Toutes amoureuses des vampires
Les suçeurs de sang sont tendance, pas de chance pour les femmes
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Début juillet, dans la rubrique hebdomadaire «Fashion & Style» du New York Times, on pouvait lire un article sur la tendance du moment : la fascination pour les vampires. Ils sont sensuels, ils sont partout, s'affichant dans les séries télé et jusque dans les magazines de mode, monopolisant même les têtes de gondole des librairies. Le fantasme aux canines pointues du 21e siècle est à des lieues de nos bons vieux Dracula et autre Bela Lugosi ; les vampires sont dorénavant «des immortels à belle gueule et à la sexualité décadente», comme l'écrit la journaliste Ruth LaFerla. L'article occulte cependant tout ce que sous-entend cette nouvelle mode. La récente déferlante littéraire et télévisuelle n'a rien de la sexualité sur papier glacé qu'on peut voir dans «Vogue». Les vampires représentent aujourd'hui la profonde ambivalence de notre culture au sujet de la sexualité des femmes, et notre obsession à exalter à la fois vertu et violence sexuelle.
Dans le monde des vampires, la virginité, c'est bien; le sexe c'est dangereux
Dernière illustration en date, la nouvelle série de HBO, «True Blood». Dès le générique, avec ses guitares moites et lubriques (et son refrain: «I want to do bad things to you»), tout est là pour nous rappeler que le vampire est censé être notre propre «ça». Sookie Stockhouse, le personnage principal de True Blood, est une jeune fille sensible, chaste, et sans la moindre expérience amoureuse. Sa virginité la distingue des autres habitants de Bon Temps, ville du sud des États-Unis où coucher à droite à gauche constitue à peu près l'unique activité possible. Surtout que dans la première saison, les femmes qui se font des vampires sont considérées comme libérées voire faciles (et certaines finissent d'ailleurs assassinées par le serial killer détraqué du village). Là apparaît un motif, la différence entre «filles bien» et «mauvaises filles», ou plutôt «baiseuses de vampires». Sookie, qui couche avec Bill son soupirant vampire, finit par être classée dans la catégorie mauvaise fille, bien qu'elle finisse par échapper au serial killer, elle.
Stephanie Meyer, l'auteur de «Twilight», a été critiquée pour avoir insisté sur le côté vertueux de l'histoire d'amour entre Bella Swan et Edward Cullen. Leurs scènes ressemblent souvent à des simili-flirts interminables ou bien des tests qui mettent à l'épreuve la volonté d'Edward, qui réussit à dominer sa soif de sang (comprendre: de cul). Certains critiques trouvent une justification dans le fait que Meyer était mormonne et femme au foyer lorsqu'elle a écrit le premier volume. Alan Ball, le créateur de «True Blood», a lui des vues plus progressistes que Meyer: il explique l'allégorie que représente la difficulté qu'ont les vampires à obtenir des droits civiques comme une critique pop-culture du climat actuel concernant les droits des homosexuels.
Mais d'un point de vue féministe, tous deux transmettent exactement le même message: pour que l'homme la désire, la femme doit être belle, pucelle, et soumise.
Dans True Blood comme dans «Twilight», le sexe est synonyme de danger; une femme qui éprouve du désir ou un homme qui protège une femme, tout cela est intimement lié à une certaine violence. C'est souvent lorsqu'il essaie de protéger Sookie que Bill se met en colère contre elle. Dans «Twilight», le penchant prononcé de Bill pour énumérer les différentes façons dont il dispose pour mutiler Bella accidentellement sont à la limite des préliminaires SM. Inimaginable dans «Buffy contre les vampires».
Buffy, la féministe
Buffy, l'héroïne originelle de ce renouveau vampirique, a des pouvoirs, elle, et n'a besoin de personne pour la protéger. Écarter les menaces des hommes, c'est son lot quotidien. Si l'un de ses amants (vampire ou non, elle a fait les deux) avait idée de la jouer brutale, le combat resterait équitable grâce à la force surhumaine de Buffy et son agilité.
Buffy aussi nous montre un aperçu de cette dynamique «virginité, bien / sexe, pas bien» (Joss Whedon, le créateur de la série, s'est d'ailleurs fait allumer pour avoir rendu Angel méchant après que Buffy et lui aient consommé leur relation). Mais Buffy aborde la sexualité d'une façon remarquablement «troisième vague». Après une saison trois relativement solitaire, Buffy couche avec trois hommes (deux humains et un vampire) avant la fin de la série. Comportement classique: ado, et même un peu au-delà, Buffy pensait qu'Angel était le bon, mais ça n'a tout simplement pas fonctionné. Cette attitude vis-à-vis du sexe s'étend à tout le groupe: cette Buffy Sex Chart un peu grossière démontre qu'après une adolescence un peu maladroite, les personnages finissent par mener une vie sexuelle saine avec des partenaires variés. On doute que ce soit le cas pour Sookie et Bella particulièrement Bella, qui préfère visiblement mourir plutôt que vivre sans Edward. Buffy, au contraire, dans une remarquable démonstration de féminisme, réussit à prendre le recul nécéssaire sur ses sentiments pour envoyer Angel, son premier mec, en enfer.
Au final, après m'être plongée dans l'univers de «True Blood» et celui de «Twilight», je ne peux m'empêcher de regretter Buffy Summers. Elle est celle qui réussit à renverser le paradigme établi selon lequel une femme doit être comme ci et ne doit pas agir comme ça. Elle est à la fois forte et vulnérable, mais demeure un objet de désir. Ce n'est pas la «dernière survivante» et elle ne consacre pas non plus sa vie à satisfaire les exigences de son mort-vivant d'amant. Simplement, il n'en reste qu'une pour combattre le monstre, et c'est elle. Buffy est sans doute différente des autres héroïnes de fiction vampirique : elle est la féministe ultime.
Latoya Peterson
Traduit par Nora Bouazzini
crédit: image officielle de «Twilight», Bella Swan et Edward Cullen.
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Mis à jour le 27/07/2009 à 17h30











































Le vampire européen est aristocratique, âgé, désargenté, élégant mais passablement démodé dans son allure. Il exerce une fascination sur de jeunes femmes, paysannes de préférences, blondes et bien en chaires, dont nous ne connaissons que la gorge et le visage. On ne connait pas leur nom, parce que leur identité est définie par leur appartenance au village dont il est le châtelain. La dimension sexuelle des récits de vampires est allégorique. Leur domination sur leurs victimes s'inscrit dans une logique sociale, symbolisée par la domination sexuelle. Il est le pouvoir absolu. Le rapport dominant/dominé, c'est celui du maître à ses serfs.
C'est un homme de pouvoir et de savoir (en quelques centaines d'années, il a eu le temps de se constituer une bibliothèque) qui en use pour fasciner d'innocentes bécasses. Le seul contre-pouvoir, c'est la religion. Mais il s'agit d'une religion faite de superstitions et non une institution qui pourrait s'opposer à sa toute puissance. Ce sont des recettes individuelles qui ne permettent pas d'organiser une riposte collective.
Le vampire européen est une parabole à la fois sur la domination patriarcale, la violence de l'ordre social dans les sociétés rurales et l'impuissance des paysans. Il s'inscrit dans une réalité historique qui passe par le servage, le droit de cuissage et de grands personnages historiques tels que Gilles de Retz. Il fascine les jeunes filles, parce qu'il est à la fois le prince charmant qui épouse la bergère et Barbe-Bleu.
Si les jeunes vierges l'attirent c'est parce que leur "innocence", prouve qu'elles n'ont pas encore été contaminées par les idées nouvelles qui mettront fin à sa domination. C'est une victime de la démocratie et la révolution industrielle au moins autant sinon plus que du féminisme. Imagine-t-on Dracula payer des impôts ou son cocher bossu revendiquer les 35 heures ?
Buffy à l'inverse, c'est une série pour ado. Le sexe n'est pas une allégorie, mais l'objet même de la série. C'est Buffy l'héroïne, le personnage qui a donné son titre à la série. Les vampires ne sont plus que des faire valoir. Seuls les spécialistes de la série connaissent leurs noms. Ils ne sont qu'un des multiples avatars de la culture hollywoodienne sans d'ailleurs que l'on distingue toujours très bien les vampires, des démons et autres affreux sales et méchants. La série n'est pas une réflexion sur la domination, mais sur la baston et sur le fait que les filles aussi peuvent cogner les méchants.
Le sexe est loin d'être l'objet même de la série "Buffy".
Elle est l'héroïne, mais rapidement son groupe d'amis prend une grande importance, et pas uniquement dans les rôles de faire valoir, mais afin de filer et compléter la métaphore adolescente. D'ailleurs, pour compenser cela, elle est rapidement devenu l'Héroïne, dans le sens des grands Héros de l'Histoire (enfin surtout des représentations populaires qui en sont faites), qui sacrifient leur bonheur et leur vie pour le bien des autres (citation geek : "Ce qui est utile à beaucoup l'emporte sur les désirs du petit nombre... Ou d'un seul!"). Quand aux vampires, ils sont moins des faire valoir que des miroirs de la société.
Enfin, dire que "La série n'est pas une réflexion sur la domination, mais sur la baston et sur le fait que les filles aussi peuvent cogner les méchants." est une hérésie complète, qui occulte totalement le côté allégorique de cette série (passage de l'adolescence à l'age adulte... une sorte de récit initiatique quoi).
Comme le souligne bien l'article, rapidement (à partir de la troisième saison), le sexe dans Buffy se résume au sexe dans la vie de tous les jours pour un occidental : un plaisir comme un autre, magnifié quand il est accompagné de l'Amour.
Pour revenir à l'article, qui dit par exemple "Dans «Twilight», le penchant prononcé de Bill pour énumérer les différentes façons dont il dispose pour mutiler Bella accidentellement sont à la limite des préliminaires SM", c'est méconnaitre la relation de Buffy et Spike dans les dernières saisons, qui s'apparentent aussi à du SM (violence des rapports, attraction/répulsion, addiction[dépendance pour les puristes], etc.)
Si Whedon s'est fait allumé sur la transformation d'Angel, c'est que pour une fois, la métaphore manquait cruellement de subtilité. On lui pardonne quand on sait que cela a permis d'enfin faire disparaître l'insipide personnage d'Angel, pour un Angelus bien plus pervers et croustillant. Et au final, un petit rappel aux adolescentes sur les mensonges que peuvent inventer les hommes plus âgés pour coucher avec elle et se tirer une fois l'affaire faite ne fait jamais de mal :)
Quand à True Blood (n'ayant pas vu Twillight, que je préfererai lire), Alan Ball semble à mon sens avoir préféré axer pour l'instant sa série sur la qualité de l'image et l'ambiance poisseuse des marais que sur le message qu'il souhaite faire passer. La "mythologie" utilisée dans la série (je ne sais pas si c'est la même que dans le livre) se rapproche beaucoup d'Anne Rice, et c'est tant mieux. Maintenant, j'attends avec impatience qu'il ramène dans ses dialogues l'intelligence et l'impertinence qui a fait Six Feet Under. A ce moment, True Blood deviendra une vraie grande série. Pour l'instant, elle ressemble plus (IMHO) à une parenthèse un peu fun d'un grand créateur de série qui avait envie de se faire plaisir.
Il y a pas mal d'erreurs :
- C'est Sookie Stackhouse et non pas "Stockhouse".
- Il faudrait préciser que Alan Ball n'est pas le créateur original de True Blood, mais que sa série est inspirée d'une série de livres (tout comme Twilight) nommée La Communauté du Sud (Southern Vampire Mysteries).
- Enfin, juste avant la partie sur Buffy, il y a une confusion, il s'agit de Edward dans Twilight et non pas de Bill. Même si, je l'avoue, la différence n'est pas évidente.
Après tout, True Blood c'est comme Twilight, mais avec du cul. C'est juste tout pourri.
Buffy rules un point c'est tout.
"Buffy Rules"
Oh oui ! :)
Mais True Blood a du potentiel, souvenons nous de la première saison de Buffy (qui oscille entre le mièvre et le trop facile), et laissons sa chance au produit :)
Mais c'est vrai que c'est un peu étrange cette tendance provampire qui est en place depuis quelques temps.