France

Ne vous trompez pas, Copé ne vise pas les journalistes, mais «ses amis» de l'UMP

Olivier Biffaud, mis à jour le 03.03.2014 à 16 h 56

La tactique choisie par le patron de l'UMP met en évidence le climat délétère qui règne à l'intérieur de l'UMP, la guerre des fractions, la suspicion et la paranoïa qui rodent, le sur-place politique que fait le parti depuis la défaite de 2012.

Jean-Francois Copé en 2012. REUTERS/Charles Platiau

Jean-Francois Copé en 2012. REUTERS/Charles Platiau

«Depuis quelques jours, je fais l'objet d'une campagne de presse particulièrement agressive, je dirais même haineuse. Depuis quelques jours notre famille politique, l'UMP, fait l'objet d'attaques incessantes qui ont quitté le champ de la politique pour se nourrir des armes des lâches, des armes que sont la rumeur, les insinuations et les manipulations.»

En une cinquantaine de mots qui constituaient une sorte d'avant-propos à sa «déclaration solennelle», Jean-François Copé a donné le ton, lundi 3 mars, de sa contre-offensive après la publication, la semaine précédente, d'une enquête de l'hebdomadaire Le Point sur les faveurs financières dont aurait bénéficié, pendant la campagne présidentielle, une agence de communication appartenant à ceux proches du président de l'UMP.

Campagne «agressive», voire «haineuse» contre lui, «attaques incessantes» qui utilisent «la rumeur, les insinuations et les manipulations» contre l'UMP. D'emblée, il a voulu unir intimement sa propre personne et le parti qu'il dirige dans un même destin. Histoire de faire comprendre que tout ce qui est dirigé contre lui l'est aussi contre le principal parti de l'opposition, que toutes les flèches qui lui sont décochées sont, en réalité, destinées à l'UMP toute entière.

Mais Copé-Saint-Sébastien aurait sans doute été plus convaincant si, point par point, il avait argumenté pour démonter ou justifier les faits que cet hebdomadaire estime utile de lui reprocher. Car il n'y a ni rumeur, ni insinuations, ni manipulations dans ce qui est étalé. Juste des faits que Jean-François Copé, c'est sa liberté, avait la possibilité de démentir ou d'assumer.

Une attaque des médias

Au lieu de ça, il s'est lancé dans la rumeur et les insinuations contre la presse en général. Et chacun a compris que c'était contre Le Point plus particulièrement:

«Certains organes de presse, si peu regardants sur leur propre déontologie, si peu transparents sur les conflits d'intérêt qui les minent de l'intérieur, s'érigent en procureurs aussi bien qu'en juges de premier et de dernier ressorts. (...) Certains organes de presse d'habitude si prompts à s'ériger en parangons de vertu n'hésitent pas à user des pires méthodes, des méthodes dignes de l'Inquisition. Parmi eux, les Tartuffes bouffis d'orgueil, si pleins d'eux-mêmes, tellement admirateurs de leur propre image, se contemplent avec une délectation perverse dans le reflet de shows télévisés autocentrés en s'abritant derrière deux mots d'ordres magiques pour justifier ce qui n'est rien d'autre qu'une vendetta: transparence et démocratie.»

Non content de charger la presse –angle qui marche toujours assez bien dans l'opinion–, le président de l'UMP a procédé par sous-entendus en voulant mouiller l'ensemble des partis politiques, implicitement soupçonnés de ne pas être très clairs avec le maniement de l'argent.

Ce thème-là, lui, marche plutôt pas mal à l'extrême droite de l'échiquier politique. C'est un aspect dont Jean-François Copé n'a peut-être pas totalement mesuré l'impact. Car, bien évidemment, ses deux propositions de loi sur la transparence des partis et des dirigeants aussi bien que sur celle des entreprises de presse et de leurs salariés, ont une chance assez réduite d'arriver à leur terme. Pour plusieurs raisons.

D'abord parce qu'il s'agit surtout d'un effet d'annonce qui sert de coupe-feu, ensuite, parce que les premières réactions à l'UMP sont, disons, en arrière de la main, enfin, parce que le PS à beau jeu de faire remarquer que Copé s'est lui-même opposé à une loi sur la transparence quand elle lui a été soumise, en septembre, à l'Assemblée nationale.

Mais tout cet habillage n'est peut-être pas le plus important. Car ce que Jean-François Copé a surtout voulu arrêter, c'est une hémorragie externe. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les factures acquittées par l'UMP n'arrivent pas dans les colonnes des journaux par l'opération du Saint-Esprit.

D'où vient la fuite?

Et le président du parti a beau incriminer, explicitement ou implicitement, la presse et ses rumeurs, les partis et leurs manipulations, personne ne croit, jusqu'à plus ample informé, que des «plombiers» du Point ou du pouvoir sont allés chercher nuitamment les documents comptables en question dans les sous-sols de l'UMP.

Non, les choses sont malheureusement plus simples et plus prosaïques: les fuites viennent de l'intérieur de la maison. Et si Jean-François Copé est blessé, comme le distille son entourage, c'est certainement par cette dure réalité. Sinon, comment comprendre sa décision de faire mettre immédiatement sous scellé tous les documents comptables? En espérant –pour lui– qu'il n'y en ait plus dans la nature!

La mise en oeuvre de ce mécanisme d'information, vieux comme la presse elle-même, est toujours un révélateur politique. En l'occurrence, elle met en évidence le climat délétère qui règne à l'intérieur de l'UMP, la guerre des fractions, le peu de cas qui est fait du «patron», la suspicion et la paranoïa qui rodent, le sur place politique que fait le parti depuis la défaite du 6 mai 2012.

A cet état de fait, Jean-François Copé oppose des notions morales comme la «droiture» et l'«honnêteté» dont il se dit détenteur. Mais il tape à côté de la plaque car ce n'est pas sur ce terrain qu'il est attendu. S'il était incontesté dans ses propres rangs, s'il avait un projet politique clair et crédible d'alternance, s'il n'avait pas en permanence devant lui la statue du Commandeur Sarkozy dont il ne sait pas quoi faire, il ne serait évidemment pas dans cette situation.

Tout au contraire, ils sont tellement nombreux à vouloir sa peau politique que les coups peuvent partir de n'importe où!

Comme au PS, on joue du billard à trois bandes à l'UMP. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le feuilleton du remaniement ministériel dont personne ne sait rien mais dont tout le monde parle: imagine-t-on une seule seconde François Hollande aller raconter ses états d'âme, réels ou supposés, même à ses proches? Même chose à l'UMP! Bien malin celui qui peut dire comment se joue, en sous-main, le feuilleton Copé dont la dimension va peut-être bien au-delà, dans le temps, de la seule échéance des municipales. Allez savoir.

Olivier Biffaud

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Journaliste
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