L'après hadopi : l'état des lieux pour les industries culturelles
- Ditto, la chanteuse du groupe The Gossip, en concert à Nyons, le 21 juillet. Valentin Flauraut/REUTERS -
Il est évident que les lois Hadopi n'arriveront pas à atteindre leur objectif qui est de supprimer ou de réduire le téléchargement illégal de musique et de films sur Internet. Tout le monde (ministre, parlementaire, industries culturelles) est maintenant dans l'après Hadopi. Je vais tenter, par une série de billets, de dresser l'état des lieux des acteurs et des enjeux de ce débat qui doit s'ouvrir.
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L'arrivée d'Internet a bouleversé les équilibres anciens. Le «business model» des industries culturelles, qui reposait sur la maitrise de la distribution, a explosé. Les maisons de disques avaient un monopole de la production des supports, seul moyen d'accès aux œuvres. Ils pouvaient ainsi organiser la pénurie sur certains secteurs et au contraire, une offre abondante dans d'autres. Leur emprise sur les distributeurs (par ailleurs complices) et sur les médias leur permettait de mettre en avant les produits les plus rentables. En face, il y avait un consommateur captif, qui prenait ce qu'on lui donnait au prix qu'on lui demandait. La musique était vendue par album, avec quelques tubes et beaucoup de médiocrités; l'achat au titre était prohibitif.
C'est cela qu'Internet a mis à mal en permettant que l'on se passe du support physique pour accéder aux œuvres. A partir du moment où il n'est plus nécessaire de presser des CD, avec ce que cela coûte, et de passer par les réseaux de distribution, il devenait très facile d'établir un contact direct entre l'artiste et son public. Ce qui était encore assez virtuel il y a quelques années est en train de devenir la norme. Plusieurs groupes ont montré qu'elle pouvait se passer de maison de disque.
Les industries culturelles ont alors commis une grosse erreur. Plutôt que d'accepter le fait et de renégocier un nouveau compromis qui tienne compte du bouleversement technologique, ils se sont crispés sur l'ancien modèle économique, conscient que le nouveau compromis leur serait moins favorable.
Ils n'ont pas compris que leur positionnement était voué à l'échec, car ils avaient perdu leur capacité à rationner le marché et à orienter le choix des consommateurs. Une offre parallèle s'est mise en place très rapidement, et a été plébiscitée par les utilisateurs, qui pouvaient enfin avoir accès à ce qu'ils voulaient, et plus seulement à ce que l'industrie voulait leur fourguer, et qui plus est gratuitement ou presque (il fallait tout de même payer l'accès à l'Internet). Toutes les tentatives pour colmater la brèche ont échoué!
Les industries culturelles auraient réagit dès 1999, elles auraient encore pu sauver les meubles. A l'époque, on m'aurait demandé de payer un petit abonnement pour accéder à Napster, j'aurais signé, et sans doute beaucoup comme moi. Par facilité, par confort parce que mes connaissances en Internet étaient limitées. Au même moment, alors que le haut débit n'en était qu'à ses balbutiements, il aurait fallu «intéresser» les fournisseurs d'accès au système. Free et consorts n'auraient alors peut être pas développé des offres surdimensionnées dont la seule utilité pour les particuliers était le téléchargement.
Résultat des courses, des habitudes se sont prises, des infrastructures techniques ont été mises en place. La nature ayant horreur du vide — il n'y avait pas d'offre légale digne de ce nom, une offre parallèle s'est mise en place. Et on s'est aperçu alors que l'on pouvait très bien se passer de l'industrie culturelle en matière de distribution.
S'est alors posée la question: quelle est la valeur ajoutée de l'offre légale qui justifie que l'on paie les tarifs jugés exorbitants pour le service rendu? L'industrie culturelle a soit ignoré complètement cette question, soit elle a été incapable d'y répondre de manière satisfaisante.
L'industrie culturelle part avec de gros handicaps dans le débat qui s'ouvre.
- Elle a grillé une importante cartouche en montrant son incapacité à mettre un terme au contournement mis en place par les usagers.
- Son image de marque est sérieusement écornée auprès de son public. La confiance ne règne pas entre les différentes parties prenantes.
- Elle a perdu également beaucoup de crédit auprès des politiques, en les entraînant dans des aventures législatives qui ont été politiquement couteuses vis-à-vis d'une partie de leur électorat et leur faisant clairement comprendre que la répression était une impasse.
- Le Conseil constitutionnel a fixé des limites et une jurisprudence qui va dans le sens des intérêts des usagers, de manière irréversible.
- La coalition qui s'est mise en place dans le cadre d'Hadopi a éclaté, les industries du cinéma reprenant leurs concessions en terme de chronologie des médias, abandonnant les sociétés de gestion de droits en rase campagne.
- Elle a perdu plusieurs années et se trouve maintenant financièrement au pied du mur.
Mais l'industrie musicale garde aussi quelques atouts. Quoiqu'elle dise, elle reste encore assez prospère, avec de gros moyens. Et si elle est mise en difficulté dans la valorisation de ses produits, elle n'est pas franchement menacée dans la production de contenus. Tout le monde n'est pas en mesure de devenir Radiohead et la production de contenus de qualité restera pour longtemps l'apanage de professionnels.
Dans le même ordre d'idée, il ne viendrait à l'esprit de personne de demander l'abolition de la propriété intellectuelle, car sans rémunération, pas de création. Donc pas de contenus à se partager.
C'est juste la position des industries culturelles dans la négociation qui s'ouvre sur la redéfinition de champ et de contenu du droit d'auteur à l'heure numérique qui est un peu inconfortable, mais les fondamentaux ne sont pas menacés. Ayons confiance dans leur capacité à rebondir.
Samuel Authueil
Image de une: Ditto, la chanteuse du groupe The Gossip, en concert à Nyons, le 21 juillet. Valentin Flauraut/REUTERS
Mis à jour le 22/07/2009 à 11h27












![[Le 20'12] Vincent Peillon: «Il n'y a pas qu'une seule politique possible» [Le 20'12] Vincent Peillon: «Il n'y a pas qu'une seule politique possible»](http://www.slate.fr/sites/default/files/imagecache/bloc-alaune/peillon_4.jpg)





























Merci de faire enfin de façon claire la distinction entre industrie des médias (condamnée à plus ou moins long terme) et création artistique que nous devons supporter de toutes nos forces.
Pour ne l'avoir pas compris madame Albanel est à la recherche d'un point du chute confortable. Espérons que l'été permettra aux ministres concernés et au président de s'apercevoir de cette distinction et de ne pas sacrifier des libertés essentielles dans une démocratie au profit des presseurs de galettes en plastique.
La solution qui doit être trouvée pour rémunérer les créateurs (aujourd'hui musique et cinéma) devra montrer la voie pour la presse et le livre qui vont rapidement se trouver devant la même problématique : comment rémunérer le créateur de contenu en l'absence de support physique individualisable.
Dans le même ordre d'idée, il ne viendrait à l'esprit de personne de demander l'abolition de la propriété intellectuelle, car sans rémunération, pas de création. Donc pas de contenus à se partager.
Je ne sais pas qui vous appelez "tout le monde", mais sur les forums que je fréquente, à commencer par celui de Slate :~), l'idée la plus commune, c'est que la culture ça doit être gratuit, et que de toutes façon les auteurs sont pétés de fric. Quand au droit moral d'un auteur sur son oeuvre, c'est quasiment une atteinte aux droits de l'homme. Une rémunération pourquoi pas, mais à condition que ce ne soit pas sur le téléchargement et surtout que ce ne soit pas à eux, les internautes qui téléchargent, de payer
un petit florilège du forum de Slate:
Du point de vu des auteurs, il va être temps de se pencher sérieusement sur les modes de rémunération. Pendant des siècles, le principal été le mécénat...
Acquérir un disque n'est qu'une des multiples formes pour avoir accès à une musique, la perte ne porte que là-dessus et encore.
Et oser remettre en cause la notion de propriété intellectuelle qui est un droit prohibitif et à nul autre pareil. C'est en effet un droit qui semble être établi par déclinaisons des autres régime de la propriété, mais qui en réalité fait exception aux autres modes de propriété.
Tout le monde était content, le mouton payait bien cher et toujours pour les mêmes. Le P2P a changé la donne, nous a libéré de tout cela. Avec cet échange gratuit, la jeunesse a pu constituée une formidable culture musicale et cinématographique.
Si toutes les professions en difficulte, au lieu de changer de modele economique, reclamaient la creation d'un nouvel impot pour equilibrer leurs comptes, ou irait-on ? Pardonnez-moi de ma franchise, mais je ne vois pas pourquoi les francais devraient mettre la main au portefeuille pour sauver votre profession. Si votre activite n'est plus rentable, peut-etre est-il temps d'en changer.(A propos de la licence globale)
On ne peut pas plaindre une industrie qui se goinfre depuis l'apparition du CD, une industrie qui refuse de se remettre en question. Ça fait longtemps quelle n'est plus défendable, le dernier espoir est la loi, à vous de jouer messieurs toutefois le premier jet manquait de conviction.
Ce n'est pas le moment de diminuer les libertés publiques pour sauver ce qui est condamné à disparaitre tôt ou tard, c'est à dire la rémunération de l'utilisation des clichés, des chansons des textes et des flims à l'unité dans le cadre d'échanges informatiques.
Au nom de quoi la culture souffrirait de la plus large diffusion possible ? La rentabilité ? Dites-ça à Van Gogh.
Seulement sur Internet et même dans l'informatique en général quand on copie, on ne divise pas, on multiplie. C'est peut-être un concept obscure mais le partage est source de richesse,
On réprime d'abord sans juge, sans police, un individu déclaré "voyou" alors que Majors, SACEM et artistes depuis des années n'ont fait que taxer, surtaxer et engranger un beau pactole sans trop d'efforts.
tu veux prouver que l'on se trompe : sur quoi ? Le téléchargement illégal va tuer les artistes ? (question au XVIII ième siècle il n'y avait pas d'artiste ? Si, donc ce n'est pas le fric qui les fabrique ce n'est pas le fric qui les lancent au tout départ !
Dans une économie libérale, les faibles doivent disparaître, « la production indépendante un des piliers de la politique de l'exception culturelle »n’a plus sa place, si elle ne trouve pas d’autres moyens de son existence. Quand à ceux qui ont du talent, ils n’ont qu’à faire comme leurs aînés, faire des tournées, du théâtre, ou utiliser Internet pour se faire connaître. On peut gager que les majors sauront reconnaître le talent, à moins que ce qui les ne intéresse soit plus mercantile. Evidement si la base du métier de chanteur, de comédien trouve sa réalité dans l’exercice de la scène.., c’est plus fatiguant. Enregistrer un album ou faire un film et encaisser les royalties est sûrement moins compliqué.
Lorsque l’on télécharge, de la musique, des vidéos, des textes ou des images sur le net, c’est comme si de manière plus imagée, des personnes déposaient des objets sur la voie publique et que d’autres les récupéraient.
etc.
J'ai vraiment apprécié cette analyse je dois dire !
Je suis prêt à payer le double de mon abonnement internet pour peu que je puisse accéder à la même qualité de service que je peux déjà avoir illégalement à travers du téléchargement P2P
A savoir, actuellement on trouve sur internet :
**Une copie de qualité égale 12/24h après la sortie d'un film en DVD/BlueRay
-- les sous titres viendront dans les heures suivant l'apparition de la copie piratée.
**Une copie de qualité égale 3/6h après la parution d'un épisode d'une série TV
-- les sous titres viendront au plus tard dans les heures suivant l'apparition de la copie piratée. Les chaines US proposant souvent les sous titres incluses immédiatement avec l'enregistrement.
**Un titre d'album audio dès sa sortie, voir même parfois avant selon qu'une fuite ait lieu (dans un cadre payant, payer double ou triple pour avoir accès "exclusif avec bonus")
**Toute la logithèque possible et imaginable (mais là par contre, la licence globale je doute que se soit réalisable)
"sans rémunération, pas de création".
FAUX
Seulement 10% des inscrits SACEM gagnent suffisamment pour vivre. comment expliquer les 90% restant ?
La majorité des créateurs musicaux ne vivent pas et ne cherche pas forcement a vivre de leur musique. Au contraire : conscients qu’ une carrière musicale est généralement courte est peu prévisible, ils délaissent rarement leur carrière professionnelle jugée plus prometteuse.
En interviewant plusieurs créateur sur leur model économique, j’ai même compris que la majorité préfère ce model mixte, même d’un point de vu créatif: par ce procédé, ils gardent les pieds sur terre.
La qualité n’en est donc pas affectée.
De plus vous sousentendez que la principale motivation d’un créateur est l’argent. Si c’est vraiment le cas, c’est un mauvais créateur.
"la production de contenus de qualité restera pour longtemps l'apanage de professionnels"
FAUX
Ce serait negligé l'apport revolutionnaire du home studio. C’est encore plus vrai pour les musiques electroniques.