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L'intervention du Kremlin en Crimée vous fait penser à celles de Hongrie, Tchécoslovaquie, Afghanistan...

Daniel Vernet, mis à jour le 28.02.2014 à 15 h 27

La méthode, la doctrine et le vocabulaire de Poutine n'ont rien à envier à ceux de Staline ou Brejnev.

Un homme devant un monument avec un tank soviétique, à Simferopol, en Crimée, le 28 février 2014. REUTERS/David Mdzinarishvili

Un homme devant un monument avec un tank soviétique, à Simferopol, en Crimée, le 28 février 2014. REUTERS/David Mdzinarishvili

Le Kremlin inaugure en Crimée une nouvelle forme d’intervention dans les affaires intérieures d’un pays souverain. Sans remonter au «coup de Prague» de 1948 qui donna tout le pouvoir aux communistes en Tchécoslovaquie ou à la répression de la révolution hongroise de 1956 par les chars soviétiques, il a donné quelques exemples d’une palette variée.

La raison officielle invoquée à Moscou est toujours le maintien de l’ordre ou de la stabilité internationale, ou encore l’aide apportée à des compatriotes ou à des «frères» menacés par des groupes fascistes ou extrémistes.

En Ukraine, ce sont des hommes lourdement armés, sans signe distinctif, soutenus par des véhicules blindés et des chars dont le Kremlin affirme sans rire qu’il ne sait pas d’où ils viennent. A Sébastopol comme à Simféropol, la capitale de la Crimée, où stationnent plusieurs milliers de soldats russes, affectés à la base navale de la flotte de la mer Noire et à sa sécurité, personne ne peut croire que des milices en armes peuvent contrôler les rues et occuper des bâtiments officiels sans que les responsables russes aient donné leur feu vert, voire organisé la sécession.

Vladimir Poutine peut se cacher derrière les revendications des Russes de Crimée qui réclament des passeports russes et le secours de la mère-patrie pour échapper aux «fascistes» de Kiev.

En août 2008, en Géorgie, il a mis en avant le même prétexte après avoir distribué des papiers de la Fédération de Russie aux Ossètes du sud et aux Abkhazes. Depuis l’indépendance de la Géorgie en 1991, l’Ossétie du sud et l’Abkhazie cherchaient à rompre avec Tbilissi.

Depuis la guerre de 2008, ces deux régions sont devenues des républiques dont l’indépendance n’est pratiquement reconnue que par Moscou. Et les forces russes occupent une partie du territoire géorgien, en contravention avec les accords passés entre Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev, alors président de Russie, pour mettre fin au conflit.

Des prédécesseurs de Vladimir Poutine au Kremlin n’agissaient pas autrement. En août 1968, les forces du Pacte de Varsovie mettent fin au «printemps de Prague», officiellement à la demande de quelques apparatchiks du Parti communiste qui se sentent menacés par les tenants du «socialisme à visage humain». Les dirigeants soviétiques inventent la «doctrine Brejnev» de souveraineté limitée qui permet à l’URSS et à ses vassaux d’intervenir quand les intérêts du camp socialiste sont en cause.

Une décennie plus tard, fin 1979, l’armée soviétique envahit l’Afghanistan, officiellement «à la demande» de Babrak Karmal, premier ministre déchu, réfugié au Tadjikistan voisin. Il s’agit d’en finir avec le régime de Hafizullah Amin, un communiste arrivé au pouvoir grâce à une révolution de palais contre Taraki, un autre communiste qui avait auparavant dirigé un coup d’Etat contre le président Daoud. Les Soviétiques y resteront dix ans, jusqu’à ce que Mikhaïl Gorbatchev sonne la retraite.

Gorbatchev avait officiellement rompu avec la «doctrine Brejnev». Dès 1986, il avait annoncé que l’URSS n’interviendrait plus dans les affaires intérieures de ses alliés et ne volerait plus au secours des partis communistes en difficulté. Et il a tenu parole. Non seulement dans les démocraties populaires d’Europe centrale mais aussi dans les républiques fédérées de l’Union soviétique. Il y eut bien quelques bavures qui firent des victimes, en Lituanie et en Géorgie, mais la répression a été décidée à l’insu ou contre le gré du père de la perestroïka.

L’histoire se répète deux fois, disait Marx, la première comme tragédie, la deuxième comme farce. En 1947, le gouvernement polonais a appris par Radio-Moscou qu’il refusait le plan Marshall, c’est-à-dire l’aide américaine au redressement de l’Europe. En novembre 2013, Viktor Ianoukovitch, qui avait négocié pendant des mois l’accord d’association avec l’Union européenne, a été prié par Moscou de ne pas le signer. Comme le gouvernement polonais un demi-siècle plus tôt, il s’est incliné. A ses dépens.

Daniel Vernet

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