France

Hollande et Sarkozy, si loin si proches

Roselyne Febvre , mis à jour le 14.02.2014 à 17 h 28

Les points communs entre l'ancien Président et l'actuel chef de l'Etat sont de plus en plus nombreux, alors que tout les séparait.

Un «Croisons-les» de Guillaume TC.

Un «Croisons-les» de Guillaume TC.

Ils ne s’aimaient déjà pas en 2005. Nicolas Sarkozy était président de l’UMP, François hollande premier secrétaire du parti socialiste et tous deux posaient ensemble pour Paris Match. Un seul et même objectif les unissaient pourtant  à l’époque: une alliance, une union sacrée pour défendre le «oui» au référendum sur le Traité constitutionnel européen. Assis sur des tabourets, les deux à peine quinquas souriaient chacun pensant secrètement à son avenir. Oui, ces deux là allaient être présidents de la République. François hollande avait déjà sa cravate de travers, Nicolas Sarkozy, ce même sourire sardonique.

Déjà, ils s’envoyaient quelques amabilités, comme un pressentiment à leur future confrontation. Le président de l’UMP laissait paraître son mépris: «il a un atout formidable. Celui de ne pas avoir été pris au sérieux par ses pairs». Nicolas Sarkozy oubliait que lui aussi était passé par la case loser après son indéfectible soutien à Edouard Balladur en 1995 lors du duel qui l’opposait à Jacques Chirac. Jusqu'à être sifflé dans les meetings du RPR.

Comme deux Sisyphe, chacun aura remonté la pente à son rythme. Sarkozy tuera politiquement son adversaire Dominique de Villepin. Hollande laissera faire la chance, qui enverra un autre Dominique (Strauss-Kahn) à Rikers Island.

Aucune ressemblance entre ces deux hommes: ni dans le caractère ni dans le physique, ni dans la méthode, ni dans leur formation. L’un ayant raté Sciences-po deviendra avocat, l’autre, énarque deviendra conseiller à la Cour des comptes. Et pourtant...

En 2012, François Hollande avait fait de l’anti-sarkozysme un argument de campagne en comprenant très vite que  les Français étaient en pleine crise d’urticaire. Qu’ils ne supportaient plus le caractère éruptif de cet hyperprésident. L’anaphore «moi président» n’était inspiré que par la rupture avec le sarkozysme.

Et pourtant…

«Moi président, il y aura un code de déontologie pour les ministres qui ne pourraient pas rentrer en conflit d’intérêts». Et vlan l’affaire Cahuzac. «Moi Président, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante». Et boum l’affaire Taubira. «Moi Président, je ferai en sorte que mon comportement soit en chaque instant exemplaire», et hop l’affaire Julie Gayet.

Nicolas Sarkozy en 2007 lui aussi avait promis «la rupture» avec les années Chirac, la politique du volontarisme, des reformes, jusqu'à miser sur le fatalisme des Français en déclarant que depuis son élection «il n’y avait plus de grèves en France».

Mais Nicolas Sarkozy reculera devant sa reforme des lycées face à la colère du «péril jeune» alors qu’il déclarait «je n’ai pas été élu pour m’incliner devant les corporatismes et tous les immobilismes». Comme tous les Présidents, dans un pays qui a fait la Révolution, la peur de la rue est une constante. François Hollande lui aussi, devant la colère des manifestants, reculera sur la loi famille dès le lendemain.

Nicolas Sarkozy à la fin de son quinquennat a déconstruit ce qu’il avait commencé au début (bouclier fiscal et TVA sociale par exemple). François Hollande a mis deux ans à assumer sa politique sociale-démocrate.

Enfin, la vie privée. Les deux hommes n’échapperont pas à la même mise en lumière de leur intimité et de leurs drames conjugaux. Nicolas Sarkozy avait instrumentalisé son couple glamour qu’il formait avec Cécilia. La presse s’était glissée dans la brèche lors de sa rupture avec celle qui quittera l’Elysée pour vivre avec un autre homme. Avec Carla, il se laissera sciemment filmer à Euro-disney pour officialiser sa «love affair».

Quant à François hollande, sa rupture avec Ségolène Royal avait été signifiée par cette dernière en plein milieu de la présidentielle en 2007 lui laissant libre champ pour vivre sa passion avec Valérie Trierweiller qu’il qualifiera de «femme de sa vie» dans Gala… La suite on la connaît. L’un s’est fait largué. L’autre a largué non pour une chanteuse mais pour une actrice.

Autre étrange similitude, on se souvient que peu après son divorce Nicolas Sarkozy était allé seul en voyage officiel à la Maison Blanche. Et c’est en célibataire que François Hollande est reçu par les Obama. Cette ressemblance des destins politiques et intimes, cette convergence inattendue pour des hommes si fondamentalement différents s’explique. Tous deux sont des hommes politiques solitaires, tous deux n’ont dû leur carrière qu’à la ténacité, au combat jamais abandonné contre d’autres au départ plus aidés. L’autre point commun est  leur incomplétude. L’un, Sarkozy,  est idéologiquement fluctuant entre étatisme et libéralisme, mais il est déterminé dans l’action. L’autre, Hollande, est le portrait inverse, certain dans son but du réformisme social-démocrate gagné à petits pas mais faible dans la conduite de sa politique.

C’est cette dernière ressemblance qui laisse planer une même interrogation: Hollande sera-t-il le réformateur que Sarkozy avait promis d’être? Ou échouera-t-il comme son prédécesseur, laissant ouvert un match retour, Sarkozy profitant des erreurs de Hollande?

Roselyne Febvre

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Journaliste
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