La bonne idée pour l'école qu'on ne verra pas en France: un tronc commun primaire-collège

A Denain, le 3 septembre 2013. REUTERS/Pascal Rossignol

A Denain, le 3 septembre 2013. REUTERS/Pascal Rossignol

Une école unique, de 6 ans à 16 ans, permettrait-elle de régler les problèmes posés par le passage en 6e et par une pédagogie vieille de quarante ans qui renforce les écarts de niveau?

Un tronc commun de 6 ans à 16 ans qui correspondrait à la scolarité obligatoire. Voilà l’idée déjà ancienne que Terra Nova relance dans un rapport publié mardi. Rapport qui se fonde sur un constat: la césure élémentaire primaire est à la source de nombreuses difficultés pour les élèves, leurs résultats, leur bien-être et donc pour l’école:

«A 11 ans, avec le passage du Primaire au Secondaire, les élèves font l’expérience d’une triple rupture: en termes de contenus enseignés et de relation au savoir, de pédagogie et de relation au(x) maître(s), enfin d’éducation et de relation aux normes sociales et morales.»

Les parents de collégiens peuvent en témoigner, le passage à un nouveau système de cours avec de nombreux professeurs dans des établissements représente un choc pour les «petits sixièmes». D’ailleurs, l’Education nationale publie régulièrement des recommandations pour faciliter cette transition.

Ce «problème» du collège a une racine qui remonte à la création du collège unique en 1975.

Celui-ci n’a pas été inventé comme une école nouvelle adaptée à un nouveau public dans son ensemble, il a perpétué un modèle qui existait pour devenir une sorte de petit lycée. Quatre ans pour trier les élèves entre l’école primaire et la suite: dans le meilleur des cas le lycée général, sinon l’orientation en filière technique ou professionnelle malheureusement mal considérées en France, dans le pire cas le décrochage.

Comment changer?

Cela fait quarante ans que les acteurs et les observateurs constatent à quel point le type de pédagogie généralement utilisée au collège ne fonctionne tout simplement pas pour l’ensemble des élèves et renforce les écarts de niveau.

Pour le rapport de Terra Nova toujours, le collège accroît la ségrégation scolaire, comprenez ségrégation sociale. Il est vrai que c’est traditionnellement à ce niveau que l’évitement scolaire commence à se pratiquer à grande échelle. Cela étant, rien ne dit qu’une école renouvelée (et le rapport le dit aussi) convertisse comme par magie tous les parents aux bénéfices de la mixité sociale!

Pour revenir à l’«école commune», les spécialistes de l’éducation la connaissent sous le nom d'«école du socle». Le socle, c’est le fameux socle commun de connaissances et de compétences. Le problème, c’est que ce socle reste méconnu et flou pour les parents, les élèves et même les enseignants. Pour ces derniers, il est surtout à la source d’une charge supplémentaire de travail: remplir les livrets de compétences. Car, évidemment, l’objectif de maîtrise du socle n’a pas remplacé la traditionnelle notation. De plus, comme le rappelait –à l'occasion du (mauvais) classement Pisa– de manière très pertinente Claude Thélot, qui avait piloté la grande consultation de 2005 sur l’école et publié un ouvrage qui synthétisait des centaines de débats dans toute la France (un million de participants), le socle est trop large:

«Un "socle" existe, beaucoup trop large, qu'il faut absolument resserrer (il ne définit pas du tout les indispensables, mais un ensemble si large que je défie quiconque dans le pays de maîtriser tout ce qu'il contient).»

Faut-il penser ainsi que le soutient Andreas Schleicher, le directeur du département de l’éducation à l’OCDE (et donc le responsable de l’étude Pisa), que changer l'école est une gageure?

«Certains disent que changer l’administration de l’éducation, c'est comme faire déplacer des cimetières. Vous ne pouvez pas vraiment compter sur les gens qui y sont pour vous aider.»

Mais c’est possible. L’Allemagne, la Corée, la Pologne et il y a un peu plus longtemps la Finlande –et pourtant l’école y était très élitiste– l’ont fait. Et la France? A la rentrée 2012, le rapport consécutif à la concertation pour la Refondation de l’école de la République recommandait par exemple de multiplier les postes d’enseignants bi-matière, par exemple français/histoire, maths/SVT, les deux premières années du collège. Cela se fait en Allemagne pour faciliter cette fameuse transition. Mais les syndicats d’enseignants français, très attachés à l’organisation disciplinaire, ont tué l’idée et elle est sortie du texte de loi.

Nous avons 381.902 profs du secondaire qui sont d’abord enseignants d’une discipline. Elle est constitutive de leur identité professionnelle. Il faut lire pour les croire les invectives que peuvent se lancer enseignants du primaire et du secondaire quant à leurs compétences pédagogiques pour comprendre à quel point les conceptions du métier peuvent différer entre ces deux niveaux d’enseignement. La préconisation du rapport de «fusionner le corps de professeur des écoles (instituteurs) et celui de professeur certifié (titulaire du Capes)» a du chemin à faire dans les esprits!

Louise Tourret 

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