Life

Le golf est-il un sport de vieux?

Yannick Cochennec, mis à jour le 22.07.2009 à 17 h 54

Ou un jeu de balles?

Tom Watson lors de la 3e journée du British Open. REUTERS/Mike Blake

Tom Watson lors de la 3e journée du British Open. REUTERS/Mike Blake

A 59 ans, Tom Watson a bien failli devenir le plus vieux vainqueur de l'histoire des tournois du Grand Chelem de golf à l'occasion du récent British Open. Il s'en est même fallu d'un putt, sur le green du trou n°18 du parcours de Turnberry, en Ecosse, pour le voir réussir cet incroyable tour de force.

Hélas pour lui, l'Américain, qui espérait ainsi gagner le 6e British Open de sa carrière, le premier depuis... 1983, a manqué le coup de la victoire qui lui a définitivement échappé lors du playoff qu'il a nettement perdu contre son compatriote Stewart Cink, âgé de 36 ans.

La chevauchée de Tom Watson, qui s'était fait remplacer une hanche en octobre dernier, a évidemment fait sensation sur la planète golfique déjà été stupéfaite, un an plus tôt, d'avoir vu l'Australien Greg Norman (53 ans) s'approcher d'un triomphe, toujours au British Open (il avait finalement terminé 3e). On n'oublie pas non plus que lors du dernier Masters d'Augusta, l'Américain Kenny Perry, 48 ans, avait été longtemps en position de s'imposer avant de s'incliner au finish face à l'Argentin Angel Cabrera.

Une hanche en titane et céramique

Si Watson avait réussi à brandir le Claret Jug, le trophée du British Open, il aurait tout simplement pulvérisé le record détenu par Julius Boros, vainqueur, en 1968, de l'USPGA, le quatrième tournoi du Grand Chelem de l'année à l'âge «canonique» de 48 ans. Et il aurait fait bien mieux que son vieux rival, Jack Nicklaus, qui, en 1986, avait enfilé la veste verte portée par le lauréat du Masters à 46 ans bien sonnés.

Sous la tente de presse de Turnberry, beaucoup de journalistes ont maudit Stewart Cink de leur avoir volée une si belle histoire à raconter. Le public écossais a également marqué sa très forte déception de voir le rêve fou de Watson s'envoler.

Reste à savoir si pour le golf, le succès d'un homme de presque 60 ans, qui marche avec une hanche en titane et céramique, aurait été une bonne nouvelle pour ce sport. Car voir Tiger Woods ne pas passer le cut d'un tournoi du Grand Chelem pour la deuxième fois seulement de sa carrière et assister au triomphe de Tom Watson aurait été, à coup sûr, plutôt cocasse, c'est le moins que l'on puisse écrire.

Pour supplanter 154 jeunes confrères, à l'exception de Cink, Watson a tout simplement su tirer profit de sa science du jeu sur un parcours aussi particulier qu'un links. A Turnberry, que Tom Watson connaît par cœur pour y avoir remporté, en 1977, l'un de ses cinq British Open, on joue pour ainsi dire les pieds dans l'eau, tellement la mer est proche. Dans ces circonstances extrêmes où les rafales se succèdent, taper dans la balle à toute force était trop risqué. Chercher à la contrôler et à vraiment la diriger était la nécessité absolue. La puissance ne servait plus à rien, comme les drivers censés l'impulser qui n'ont pas trop quitté les sacs des compétiteurs. Place au jeu de fers. Place aux vieux renards des links comme Tom Watson.

Mais après ce qui a ressemblé à un remake du film «Cocoon», le golf peut-il encore prétendre qu'il est un «vrai» sport? Non, évidemment, si on le compare à d'autres disciplines comme le tennis où il serait inimaginable de voir aujourd'hui Björn Borg, à 53 ans, damer le pion à Roger Federer, 27 ans. Borg serait non seulement dominé techniquement, mais il serait surtout écrasé physiquement par la jeunesse de son adversaire.

Les sexagénaires, forces vives du golf français

«Le golf n'est pas un sport, mais un jeu de balles», disait joliment Denis Lalanne qui en a chroniqué les exploits pendant longtemps dans les colonnes de L'Equipe. Acceptons cette définition. Un jeu de balles où les plus vieux ont donc leur chance face aux plus jeunes, comme aux échecs ou au billard, mais qui, contrairement aux échecs ou au billard, est capable de susciter une ferveur populaire que seul un sport est capable d'engendrer.

La renaissance de Watson à Turnberry a été, en effet, l'événement télévisuel du week-end aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne. Car il était impossible de quitter son écran sans connaître la fin de la dramatique. «Ça me fait mal aux tripes», a dit l'Américain après sa défaite. Et c'est exactement ce que l'on a ressenti devant notre téléviseur. Et il n'y a que le sport pour nous chambouler de la sorte.

Il y avait quelque chose d'émouvant à voir Watson tenter de remonter le temps de sa prestigieuse carrière. Mais après tout, si l'on parle d'ex-joueurs de football, de tennis ou de basket, on n'évoque jamais, en revanche, d'ex-joueurs de golf comme si le golf était un sport de toute une vie pour un professionnel. Il n'y a pas si longtemps encore, Jack Nicklaus, Arnold Palmer ou Gary Player, autres légendes d'hier, disputaient encore, avec Tom Watson, ces mêmes tournois du Grand Chelem. Alors que pour nous les amateurs, le golf ressemble davantage à un sport de «fin de vie» pour accompagner agréablement nos retraites. En France, selon les statistiques publiée en 2007 par la Fédération Française de Golf, ils étaient, en effet, 114.000, sur 388.000 licenciés, à avoir 60 ans et plus. Soit près du tiers des «forces vives» de la discipline.

A quelques semaines de son 60e anniversaire, et après ce cruel coup du sort, Tom Watson n'en a toujours pas fini avec ses rêves de champion. En 2010, il l'a annoncé, il sera au rendez-vous du 139e British Open à Saint-Andrews qui devrait être le dernier, en principe, puisque les organisateurs n'autorisent pas la présence de compétiteurs de plus de 60 ans. L'Italien Matteo Manassero, 16 ans et trois mois, qui a partagé la partie de Watson lors des deux premières journées à Turnberry, espère être également de la fête. Manassero a fini à une ahurissante 13e place, en signant une dernière carte de 69 qui aurait suffi à Tom Watson pour triompher. Comme quoi, le golf peut être aussi un sport de (très) jeunes...

Yannick Cochennec

Image de une: Tom Watson lors de la 3e journée du British Open. REUTERS/Mike Blake

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