Spotify, le meilleur service de streaming au monde

Vous pouvez écouter n'importe quelle chanson gratuitement.

Les Britanniques ont-ils cessé de télécharger de la musique illégalement? Un sondage récent au Royaume-Uni montre que sur 1.000 ados fans de musique, seulement 26% d'entre eux admettent avoir utilisé un logiciel de peer-to-peer au cours des 30 derniers jours. Un nombre étonnamment bas comparé à celui d'il y a un an et demi; à l'époque, presque la moitié des interrogés avouaient télécharger régulièrement de la musique de façon illégale. Ce sondage indiquerait donc qu'au lieu de passer par BitTorrent pour écouter du son, les jeunes se sont mis au streaming. Plus des deux tiers des ados disent visiter régulièrement des sites comme MySpace Music; et 31% écoutent de la musique sur leur ordinateur chaque jour.

Ce sondage a mis la sphère technophile en émoi, puisqu'il y est depuis longtemps admis que la partage de fichiers est en constante augmentation. Effectivement, cette révélation est un peu suspecte: comme d'autres l'ont fait remarquer, le sondage ne présente pas les statistiques des réseaux d'échange de fichiers. De plus, au Royaume-Uni, les autorités ont commencé à lutter sérieusement contre le téléchargement illégal: un récent rapport du gouvernement présente les différentes mesures — plutôt sévères — que doivent prendre les fournisseurs d'accès Internet lorsqu'ils découvrent qu'un de leurs clients se livre au piratage. Cela peut par exemple inclure l'installation d'un mouchard destiné à surveiller les données entrantes sur un ordinateur. Il est donc tout à fait possible que de peur de se faire attraper, les sondés aient ainsi menti sur leurs habitudes quant aux logiciels de peer-to-peer.

L'iTunes gratuit

Il y a cependant une raison qui peut expliquer ce revirement des Britanniques vis-à-vis du piratage: depuis quelques mois, ils ont accès au meilleur logiciel de streaming du monde. Ça s'appelle Spotify, et si vous l'installiez sur votre ordinateur vous laisseriez sans doute tomber BitTorrent vous aussi.

Spotify, c'est un iTunes gratuit. Le service, qui a été lancé à la fin de l'année dernière, consiste en une simple application qu'on installe sur son ordi, et qui ressemble comme deux gouttes d'eau au célèbre player d'Apple. Mais au lieu de ne vous présenter que la musique que vous possédez déjà, Spotify vous offre un catalogue impressionnant de chansons complètement gratuites. Actuellement, plus de 3,5 millions de titres sont déjà disponibles, et des dizaines de milliers de nouveaux morceaux font leur apparition chaque semaine. Ça fonctionne comme iTunes— on peut effectuer une recherche par titre, artiste, album; faire des playlists; classer par popularité; ou bien activer la lecture aléatoire. La version gratuite de Spotify comporte des pubs; un spot de 30 secondes (dont certains très chiants) est diffusé toutes les 4 ou 5 chansons. Pour ne pas avoir à supporter ça, on peut souscrire à un abonnement de 9,99 euros par mois.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, Spotify n'est pour l'instant disponible qu'au Royaume-Uni et dans quelques autres pays d'Europe. Si vous habitez ailleurs et que vous essayez de vous inscrire, le logiciel vous présente alors ses excuses. Pourquoi Spotify n'est-il pas accessible partout dans le monde? À cause des accords de licence — les contrats que la société signe avec les maisons de disques et qui l'autorisent à diffuser des morceaux en streaming dans certains pays seulement. Spotify indique que leur service sera à terme accessible dans d'autres régions du monde, mais pour le moment la majorité de la population ne peut pas en profiter.

Depuis les Etats-Unis, j'ai testé Spotify cette semaine en utilisant un proxy — une manière de faire croire au logiciel que je vis près de Big Ben alors que j'habite dans un coin brumeux de San Francisco. J'ai tout de suite accroché: il n'y avait pas toutes les chansons que je cherchais, mais presque. J'ai aussi trouvé des tas de vieux trucs, et un paquet de nouveautés — 7 des 10 singles du Top iTunes étaient disponibles sur Spotify (y compris Man in the Mirror et la majeure partie de l'oeuvre de Michael Jackson).

Un petit goût de Napster

Depuis que la musique s'est digitalisée, j'ai assisté à des moments particulièrement forts. J'étais là quand Steve Jobs a présenté l'iPod. Je me souviens du jour où il a enfin été possible d'acheter de la musique sur l'iTunes Store. Et je n'oublierai jamais la première fois que je me suis connecté à Pandora et que j'y ai découvert des morceaux géniaux. Mais rien, rien ne s'approche de ce que j'ai ressenti à l'automne 1999, lorsque mon camarade de chambre à l'université m'a montré un logiciel qui semblait donner accès à toutes les chansons jamais enregistrées, et gratuitement en plus: Napster.

Napster n'était pas seulement génial parce qu'on pouvait récupérer n'importe quel morceau gratuitement; Napster était génial parce qu'on pouvait récupérer de la musique dont on ne savait même pas qu'on voulait à la base. Je passais des heures à chercher des nouveaux trucs — si on tombait sur quelqu'un qui aimait la même chanson que nous, on pouvait aller voir tout ce qu'il écoutait et trouver d'autres gens avec des goûts similaires. Aucun autre service depuis n'a réussi à reproduire ce sentiment de liberté, ce sentiment que toute la musique du monde entier nous appartient.

Mais Spotify s'en approche. Ceci dit, ce n'est pas le premier service de streaming à être lancé. Rhapsody, qui permet de lire des millions de chansons depuis son ordinateur — ou autre — est sorti en 2001, mais il n'est pas gratuit; ce service, qui a réussi à rassembler des centaines de milliers de fans fidèles, coûte 12,99 dollars par mois. Napster a plus tard repris le modèle de Rhapsody. Myspace a lancé l'année dernière un site qui propose des millions de chansons en streaming gratuit. Les utilisateurs se sont rués dessus et ce sont maintenant des milliards de titres qui sont streamés chaque mois. Cela dit, j'ai trouvé l'interface plutôt lourde, chargée et bien trop prise de tête.

Spotify, au contraire, est le service de streaming le moins compliqué que j'aie jamais utilisé. Bien plus réactif que l'appli Web MySpace Music puisque le logiciel est installé sur l'ordinateur, on peut y effectuer des recherches beaucoup plus facilement. En cherchant des chansons de Nirvana sur MySpace Music, on m'a suggéré la page MySpace de Nirvana qui prend un temps fou à charger — et en plus ça n'est pas ce que je cherchais. Sur Spotify, j'ai eu droit à une énorme liste de chansons classées par album de tout le catalogue Nirvana disponible. Y compris la compilation de 2005, Sliver: The Best of the Box, qui inclut plein de démos et d'outtakes, dont une démo de 1985 de Spank Thru, le seul enregistrement jamais sorti de Fecal Matter, le tout premier groupe de Kurt Cobain. La démo n'est pas géniale (Cobain marmonne pendant toute la chanson) mais c'est ce qui fait son intérêt, quand on pense à ce que ce type est devenu plus tard. En écoutant Spotify, j'ai été pas mal de fois agréablement surpris; j'ai trouvé les versions alternatives de vieilles chansons et des nouveaux morceaux par des artistes que j'aime depuis un bail, et des dizaines de titres auxquels je n'avais pas pensé depuis longtemps.

Sur téléphones portables aussi?

Prudence, cependant: mon enthousiasme pour Spotify est en parti dû à des circonstances exceptionnelles. Apparemment, le fait d'avoir utilisé un proxy m'a exonéré de toute publicité, et je serais certainement moins jouasse si j'avais eu à subir un spot toutes les 15 minutes. Ceci dit je pense que j'aurais continué à utiliser Spotify parce qu'en fin de compte c'est toujours moins de pubs qu'à la radio. Le deuxième petit hic, c'est qu'on ne peut pas écouter de musique ailleurs que sur son ordinateur. Mais la bonne nouvelle c'est qu'en mai dernier Spotify a dévoilé une version mobile qui devrait sortir très bientôt, et qui fonctionnerait avec Google Android (même si on se trouve hors de portée d'une antenne relais). Et si une appli Android a été développée, la version iPhone devrait logiquement suivre.

Spotify sera-t-il un jour accessible en Amérique? Pour le moment, rien n'est sûr. Les maisons de disques ont réclamé des sommes exorbitantes pour laisser Spotify streamer de la musique aux Etats-Unis; et même si le service traverse un jour l'Atlantique, la version américaine sera sûrement inondée de pubs. Les labels devraient pourtant savoir que ces accords de licence spécifiques à certains pays ne sont pour ainsi dire plus du tout efficaces. Par exemple, ma collègue Juliet Lapidos a acheté il y a quelques jours cette abominable suite à L'Attrape-Coeur, bien qu'une cour fédérale en ait interdit la publication aux Etats-Unis. Elle l'a simplement commandé sur Amazon U.K. Autre exemple, Hulu, censé être accessible uniquement aux Américains, mais que des tas de gens à travers le monde ont trouvé le moyen de hacker. Spotify n'est pas techniquement accessible aux Américains, et alors? Je suis dessus, là, maintenant, gratuitement, et de ma fenêtre, je vois l'Océan Pacifique.

***Spotify n'est normalement disponible que sur invitation. Mais il est possible de contourner la règle en s'inscrivant sur cette page. Chut, on ne le répète pas***

Fahrad Manjoo (traduit par Nora Bouazzouni)

(photo: visuel promotion du groupe électro Ratatat)

Devenez fan sur , suivez-nous sur
 
L'AUTEUR
Farhad Manjoo, ancien chroniqueur high-tech à Slate.com, est désormais au Wall Street Journal. Vous pouvez toujours le suivre sur Twitter @fmanjoo Ses articles
TOPICS
PARTAGER
LISIBILITÉ > taille de la police
D'autres ont aimé »
Publié le 26/07/2009
Mis à jour le 26/07/2009 à 12h53
7 réactions