Poutine lui offrait un poste dirigeant dans le consortium North Stream. Cette filiale de Gazprom gère le gazoduc qui, à travers la mer du Nord, approvisionne l’Allemagne en court-circuitant les Etats baltes et la Pologne, un projet que chancelier Schröder avait chaleureusement soutenu. Salarié de Poutine, il toucherait quelque 250.000 euros par an qui ne sont qu’une faible partie des revenus de ces diverses activités de conseil.

Gerhard Schröder n’a pas parlé de l’Ukraine avec Vladimir Poutine, mais «je peux, a-t-il dit, imaginé ce qui l’anime. Poutine veut renforcer la Russie, la développer économiquement, la rendre grande et forte, à égalité avec les Etats-Unis.» Pétri d’histoire, le Président russe craint «l’encerclement» de son pays, a poursuivi l’ancien chancelier.

Après la chute du mur de Berlin, il y a eu des «développements peu réjouissants» aux limites de l’ancienne Union soviétique. «Emploie-t-il les meilleur moyens, je me permets aussi d’en douter», a ajouté Schröder sans nommer directement Poutine.

L’ancien chancelier admet que l’action de la Russie est contraire au droit international mais c’est pour minimiser immédiatement cette infraction. Il faut faire attention à ne pas montrer les autres du doigt, «car je l’ai fait aussi» quand sous sa direction l’Allemagne a participé au bombardement de la Serbie en 1999. Le Kosovo a été «le brouillon» de ce qui se passe actuellement en Crimée, a affirmé Schröder. Il oublie que si le Conseil de sécurité des Nations unies n’avait pas formellement autorisé l’action de l’Otan contre Belgrade, il avait voté plusieurs résolutions mettant en garde Milosevic contre la poursuite de la répression contre les Kosovars albanais.

Gerhard Schröder soutient les efforts d’Angela Merkel pour maintenir le contact avec le Kremlin et met en garde contre une «spirale de sanctions» qui toucheraient l’Allemagne plus que tout autre pays. Même s’il se refuse à jouer un rôle de médiateur auprès de son ami Vladimir, l’ancien chancelier continue d’avoir une influence au moins indirecte sur la politique étrangère allemande.

Le chef de la diplomatie de la grande coalition, Frank-Walter Steinmeier, était son directeur de cabinet à la chancellerie. Il était au centre des décisions quand l’Allemagne a refusé l’intervention américaine en Irak de concert avec la France et la Russie. Lors de son premier passage au ministère des affaires étrangères (2005-2009), Steinemeier était devenu l’apôtre de «la transformation par le rapprochement» dans les relations avec Moscou.

Tout en continuant à prôner le dialogue, il apparait aujourd’hui quelque peu désabusé par les déclarations dilatoires de Vladimir Poutine. Avec Angela Merkel, il avait cru la semaine dernière que le président russe avait accepté l’idée allemande de créer un «groupe de contact» pour désamorcer la crise ukrainienne. Il a dû constater que Poutine avait seulement «pris acte» de cette proposition sans vouloir la mettre en œuvre, au moins aussi longtemps que la sécession de la Crimée n’aurait pas été un fait accompli.

Daniel Vernet

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