Economie

Pourquoi la taxe carbone ferait du bien à notre balance commerciale

Gilles Bridier, mis à jour le 13.02.2014 à 7 h 32

Le commerce extérieur français a encore connu une mauvaise année. Pour redresser la situation, il faudrait réduire l’exposition aux hydrocarbures. Et relancer l’industrie.

Une balance, dans le Kentucky. REUTERS/Eric Thayer

Une balance, dans le Kentucky. REUTERS/Eric Thayer

A force d’entendre parler de ses déficits chroniques, on pourrait s’imaginer que la balance commerciale de la France est engluée dans le rouge depuis des temps immémoriaux. Pourtant, il n’y a pas de fatalité. De 1993 à 1999, le solde du commerce extérieur a été positif, avec un pic de 23 milliards d’euros en 1997. Fin 2004, on enregistrait encore moins de 6 milliards de déficit. Mais neuf ans plus tard, rien ne va plus: les pertes se sont creusées à 61,2 milliards d’euros en 2013 et sont dix fois plus lourdes qu’il y a dix ans.

D’aucuns utiliseront encore cette contre-performance comme argument contre l'euro. Constatons seulement que l’Allemagne affiche, pour l’an dernier, près de 199 milliards d’euros d’excédent commercial. Avec la même monnaie que la France. Le problème est ailleurs.

Certes, en 2013, la situation a été un peu moins dégradée qu’au cours de l’année 2012 qui s’était soldée par un déficit de 67,2 milliards d’euros. Mais on ne peut parler de réelle embellie, aussi terne soit-elle. D’ailleurs, la ministre du Commerce extérieur Nicole Bricq préfère comparer l’année 2013 à 2011 pour pouvoir pointer une amélioration significative de 17%. Mais entre 2012 et 2013, rien de probant.

Allègement de la facture énergétique

Premier constat: la facture énergétique –toutes énergies confondues– a atteint 65,6 milliards d’euros l’an dernier. On mesure ainsi à quel point la France est dépendante de ses importations d’hydrocarbures, ce qui doit toujours être rappelé dans les débats sur les énergies de substitution mais aussi sur le nucléaire. Toutefois, cette facture énergétique a été un peu moins lourde l’an dernier, de 3,5 milliards d’euros par rapport à 2012.

Résultat d’une politique en faveur des économies d’énergie? Un peu, peut-être. Mais c’est surtout la conséquence d’une baisse de 5,7% du prix du pétrole de la Mer du nord sur l’année, qui s’est ajoutée aux effets de la stagnation de l’activité économique. On peut aussi souligner que, s’agissant d’importations libellées en dollars, l’euro en tant que monnaie forte a joué son rôle d’amortisseur sur le prix des hydrocarbures. 

L’agriculture mieux que l’industrie

Autre constat: si le déficit de la balance commerciale s’est réduit de 6 milliards d’euros en 2013, c’est donc pour plus de la moitié grâce à la contraction de la facture énergétique. En revanche, pas de relance des échanges à signaler. «Les échanges qui avaient nettement ralenti en 2012, se sont encore repliés en 2013», notent au contraire les services de Nicole Bricq.

Les exportations ont reculé de 1,3%, alors qu’elles avaient malgré tout progressé en 2012. Les trois secteurs de pointe restent la pharmacie et l’aéronautique ainsi que l’agroalimentaire qui a toutefois tendance à marquer le pas. Mais dans l’électronique et l’informatique, les ventes à l’export ont reculé.

Côté importations, peu d’amélioration: si elles affichent un repli de 2,3%, c’est grâce à cette contraction des achats énergétiques. Par exemple, s’agissant des produits pétroliers, la demande est revenue en 2013 à son niveau de 1984, indique l’Union française des industries pétrolières (Ufip). Mais dans un secteur aussi important que l’automobile qui fut longtemps bénéficiaire, le solde négatif de 6,1 milliards d’euros en 2013 s’est aggravé en un an, d’après les statistiques des Douanes. Le bilan est plutôt sombre.

Finalement, il faut se tourner vers l’agriculture pour enregistrer un rebond significatif des exportations, céréales en tête. Dur constat pour l’industrie. 

Réduire l’exposition aux hydrocarbures

Dans ce contexte, le résultat du commerce extérieur aurait pu être plus mauvais si la facture énergétique était restée à ses niveaux antérieurs. Le danger, c’est que la France ne maîtrise pas les soubresauts du marché pétrolier.  L’an dernier, alors que la reprise économique dans le monde hors Europe aurait pu se traduire par une hausse des prix de l’énergie, les cours du brut sont restés stables. Le retour des Etats-Unis sur le marché international a calmé les ardeurs des spéculateurs. Imaginons les conséquences pour la France d’une nouvelle flambée des cours sur la balance commerciale, ou même seulement une augmentation de la demande qui alourdirait la facture sans compensation possible. Cette hypothèse ne peut être écartée.

Au niveau mondial, l’OCDE prévoit une augmentation de 9% de la demande de pétrole en 2020 par rapport à 2011, et de 13% en 2035. Pour le gaz, la demande devrait encore plus progresser, respectivement de 27% et 47% par rapport à 2011, indique l’UFIP. On peut ainsi s’attendre à des tensions sur les cours, qui affecteront les pays importateurs.

C’est pourquoi l’Union européenne prend des dispositions pour réduire la consommation d’hydrocarbures, à l’inverse des perspectives pour le reste du monde. Selon l’OCDE, la demande européenne devrait diminuer pour le pétrole de 11% en 2020 et 28% en 2035 par rapport à 2011 –la demande en gaz ne faiblissant pas.

Or, pour parvenir à cette réduction de la demande en Europe, il faut que les prix des hydrocarbures soient dissuasifs. C'est-à-dire plus élevés pour les consommateurs par le biais de la fiscalité. En France, la taxe carbone et les certificats d’économie d’énergie, qui devraient peser pour 5,6 centimes d’euro le litre en plus en 2015 et 7,7 centimes en 2016, vont jouer ce rôle. Objectif: inciter  des transferts de consommation sur d’autres formes d’énergie.

Officiellement, ces dispositions visent à limiter les émissions de CO2. Mais cet «effet prix» sur les carburants à la pompe aura aussi pour fonction de contenir la demande pour éviter un dérapage de la facture pétrolière. A condition, toutefois, que des énergies de substitution soient disponibles pour que les transferts s’opèrent. C’est l’objectif de la transition énergétique, qui devrait aussi avoir un impact favorable sur la balance commerciale. Mais on n’en ressent pas encore les effets.

Gilles Bridier

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Journaliste
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