Culture

L'après Hadopi: la fin du tout gratuit

Authueil, mis à jour le 22.07.2009 à 20 h 09

Ce que la bataille d'Hadopi a changé pour les usagers.

CC Flickr Ferrari + caballos + fuerza = cerebro Humano

CC Flickr Ferrari + caballos + fuerza = cerebro Humano

Il est évident que les lois Hadopi n'arriveront pas à atteindre leur objectif qui est de supprimer ou de réduire le téléchargement illégal de musique et de films sur Internet. Tout le monde (ministre, parlementaire, industries culturelles) est maintenant dans l'après Hadopi. Je vais tenter, par une série de billets, de dresser l'état des lieux des acteurs et des enjeux de ce débat qui doit s'ouvrir. Après l'état des lieux pour les industries culturelles, l'état des lieux pour les usagers.

***

En apparence, les usagers et les internautes semblent les grands gagnants de l'échec de l'Hadopi. C'est David qui triomphe de Goliath. Il y a un peu de cela, et il est clair qu'ils sortent renforcés de l'épisode. Mais il n'y a pas de quoi pavoiser pour autant. Ce n'est qu'une bataille, pas la guerre.

Les internautes ont beaucoup gagné dans cette affaire. Une mobilisation a eu lieu, des débats ont été menés et petit à petit, une position des internautes a émergé sur ces sujets de propriété intellectuelle. Certes, il y a eu beaucoup de bruit, mais une position cohérente a pu se construire, grâce à la menace représentée par la loi et les autres textes. Sans cette urgence, la cristallisation n'aurait peut-être pas eu lieu. A la suite de cela, des contacts se sont noués, des coordinateurs et des porte-paroles sont apparus. Tout cela restera et petit à petit, des instances «légitimes» selon les normes du monde de l'Internet, émergent. En vue des futures négociations, c'est essentiel.

Autre point essentiel, l'acquis du Conseil constitutionnel: l'accès à Internet est reconnu comme une composante de la liberté d'expression. Et le Conseil constitutionnel a pris soin de préciser la liberté d'expression est la première des libertés. C'est un levier juridique formidable dont on n'a sans doute pas encore mesuré toutes les implications.

Mais la guerre est loin d'être gagnée.

Si la coalition pro-Hadopi est un peu déconfite, elle peut se reformer. Une alliance entre les industries de contenu et celle des télécoms serait une très mauvaise nouvelle. Ce n'est pas à l'ordre du jour, mais c'est toujours possible, voire probable à terme, quand l'un aura racheté l'autre (car c'est comme cela que leur rivalité prendra fin).

Actuellement, il faut que les usagers soient conscients que la quasi gratuité dont certains bénéficient n'est pas «normale». C'est une situation exceptionnelle vouée à cesser, car c'est leur intérêt. Si on veut des contenus de qualité, cela coute cher. Le contenu généré par l'utilisateur (le fameux UGC) est une vaste fumisterie et cela ne suffira pas à satisfaire les appétits de usagers. Si on veut des contenus professionnels, il faut payer. L'idée de tout financer par la publicité est dangereuse, car les annonceurs ne sont pas des philanthropes. Ils payent, donc ils décident et ça donne TF1. Si les internautes veulent du Arte, il faudra bien qu'ils mettent la main au porte-monnaie.

Reste à définir le niveau du prélèvement, ses modalités et les droits dont pourra en échange bénéficier l'internaute-financeur. C'est ça, l'enjeu des débats à venir.

Authueil

Image de une: CC Flickr Ferrari + caballos + fuerza = cerebro Humano

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