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- Par Jacob Weisberg
- Jacob Weisberg est le président et le rédacteur en chef de Slate Group et est, entre autres, auteur du livre « The Bush Tragedy ».
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Jacob Weisberg
Jacob Weisberg est le président et le rédacteur en chef de Slate Group et est, entre autres, auteur du livre « The Bush Tragedy ».
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Doc America a tout faux
Les Américains ont le système de santé qu’ils méritent: innovant, cher et peu rentable. Et ça risque de ne pas s'arranger.
Dans son nouveau livre The Healing of America, le journaliste T.R. Reid décrit l’astucieux stratagème qu’il a utilisé pour enquêter sur les divers systèmes de santé du monde: il a montré la même vieille blessure à l’épaule à des médecins de différents pays. Aux États-Unis, un orthopédiste de renom lui recommande une grosse opération de remplacement de l’articulation, qui coûte des dizaines de milliers de dollars. En France et en Allemagne, des médecins généralistes lui proposent la même solution chirurgicale, à bas prix, voire gratuitement, mais finissent par le diriger à la place vers des séances de kiné. En Grande-Bretagne, le médecin regarde sa blessure de haut et le renvoie dans ses foyers. Au Canada, on lui propose une place sur liste d’attente, qui lui donne le droit de patienter un an juste pour avoir le droit de consulter un spécialiste. En Inde, il est envoyé dans une clinique ayurvédique, où il est traité, assez efficacement, à grands renforts d’herbes, de massages et de méditation.
Le système américain est devenu très injuste et onéreux. En l’améliorant, explique Reid, nous devrions nous inspirer d’autres pays où les soins sont plus équitables, moins chers et produisent de meilleurs résultats. Il a raison de dire que nous avons beaucoup à apprendre des pratiques étrangères—pourquoi, par exemple, ne pas mettre en place ces sympathiques cartes à puce que les Français utilisent à la place des feuilles de soin ? Cela dit, la leçon que j’ai tirée du livre de Reid est tout autre : les systèmes de santé ne relèvent pas simplement d’un choix de politique, mais ils incarnent un caractère et les valeurs d’une nation. Les alternatives qu’il décrit fonctionnent mieux que les nôtres, pas uniquement parce qu’elles sont bien conçues et gérées de manière compétente, mais parce qu’elles reflètent les attentes et les traditions de leurs sociétés.
Tous les pays avancés et riches ont des structures plus égalitaires et efficaces en termes de coûts que la nôtre. Tous ont aussi leurs excentricités, ce qui a tendance à  consolider les stéréotypes familiers. La Grande-Bretagne, pays du flegme par excellence, rationne explicitement les soins de santé, et dispense des traitements qui paraîtraient à nos yeux affreusement minimalistes. Elle ne couvre pas de nombreuses procédures qui nous semblent basiques, comme les examens de prévention du cancer de la prostate chez les hommes de plus de 50 ans, ni même des contrôles médicaux réguliers pour les adultes. Voilà ce qu’on gagne quand on ne consacre que 8 % de son PIB aux soins de santé (comparé à nos 16 %). Les Japonais, en revanche, vénèrent les médecins et leur rendent visite en moyenne 14,5 fois par an, soit trois fois plus qu’aux États-Unis. Ils le font d’une manière méthodique et ritualisée, et leur apportent généralement une bouteille de saké ou de l’argent dans une enveloppe en guise de gratification.
De grandes inégalités dans les soins de base
Le système américain, aussi évolué et désorganisé soit-il, est lui aussi une expression de notre culture, à la fois dans ce qu’elle a de meilleur et de pire. Le système de santé aux États-Unis est innovant, audacieux, onéreux, procédurier et peu rentable. Il est décentralisé, dominé par l’intérêt particulier, excellent à son sommet et de plus en plus inégalitaire. Il refuse de reconnaître tant la possibilité de compromis que ses limites, et se caractérise par des différences choquantes dans les soins de base. À l’heure où nous nous lançons dans un remaniement complet nécessaire depuis longtemps, il est utile de réfléchir non seulement à la manière de construire à partir de ce qui fonctionne dans ce salmigondis, mais aussi à la façon de mieux aligner notre système de santé et notre identité nationale. En le réformant, il nous faut créer quelque chose qui soit « plus à notre image», pour reprendre l’expression du journaliste James Fallows — et pas plus à l’image de ce qu’ont les Français, les Finlandais et les Suisses, aussi attirant que cela puisse paraître.
Le système de santé actuel aux Etats-Unis est en décalage avec la personnalité américaine sous trois aspects fondamentaux: moral, économique et sociologique. D’un point de vue moral, les Américains se résignent bien davantage aux inégalités économiques que leurs frères européens. Mais l’injustice aléatoire qui condamne la personne non-assurée à une mauvaise santé et au risque d’une mort prématurée offense la conscience sociale. Il existe un consensus généralisé parmi presque tous les partisans du changement selon lequel nous devons avancer fermement dans la direction de la couverture universelle. Dans ce domaine, le projet de loi soutenu par la majorité démocrate de la Chambre et celui voté par le comité sur la santé, l’éducation, le travail et les retraites du Sénat vont dans la bonne direction.
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