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Les animaux se masturbent aussi
N'est-ce pas merveilleux, quand science et religion se rejoignent? Mon collègue de Slate William Saletan a écrit qu'un récent article lance les bases d'une défense pro-life de l'onanisme. Selon l'obstétricien David Greening, un programme rigoureux de masturbation quotidienne peut réellement améliorer la qualité du sperme chez les hommes atteints de problèmes de fertilité. (Les échantillons collectés à la fin du programme montraient moins d'ADN endommagé et une plus grande mobilité du sperme que ceux du groupe de contrôle). Puisque la masturbation peut vous aider à faire des enfants, avance Saletan, elle doit aussi servir les «buts procréatifs et unitifs» décrits dans le Catéchisme.
Poussons plus loin le raisonnement. Si ce «dangereux supplément» [dixit Rousseau] est moralement acceptable pour l'homme, qu'en est-il des oiseaux et des autres animaux? Sûrement, ce qui fonctionne pour Dieu vaut aussi pour la nature: puisque la masturbation améliore la fertilité, alors elle doit être un objectif primordial de la sélection naturelle.
Cela signifie que tout animal développant la capacité ou une inclination pour le plaisir solitaire aura un sperme de meilleure qualité, et davantage de descendants, que ses rivaux. En fait, en prenant au sérieux la théorie de l'évolution -comme c'est le cas de l'église catholique depuis février dernier- alors on peut s'attendre à ce que tous les animaux se masturbent, ou au moins tous les animaux équipés d'un système reproductif suffisamment proche du nôtre.
Bestiaire des onanistes
Certes, le paluchage est chose courante dans le royaume animal (Wikipedia propose un bon résumé de la chose). Les chiens, les chats, les lions, les ours et un bon nombre d'autres mammifères se stimulent avec leurs pattes avant; les morses chauds lapins utilisent leurs nageoires. Les chevaux et les ânes, dont les pratiques masturbatoires ont été particulièrement bien étudiées, font quant à eux «rebondir, appuient ou glissent en rythme le pénis en érection contre leur abdomen» [PDF]; les cerfs font de même.
Le physiologiste du XIXe siècle Karl Friedrich Burdach a même décrit un phénomène se rapprochant de l'éjaculation féminine chez les juments solitaires, qui «se frottent contre tous les obstacles qu'elles trouvent, produisant souvent un mucus blanc et visqueux». Le taureau se stimule en faisant aller et venir son sexe dans son fourreau pénien, alors que certains élans peuvent éjaculer simplement en frottant leurs bois sur la végétation. Selon des observations faites à l'University of Buffalo dans les années 1940, les porcs-épics mâles et femelles manipulent leurs organes génitaux avec des objets inanimés -et ne se privent pas de «saisir, enfourcher et chevaucher des bâtons dans leur cage».
Bien évidemment, de nombreux animaux s'adonnent aux relations bucco-génitales en solo.
Nos cousins les singes figurent parmi les masturbateurs les plus ardents et les plus assidus: des orangs-outangs femelles ont été vues fabriquer des godemichés primitifs à l'aide de bâtons ou de bouts de lianes, tandis que les mâles s'excitent avec des morceaux de fruits, de feuilles ou d'autres objets. Bien que l'on puisse lire parfois que seuls les mammifères se masturbent, nous avons des preuves très claires d'autoérotisme chez les oiseaux, qui frottent leur cloaque sur tout ce qu'ils ont sous la patte. Et on a vu des tortues faire exactement la même chose.
La course au meilleur sperme
Malgré ce bestiaire de l'autoérotisme, les scientifiques ont consacré relativement peu de temps à chercher pourquoi les animaux ont pu évoluer jusqu'à la masturbation. À première vue, cette pratique semblerait relever d'une mauvaise adaptation. Tout d'abord, il y a toute cette énergie gaspillée dans la production de semence non utilisée-on estime que les macaques, par exemple, consacrent entre 1 et 6 % de leur métabolisme quotidien à la production de l'éjaculat. Ensuite, la pratique distrait l'animal de tâches plus importantes: trouver de la nourriture et éviter les prédateurs, sans parler de l'accouplement, évidemment. La littérature équestre nous apprend qu'un étalon qui se masturbe prend parfois «une apparence de transe et les yeux vitreux». Quoi de plus attirant pour un ours affamé?
La découverte récente que la masturbation améliore la qualité du sperme humain renforce l'idée qu'il s'agit d'une caractéristique issue de l'évolution et pas seulement d'un effet secondaire de notre physiologie. Selon une branche de la théorie de l'évolution appelée «compétition spermatique» développée à la fin des années 1960, la sélection naturelle peut tout à fait produire ce genre de changement dans le comportement reproductif. Cette théorie se concentre sur les espèces polyandres, c'est-à -dire celles dans lesquelles une femelle a des partenaires multiples et où le sperme de plusieurs pères potentiels peut se retrouver en concurrence pour fertiliser le même ovule. Dans ces conditions, la qualité relative de l'éjaculat détermine très clairement quels gènes seront transmis à la génération suivante.
Apparemment, la théorie de la compétition spermatique s'applique aussi chez les animaux. La taille des testicules, par exemple, est liée à la promiscuité sexuelle avec les femelles pour des espèces aussi variées que les insectes et les primates. C'est tout à fait logique: quand plusieurs mâles sont en compétition pour fertiliser la même partenaire, celui qui a les plus grosses valseuses (et par conséquent le plus de sperme) aura un grand avantage. Alors quel pourrait être le lien entre compétition spermatique et masturbation?
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Comments
pour le plaisir?
Et si simplement nos cousins de la nature se paluchaient, tout comme nous, juste pour se faire plaisir?