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Crimée: pourquoi une invasion «à l’ancienne» nous choque

Joshua Keating, mis à jour le 03.03.2014 à 9 h 19

Les guerres entre Etats sont relativement rares au XXIe siècle, et les guerres entre Etats pour le contrôle d’un territoire encore plus rares.

Blindé russe à Blaklava Crimée mars 2014 REUTERS

Blindé russe à Blaklava Crimée mars 2014 REUTERS

Il semble bien que la raison pour laquelle l’intervention de la Russie en Crimée soit si surprenante et audacieuse à nos yeux est qu’il s’agit d’une forme de guerre qui ne se produit plus souvent aujourd’hui.

La Russie peut formellement annexer la Crimée –il semble plus probable que le territoire va déclarer son indépendance sous une forte influence russe- mais elle a, pour résumer, envahi un autre pays pour prendre un morceau de son territoire qui était, en dépit d’un sentiment nationaliste ancien, une partie indiscutée de l’Ukraine.

D’un point de vue historique, les conflits dans lesquels un pays envoie des troupes dans un territoire pour prendre le contrôle d’une région disputée sont plutôt communs. Mais aujourd’hui, les guerres entre Etats sont relativement rares, et les guerres entre Etats pour le contrôle d’un territoire encore plus rares.

Des frontières qui ne bougent plus

La plupart du temps, les conflits militaires surviennent aujourd’hui entre des groupes armés à l’intérieur des Etats. Quand un pays envoie des troupes dans un autre -les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan, par exemple- c’est généralement en partant du principe que tôt ou tard les soldats vont se retirer et laisser les frontières où elles sont.

De fait, l’intense émotion soulevée au Japon, en Chine et même en Corée du sud autour de la dispute pour une poignée d’îles et de récifs (l’archipel de Senkaku) souligne le fait que les pays aujourd’hui en viennent rarement à des conflits armées pour des territoires, même inhabités.

L’invasion de la Georgie en 2008 par la Russie était déjà une exception, même –si bien plus que la Crimée- les régions sécessionnistes d’Abkhazie et d’Ossétie du sud étaient déjà de fait hors du contrôle georgien. La Thaïlande et le Cambodge se sont bien battus récemment pour des questions de frontières. C’est aussi le cas entre le Soudan et le Sud-Soudan au sujet du tracé des frontières avec le nouvel Etat. Bien sûr, le conflit israélo-palestinien est un combat pour un territoire, mais la terre n’a pas changé de mains depuis pas mal de temps. 

Les années 1990

En-dehors de ces exemples, les dernières guerres majeures remontent au début des années 1990: entre les Etats de l’ancienne Yougoslavie; entre certaines anciennes républiques soviétiques et bien sûr avec l’annexion, pour une très courte période, du Koweit par l’Irak.

En tout cas, compte tenu du sang répandu au XXe siècle par les guerres de conquête, il faut espérer que ce qui se passe aujourd’hui en Crimée est une anomalie au XXIe siècle plutôt qu’un signe du retour de certains pays à leurs pratiques anciennes de recours à la force.

Joshua Keating

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Journaliste
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