Economie

Patrons français, endettez-vous!

Gilles Bridier, mis à jour le 25.02.2014 à 17 h 10

Si le crédit aux entreprises diminue, c'est la faute des banques, mais aussi de PME moroses. Après une année 2013 marquée par des bisbilles, la BPI espère donc vaincre la France de sa «mélancolie entrepreneuriale». Pour elle comme pour les patrons et l'économie française en général, 2014 sera une année de vérité.

Debt / Simon Cunningham via Flickr CC License by.

Debt / Simon Cunningham via Flickr CC License by.

«En-det-tez-vous! La dette, ce n’est pas un gros mot!»: Nicolas Dufourcq, directeur général de la banque publique d’investissement Bpifrance, agite le carnet de chèque de la nouvelle institution financière sous le nez des chefs d’entreprise en quête de fonds propres ou d’argent frais pour investir.

Car selon lui, l’an dernier, statistiques de la Banque de France à l’appui, les prêts bancaires garantis aux entreprises pour renflouer leur trésorerie auraient baissé de 13%. «La France est le seul pays européen où le crédit aux entreprises a décliné en 2013; ce n’est pas normal», insistait-il le 14 février en présentant le premier bilan d’activité de l’établissement.

Mélancolie entrepreneuriale

Le problème est connu : il viendrait en partie des banques. Confrontées aux nouvelles normes qui leur imposent d’améliorer la qualité de leurs actifs, elles seraient de fait poussées à alléger leur portefeuille de prêts pour réduire leur exposition au risque. Mais Nicolas Dufourcq relève un autre problème, qui explique cette baisse imputable aux investissements en fonds propres dans les ETI (entreprises de taille intermédiaire) et les PME:

«Tout dépend de la volonté des entrepreneurs à vouloir ouvrir le capital de leurs entreprises.»

Or, l’année 2013 a été marquée par une maladie, «la mélancolie entrepreneuriale française». Si les investissements en fonds propres ont baissé dans les PME, c’est que les demandes se sont faites plus rares. Les entreprises ont été poreuses à la morosité.

Du coup, le nombre des défaillances en hausse de 5,3% sur un an a dépassé le pic de 2009, selon la Coface. Et la progression du chômage n’a pu être enrayée.

Toutefois, un sursaut serait perceptible depuis décembre 2013, comme l’Insee le confirme pour l’industrie. Les entreprises repartiraient à l’offensive, l’investissement ne baisserait plus.

Rôle moteur

La banque publique d’investissement a pour vocation de jouer un rôle moteur dans cette relance. Issue de la fusion d’Oséo, du FSI (Fonds stratégique d’investissement) et de CDC Entreprises (filiale de la Caisse des dépôts), elle est la pièce maîtresse de la boîte à outils de François Hollande pour redresser l’investissement des entreprises et créer ainsi de l’emploi.

Et il y a urgence: l’Unedic, par exemple, anticipe une progression de près de 14.000 demandeurs d’emploi indemnisés supplémentaires cette année.

Alors, la banque affiche ses objectifs, ambitieux: faire progresser de 30% par an le nombre d’opérations en capital, doubler dès cette année l’enveloppe de financement de l’exportation, et augmenter de 30% dès 2014 les prêts de développement (à 1,65 milliard d’euros, avec un objectif de 7 milliards en 2017) et le financement de l’innovation (à 1 milliard d’euros)…

Les chiffres se télescopent. Tant pis. L’important, c’est la mobilisation sur le terrainn et Nicolas Dufourcq veut que sa banque soit «inaltérable»:

«Enfin, ça marche. Les comités régionaux sont en place. La stratégie aussi: on fonce sur les problématiques de trésorerie et les fonds de développement.»

Soixante quinze mille entreprises devraient être démarchées en 2014.

L’année de vérité

Garantie de prêts bancaires, prises de participation, préfinancement du CICE (crédit d’impôt compétitivité d’emploi) ou du crédit impôt recherche, opérations de crédit bail ou prêts à moyen et long terme… Pour Bpifrance, il s'agit de faire oublier les bisbilles entre le ministre de l’Economie et des Finances Pierre Moscovici et son collègue du Redressement productif Arnaud Montebourg qui, étant en prise directe sur le tissu des PME, souhaitait exercer une tutelle sur la BPI. Mais les responsabilités ont été depuis précisées: «J’ai porté la BPI», a déclaré Pierre Moscovici à la présentation du premier bilan annuel de la banque.

Oubliées, également, les passes d’armes du début de l’année 2013 entre Nicolas Dufourcq et Ségolène Royal, vice-présidente de l’établissement, qui critiqua publiquement le premier pour un «dérapage» supposé sur le sauvetage des sites industriels et ne ménagea pas ses reproches pour signifier qu’elle y jouerait un rôle actif afin que les Régions aient leur mot à dire. 

Autant de réglages difficiles qui ont donné au départ une image peu convaincante de l’efficacité de la boîte à outils de François Hollande. Heureusement, les structures des diverses entité qui composent aujourd’hui Bpifrance étaient en place et ont continué à labourer le terrain.

La période de rodage passée, la banque peut être maintenant plus opérationnelle pour soutenir la croissance d’entreprises comme Viadeo, accompagner Egidium Technologies à l’export, entrer au capital de DBV Technologies…  et même être impliquée dans une première mondiale telle que la greffe d’un cœur artificiel de la société Carmat en décembre dernier.

Pour Bpifrance, 2014 sera une année déterminante: pour que la courbe du chômage finisse véritablement par s’inverser après l’échec de la fin 2013, il est impératif que les PME et ETI recréent de l’emploi. C’est toute la crédibilité de la politique de relance du gouvernement qui est en jeu.

Gilles Bridier

Gilles Bridier
Gilles Bridier (663 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte