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Toutes amoureuses des vampires

Slate.com, mis à jour le 27.07.2009 à 17 h 30

Les suçeurs de sang sont tendance, pas de chance pour les femmes

Début juillet, dans la rubrique hebdomadaire «Fashion & Style» du New York Times, on pouvait lire un article sur la tendance du moment : la fascination pour les vampires. Ils sont sensuels, ils sont partout, s'affichant dans les séries télé et jusque dans les magazines de mode, monopolisant même les têtes de gondole des librairies. Le fantasme aux canines pointues du 21e siècle est à des lieues de nos bons vieux Dracula et autre Bela Lugosi ; les vampires sont dorénavant «des immortels à belle gueule et à la sexualité décadente», comme l'écrit la journaliste Ruth LaFerla. L'article occulte cependant tout ce que sous-entend cette nouvelle mode. La récente déferlante littéraire et télévisuelle n'a rien de la sexualité sur papier glacé qu'on peut voir dans «Vogue». Les vampires représentent aujourd'hui la profonde ambivalence de notre culture au sujet de la sexualité des femmes, et notre obsession à exalter à la fois vertu et violence sexuelle.

Dans le monde des vampires, la virginité, c'est bien; le sexe c'est dangereux

Dernière illustration en date, la nouvelle série de HBO, «True Blood». Dès le générique, avec ses guitares moites et lubriques (et son refrain: «I want to do bad things to you»), tout est là pour nous rappeler que le vampire est censé être notre propre «ça». Sookie Stockhouse, le personnage principal de True Blood, est une jeune fille sensible, chaste, et sans la moindre expérience amoureuse. Sa virginité la distingue des autres habitants de Bon Temps, ville du sud des États-Unis où coucher à droite à gauche constitue à peu près l'unique activité possible. Surtout que dans la première saison, les femmes qui se font des vampires sont considérées comme libérées voire faciles (et certaines finissent d'ailleurs assassinées par le serial killer détraqué du village). Là apparaît un motif, la différence entre «filles bien» et «mauvaises filles», ou plutôt «baiseuses de vampires». Sookie, qui couche avec Bill son soupirant vampire, finit par être classée dans la catégorie mauvaise fille, bien qu'elle finisse par échapper au serial killer, elle.

Stephanie Meyer, l'auteur de «Twilight», a été critiquée pour avoir insisté sur le côté vertueux de l'histoire d'amour entre Bella Swan et Edward Cullen. Leurs scènes ressemblent souvent à des simili-flirts interminables ou bien des tests qui mettent à l'épreuve la volonté d'Edward, qui réussit à dominer sa soif de sang (comprendre: de cul). Certains critiques trouvent une justification dans le fait que Meyer était mormonne et femme au foyer lorsqu'elle a écrit le premier volume. Alan Ball, le créateur de «True Blood», a lui des vues plus progressistes que Meyer: il explique l'allégorie que représente la difficulté qu'ont les vampires à obtenir des droits civiques comme une critique pop-culture du climat actuel concernant les droits des homosexuels.

Mais d'un point de vue féministe, tous deux transmettent exactement le même message: pour que l'homme la désire, la femme doit être belle, pucelle, et soumise.

Dans True Blood comme dans «Twilight», le sexe est synonyme de danger; une femme qui éprouve du désir ou un homme qui protège une femme, tout cela est intimement lié à une certaine violence. C'est souvent lorsqu'il essaie de protéger Sookie que Bill se met en colère contre elle. Dans «Twilight», le penchant prononcé de Bill pour énumérer les différentes façons dont il dispose pour mutiler Bella accidentellement sont à la limite des préliminaires SM. Inimaginable dans «Buffy contre les vampires».

Buffy, la féministe

Buffy, l'héroïne originelle de ce renouveau vampirique, a des pouvoirs, elle, et n'a besoin de personne pour la protéger. Écarter les menaces des hommes, c'est son lot quotidien. Si l'un de ses amants (vampire ou non, elle a fait les deux) avait idée de la jouer brutale, le combat resterait équitable grâce à la force surhumaine de Buffy et son agilité.

Buffy aussi nous montre un aperçu de cette dynamique «virginité, bien / sexe, pas bien» (Joss Whedon, le créateur de la série, s'est d'ailleurs fait allumer pour avoir rendu Angel méchant après que Buffy et lui aient consommé leur relation). Mais Buffy aborde la sexualité d'une façon remarquablement «troisième vague». Après une saison trois relativement solitaire, Buffy couche avec trois hommes (deux humains et un vampire) avant la fin de la série. Comportement classique: ado, et même un peu au-delà, Buffy pensait qu'Angel était le bon, mais ça n'a tout simplement pas fonctionné. Cette attitude vis-à-vis du sexe s'étend à tout le groupe: cette Buffy Sex Chart un peu grossière démontre qu'après une adolescence un peu maladroite, les personnages finissent par mener une vie sexuelle saine avec des partenaires variés. On doute que ce soit le cas pour Sookie et Bella particulièrement Bella, qui préfère visiblement mourir plutôt que vivre sans Edward. Buffy, au contraire, dans une remarquable démonstration de féminisme, réussit à prendre le recul nécéssaire sur ses sentiments pour envoyer Angel, son premier mec, en enfer.

Au final, après m'être plongée dans l'univers de «True Blood» et celui de «Twilight», je ne peux m'empêcher de regretter Buffy Summers. Elle est celle qui réussit à renverser le paradigme établi selon lequel une femme doit être comme ci et ne doit pas agir comme ça. Elle est à la fois forte et vulnérable, mais demeure un objet de désir. Ce n'est pas la «dernière survivante» et elle ne consacre pas non plus sa vie à satisfaire les exigences de son mort-vivant d'amant. Simplement, il n'en reste qu'une pour combattre le monstre, et c'est elle. Buffy est sans doute différente des autres héroïnes de fiction vampirique : elle est la féministe ultime.

Latoya Peterson

Traduit par Nora Bouazzini

crédit: image officielle de «Twilight», Bella Swan et Edward Cullen.

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