Culture

On a imaginé huit adaptations pour Wes Anderson

Hugues Derolez, mis à jour le 10.03.2014 à 16 h 40

Très codifié, le style du cinéaste texan collerait à merveille à toute une série d'univers. Explorons-en huit, d'Agatha Christie à la Bible en passant par Jules Verne et Hergé.

Wes Anderson lors de la première new-yorkaise du «Grand Budapest Hotel», le 26 février 2014. REUTERS/Carlo Allegri.

Wes Anderson lors de la première new-yorkaise du «Grand Budapest Hotel», le 26 février 2014. REUTERS/Carlo Allegri.

Et si, après The Grand Budapest Hotel, Wes Anderson abandonnait ses propres histoires, ses univers originaux imaginés avec Jason Schwartzman, Noah Baumbach ou encore Roman Coppola, pour adapter des genres différents, très codifiés, en les détournant avec l’humour et la légèreté qui le caractérise?

Le réalisateur semble déjà avoir quelques idées (très farfelues) pour un hypothétique James Bond qu’il pourrait réaliser un jour. Tour d’horizon des plus grandes inspirations andersoniennes dans la culture populaire, celles à qui il pourrait rendre hommage en les adaptant à l’écran.

Les Dix petits nègres, d’Agatha Christie

Chez Anderson, les enfants se prennent pour des adultes et les adultes se comportent comme de grands bambins. Quoi de mieux pour lui que des personnages qui jouent aux policiers et aux détectives?

Les Dix petits nègres semble lui être destiné: sa foultitude de personnages très typés (le play-boy irresponsable, le juge grincheux, l'officier de l'armée coloniale...) et son unité de lieu et d’action en font un terrain de jeu parfait pour les retournements de situation et les embrouilles en tous genres. On s’y réunirait dans de grands et beaux salons pour porter des accusations, pour enquêter sur des disparitions inexpliquées, sans jamais faire confiance à son voisin.

En y injectant un personnage d’enquêteur génial dont il a le secret, une sorte de réincarnation de Columbo incarné par un Robert De Niro étincelant, Anderson pourra organiser un Cluedo géant où les coupables possibles et les armes loufoques ne manqueront pas. Une enquête surannée à laquelle il pourra ajouter un soupçon de bouffonnerie et d’élégance.

Le Tour du monde en 80 jours, de Jules Verne

Les personnages hauts en couleurs de Wes Anderson, comme le génial Steve Zissou de La Vie aquatique, semblent tout droits sortis de l’imagination sans limite de Jules Verne. L’aventure, la débrouillardise, l’humanisme, l’amitié, le bricolage et l’innovation scientifique, autant de sujets qui tenaient à cœur au romancier français et dans lesquels Anderson se retrouverait parfaitement.

En faisant de Bill Murray son Phileas Fogg, il pourra nous faire oublier la calamiteuse dernière adaptation de ce fantastique roman (avec Jackie Chan et Arnold Schwarzenegger). Rappelons qu’il y est question d’un pari entre quelques hommes cultivés, de rencontres dans les airs et d’échauffourées célestes, d’un exploit qui semble a priori impossible.

Mais chez Anderson, rien n’est impossible. Et cette quête dantesque ne peut que nous rappeler, encore une fois, celle de La Vie aquatique.

Peter Pan, de Walt Disney

Avec Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson s’est essayé avec brio au film d’animation. Depuis, il le déclare lui-même, son rapport à l’image a changé. Il la regarde autrement. Il se pose toujours la question de savoir si une séquence n’atteindrait pas son potentiel maximum en usant d’une technique d’animation.

Un jour, il se pourrait que le cinéaste décide de réaliser un nouveau long-métrage animé, et pourquoi pas pour le compte de Disney. De gentils méchants, de grands enfants, de la poudre qui aide à dormir, des pirates, des combats à l'épée, un monde où l'imagination domine: le Pays Imaginaire a tout pour plaire au réalisateur.

Owen Wilson y serait un parfait Peter Pan cabossé par la vie, toujours enthousiaste et forcément un peu épuisant. Face à lui, Ian McKellen jouerait un Capitaine Crochet transformiste et bavard, cruel et astucieux. Il serait plus que temps que ce grand acteur soit casté par Anderson pour un rôle fantasque à sa mesure.

L'Étoile mystérieuse, de Hergé

C’est l’exemple qui semble le plus évident et pourtant l’un des plus intéressants, sachant à quel point il est difficile d’adapter Tintin au cinéma. Qui pour jouer le personnage d’Hergé d’après Wes Anderson? Michael Cera bien sûr. Juvénile, curieux et androgyne, il incarnerait à la perfection l’esprit jeune et aventureux que nous aimions tant étant enfant et qui ne peut que fasciner Anderson.

Accompagné du Capitaine Haddock (l’immense Kevin Spacey en marin alcoolique et gouailleur, entre Popeye et Iron Man), de Tryphon Tournesol (le facétieux Jeff Goldblum) et des Dupont et Dupond (James Franco et Seth Rogen), Tintin pourrait vivre ses plus grandes aventures sous le regard attentif de Wes Anderson.

Si La Vie aquatique faisait un peu penser au Trésor de Rackham le rouge, là, notre préférence irait clairement à L’Étoile mystérieuse, où Tintin doit enquêter sur une étrange météorite tout en s’inquiétant d’une possible fin du monde. Avec Bill Murray en guest-star pour jouer le prophète Philippulus, bien sûr.

Les Annales du Disque-monde, de Terry Pratchett

L’univers façonné par Terry Pratchett est sûrement l’un des plus beaux mondes de fantasy qui soient: riche, varié, farfelu, épique, qui ne se prend jamais au sérieux. Parfait pour Wes Anderson, donc.

Le Disque-monde, plat comme son nom l’indique, repose sur quatre éléphants eux-mêmes posés sur une tortue géante qui vogue à travers l’espace. Dans cette société chaotique où la magie existe aux côtés des nains et autres créatures de conte de fée, l’anachronisme est roi et le quatrième mur est souvent brisé par les personnages. On est proche de l’esprit débridé des Monty Python époque Sacré Graal, de leur lapin destructeur et inquiétant, de leur absurdité de tous les instants, de leurs jeux de mots tordus.

Wes Anderson pourrait par exemple mettre en image l’histoire de Rincevent, jeune mage gaffeur qui va devoir remplacer la Grande Faucheuse au pied levé après que celle-ci ait été malencontreusement tuée. La vie, la mort, la magie, les nains travestis et les gorilles alcooliques sont autant d’éléments du Disque-monde qui permettraient au cinéaste texan de s’amuser comme un petit fou.

Playmobil: The Movie

Face au succès colossal de La Grande Aventure LEGO, leurs meilleurs ennemis les Playmobils pourraient décider de répliquer. Et qui de plus compétent pour filmer des maisons de poupées prenant vie, des zoos aux tigres sympathiques, des bandits masqués qui s’échappent dans la nuit en mobylette? Coiffures ridicules et accoutrements colorés seront au rendez-vous, ce qui ne sera pas pour déplaire au cinéaste.

Il s’agirait, comme certains l’espéraient avec film Lego, d’une gentille satire pour enfants, entre Toy Story et Starship Troopers, sur les querelles de voisinage entre policiers, pirates et astronautes qui durent depuis des générations et ne sont pas sur le point de s’arrêter. De gentilles guéguerres d’enfants, en somme.

Car si La Grande Aventure LEGO est une ode à l’imagination, il était tout aussi amusant de voir, quand nous étions enfants, nos jouets préférés se taper dessus. Et qu’est-ce que nous ne donnerions pas pour voir Adrien Brody en facteur moustachu affublé d’une coupe au bol typique des Playmobils?

X-Files, de Chris Carter

Si d’aventure Wes Anderson décide de se tourner vers un récit d’action et de flirt infini, de conspiration et d’aliens aux grands yeux noirs, il pourrait s’atteler à un remake de X-Files. Scully, une jeune fille en fleur, petit génie de la médecine incarnée par Jennifer Lawrence, pourrait voyager à travers notre monde (et d’autres) pour pourchasser les extraterrestres et prouver leur existence en compagnie de son fidèle partenaire Mulder.

Une aventure surexcitante mais tout à fait prude malgré une tension sexuelle si importante que les deux jeunes gens risquent d’imploser à tout instant. Harvey Keitel serait un homme à la cigarette parfait pour affronter l’impétueux Fox Mulder incarné par le ténébreux et imprévisible Zac Efron. Une version Goonies malicieuse du plus grand récit de conspiration de tous les temps.

La Bible (ouvrage collectif)

La Descente de la croix, de Rubens

L’ultime récit de Wes Anderson sera forcément mythologique, poignant, plein de bonnes intentions mais aussi un peu cruel. Que rêver de mieux qu’une relecture pop et branchée du Nouveau Testament par le cinéaste à destination des jeunes générations?

Ce serait l’occasion parfaite pour lui de réunir son casting rêvé, de faire de Jason Schwartzman un Jésus maladroit qui a quelques soucis de communication avec les femmes et d’Adrien Brody un Judas parfaitement perfide. Et Bill Murray pourrait apparaître enfin dans le rôle que ses fans réclament à cor et à cri depuis des années: celui de Dieu.

Car en plus d’être un conteur hors pair, reconnaissons que Wes Anderson est aussi un fin pédagogue. Tout l’intérêt de son cinéma réside dans cette façon de s’approprier des récits, grands ou petits, de le rendre séduisants en les peinturlurant de toutes les couleurs et en y associant certains des acteurs les plus cool des années 2000. Et The Grand Budapest Hotel nous laisse entendre qu'il a peut-être enfin décidé d’utiliser ce style pour nous conter de nouveaux récits, la grande Histoire, et ce toujours en prenant des chemins détournés.

Hugues Derolez

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