MAM-Mitterrand, un duo improbable au chevet de l'Hadopi
Au milieu du naufrage, deux ministres surnagent.
- Photo de famille du gouvernement Fillon nommé en juin 2009: MAM, de dos, et Frédéric Mitterrand. REUTERS/Benoit Tessier -
Christine Albanel portait physiquement toute la malédiction de l’Hadopi. Un vrai régal pour les photographes qui shootaient à tout va sa mine déconfite sur les bancs de l’Assemblée. Après avoir essuyé deux échecs retentissants (le rejet du texte en commission mixe paritaire et la censure partielle du Conseil constitutionnel), Nicolas Sarkozy a exfiltré la ministre de la Culture pour essayer de ressusciter la loi Hadopi, texte mort-né.
Pour la remplacer, le nom de Frédéric Mitterrand avait immédiatement fait se gausser toute la communauté Internet. L’écrivain, promu au nom du fétichisme patronymique du Président, serait le ministre des nécros grandiloquentes et certainement pas celui du Réseau. Pour ne pas brusquer le petit nouveau, l’Elysée avait d’ailleurs refilé l’Hadopi à l’expérimentée Michèle Alliot-Marie, devenue ministre de la Justice. Charge à Frédéric Mitterrand de s’asseoir à côté de MAM et de ne pas faire trop de bêtises.
Après qu’il ait montré son potentiel comique en commission des Affaires culturelles à l’Assemblée («Il m'arrive parfois d'être téléchargé illégalement, pas suffisamment à mon grand regret»), la gauche attendait avec impatience de se faire le neveu Mitterrand lors de son discours à la tribune ce mardi 21 juillet pour défendre l’Hadopi 2, le volet représsif de la loi anti-téléchargement. Après Albanel, que les sarcasmes répétés de l’opposition avaient carbonisés, il fallait bien reprendre une bonne dose de rigolade.
Il va y avoir du sport
En guise de hors d’œuvre, l’Assemblée a le droit à un discours technique, sérieux, rigide: Michèle Alliot-Marie est fidèle à sa réputation de politique avisée. Calmant les bancs socialistes avec quelques répliques bien senties, la ministre de la Justice se lance dans la défense de l’Hadopi à coup de métaphores sportives. Oui, tout le monde l’a oublié mais MAM la régalienne (Défense, Intérieur, Justice) a aussi été ministre des Sports sous Balladur.
Morceaux choisis: «Pour lutter contre les hooligans, la sanction la plus efficace sur le plan pédagogique, c’est de les empêcher d’aller au stade. Couper la connexion d’un internaute qui télécharge, c’est la même logique». Et puis parlant des internautes qui téléchargerons en-dehors des radars de l’Hadopi: «C’est actuellement le Tour de France. Nous savons qu’il y aura toujours des tricheurs. Est-ce pour cela qu’on ne doit pas lutter contre le dopage?».
De Platon aux députés godillots
Puis MAM la sportive laisse à Mitterrand, l’artiste. Et voilà que la leçon de Minitel que tout le monde attend se transforme en une étonnante leçon de littérature. D’entrée, le ministre de la Culture invoque «La République» de Platon: le berger Gygès avait une bague magique qui lui permettait «en un clic» de devenir invisible. Mais il en perdit petit à petit toute morale, pénétrant dans le palais du roi, séduisant la reine et finissant par tuer le roi. Frédéric Mitterrand en tire une morale: «Quand on peut devenir invisible d’un clic, on fait plus facilement des délits».
Le ministre vient de nous écrire la préface du «Téléchargement illégal expliqué à mon grand-père». Et si papi n’a pas bien compris, Mitterrand a encore un joli conte à nous raconter: «On connaît tous l’histoire de la grand-mère qui arrose les coquelicots de son petit-fils sans savoir qu’il s’agit de cannabis. Eh bien, l’Hadopi ne punira pas la grand-mère».
Plutôt que de citer Christine Albanel, auteure en déclin, Mitterrand continue son discours en convoquant la Pléiade: un hommage à Balzac, un clin d’œil à Molière, une référence à Stefan Zweig, une ligne sur Beaumarchais… Repus de littérature, les députés de droite applaudissent avec une clameur rarement entendue le discours de leur nouveau ministre. La gauche, d’ordinaire chahuteuse sur l’Hadopi, ne trouve pas grand chose à y redire, sifflant juste les études chiffrées — en effet, très contestables — brandies par Mitterrand.
Dans les couloirs de l’Assemblée, Philippe Gosselin, un des rares députés UMP à défendre farouchement le texte, salue ce renfort inattendu: «C’était un très bon discours. Sur la forme, on sentait chez lui une joie gourmande et sur le fond, il a su être littéraire mais aussi technique».
Nouvelle couleuvre
La solide prestation du soldat Mitterrand est une bonne nouvelle pour une droite qui en a bien besoin. Ce mardi matin, Jean-François Copé, le patron des députés UMP, a dû avaler une couleuvre en acceptant de repousser le vote de la loi Hadopi 2 à la rentrée. Comme le répète le PS, c’est un véritable «aveu d’échec», la reconnaissance que le volontarisme de Sarkozy n’aura cette fois pas suffi: cette loi est décidément trop maudite pour être votée avant les vacances. Mais l'examen du texte continue, vraisemblablement jusqu'à jeudi soir.
Comment expliquer cette énième reculade? A vouloir aller trop vite, le gouvernement n’a pas respecté les délais prévus pour le dépôt du texte et, de ce fait, la nouvelle procédure du temps programmé (qui permet de contrer l’obstruction) ne s’applique pas à l’Hadopi 2. La gauche avait déposé une montagne d’amendements pour faire traîner les débats jusqu’au vendredi 24 juillet, jour où l’Assemblée doit obligatoirement se vider… à cause des travaux prévus sur la grande verrière de l’hémicycle. Coincé par le calendrier et soucieux de ne pas voter à la va-vite un texte qu'il faudra défendre devant le Conseil constitutionnel, Copé ne pouvait plus que reculer.
Les fans de l’humour parlementaire ne peuvent être que déçus: les amendements ironiques déposés par la gauche (comme celui qui propose de renommer le texte «projet de loi tendant à préserver le patrimoine des artistes redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune et à leur faciliter l'accumulation du capital») seront défendus avec moins d’ardeur, les députés de gauche ayant déjà gagné la bataille du temps.
Hadopi 3 dans les tuyaux
Et puis surtout, Christine Albanel n’est plus là. Devenue une anti-star du web, l’ex-ministre de la Culture était une proie facile de l’humour parlementaire. Ne sachant jamais se défendre et tombant à pieds joints dans les pièges tendus par l’opposition (elle est allé jusqu’à citer la Gestapo pour se défendre), Albanel rajoutait de la confusion dans un texte déjà éminemment confus.
Le duo MAM-Mitterrand est autrement plus efficace. Fin connaisseuse du travail parlementaire, Michèle Alliot-Marie est là pour déminer le terrain sur le plan politique et technique. Frédéric Mitterrand, qui ne devrait pas rentrer dans les subtilités techniques, est là pour donner du souffle au débat et réveiller les fameux «députés godillots» qui lisent le journal sur les bancs UMP.
Les deux ministres devraient maintenir la loi sous perfusion pendant les débats parlementaires jusqu'à jeudi. Avant, certainement, que le Conseil constitutionnel ne censure une nouvelle fois un texte auquel plus personne ne croit vraiment... y compris Frédéric Mitterrand déjà concentré sur l'«Hadopi 3», qui doit enfin poser le principe d'une nouvelle rémunération des artistes.
Vincent Glad
Pour lire tous nos article sur Hadopi.
Image de une Photo de famille du gouvernement Fillon nommé en juin 2009: MAM, de dos, et Frédéric Mitterrand. REUTERS/Benoit Tessier
Mis à jour le 21/07/2009 à 22h21














































En attendant, le fond du problème, de par ses lacunes techniques, sans même parler de l'incompétence CHRONIQUE de ceux qui prétendent travailler dessus ne cesse de sombrer dans des profondeurs abyssales de médiocrité.
Je ne parle pas de la loi en elle même, je pars du principe que tout travail mérite salaire.
Cependant, malgré le fait qu'il a été démontré, un nombre impressionnant et indiscutable de fois d'ailleurs, que le processus d'identification du contrevenant était fallacieux, le cap reste le même dans le domaine.
Ils pourront inventer ce qu'ils veulent, comme ils veulent, raconter ce qu'ils veulent, ils n'ont toujours pas compris comment fonctionnait l'internet, pire encore, ils n'imaginent pas les dégâts qu'ils vont causer à des personnes qui savent à peine lire un email sans s'emmêler les pinceaux.
La question n'est pas de défendre le texte Hadopi que Slate s'applique à critiquer depuis le début comme vous pouvez le voir:
http://www.slate.fr/taxonomy/term/341
Il s'agit juste de dire que Frédéric Mitterrand a fait un discours de qualité ce matin à l'Assemblée qui a surpris tout le monde et qui a masqué ses lacunes techniques. La gauche, qui huait Albanel à la moindre phrase, était bien embêtée. On peut ne pas être d'accord avec le fond d'un discours et le trouver néanmoins brillant.
Le discours ne convaincra bien sûr personne parmi les opposants à l'Hadopi. Par contre, il a de quoi remobiliser des députés UMP qui critiquent en privé le texte. Ce sont ces "députés godillots" dont aura bien besoin Copé cette semaine pour le vote des amendements.
On se moque des talents littéraire de cet homme ! Il a fait un beau discours qui masque ses lacunes techniques ?!! Mais ... mais ... mais enfin ... mais voyons ... le soucis, il est JUSTEMENT technique !
Et le cirage de pompe incluait aussi la précieuse MAM il me semble, qu'en est il de ses compétences techniques à elle dans le domaine ? "Slate.fr" il faut vraiment, en urgence, réaliser que le problème majeur de cette loi, outre le fait qu'elle n'aidera en rien l'industrie du disque (comme le dit un nouvel article sur slate.fr d'ailleurs), va générer une masse considérable de "faux coupables" et les processus pour se dédouaner seront long, pénible, et pire encore selon le manque de connaissances techniques des personnes ayant à prouver leur bonne fois.
Il faut absolument prendre en compte qu'un seul petit casse bonbon de service, avec un minimum de connaissances ( 10 minutes sur google/yahoo/bing ) peu pourrir la vie à un paquet de monde en l'espace de quelques jours.
Il y a un danger à voir une loi pareil sortir, de par sa carence technique dans son fonctionnement d'identification du fraudeur. L'adresse IP seule représente une boite de Pandore au sens le plus littéral du terme puisque les petits malins qui téléchargent à s'en péter les disques durs, lorsqu'ils verront "l'attaque" médiocre du gouvernement à leur enconre, ils vont eux, utiliser des outils concrets pour "répliquer" !
Je crois que vous n'avez pas dû lire Slate.fr depuis le début. Nous avons je crois bien expliquer les enjeux et les problèmes de cette loi. L'article de Vincent Glad ne traitait pas des côtés techniques de la loi Hadopi, mais de sa défense devant le Parlement par les nouveaux ministres. Ce que vous pointez dans votre commentaire avait déjà été traité, ici et ailleurs, et n'est pas nouveau.
Cordialement
On s'en moque des talents de blablateurs érudit de Mr Mitterand lorsqu'il s'agit de l'hadopi. Je conteste l'intérêt global de la note compte tenu du cadre qu'elle évoque.
C'est un peu comme une news sur une accidentée de la route dont on parlerait de la manucure, quel intérêt ?
Concernant Mme MAM, sur son discours j'ai pas écouté un seul argument valable pro cette loi !
Elle a tapé sur les socialistes et leur manque de projet ? il faudra me donner le rapport entre cette loi et le manque de projet socialiste ?
En plus, il me semble que sur ce sujet (cela doit être le seul) les députés PS proposent des chosent mais que les amendements sont tous refusés "défavorable" comme une leitmotiv et sans argument comme le faisait l'ancienne ministre.
2 autres points soulevés par le discours de MAM, m'a fait bondir !
Elle nous a fait un discours étonnant sur sa conviction à faire voter une future loi (la loppsi ) qui n'a aucun rapport avec HADOPi mais bon elle s'est faite plaisir, au lieu de nous parler de la Hadopi.
Pour cela, elle a comparé les internautes qui téléchargent aux pédophiles ... en disant qu'il faut règlementer le web ! sympa d'être mis sur le même "pied d'égalité" que les pédophiles .. très sympa ,des paroles digne de M Lefebvre !
Je sais pas si c'est payant politiquement ? peut être ...
La stratégie politique qui consistent à comparer les internautes à chaque fois à des criminels, pédophiles,terroristes, hooligans, mafia, escrocs etc... moi je suis pas SM ! donc je voudrais bien un peu plus de respect des responsables politiques cela ne serait pas de trop !
Voilà en quoi son discours en 2 minutes elles s'est mis à dos dès le départ une bonne partie des internautes et qu'elle a coulé ...
Des caricatures insultantes, des chiffres bidons et une tactique de "détournement de débats" ...
Bref, elle a parlé de tout mais surtout pas du fond de la loi ...ah si elle a répété 2 fois que le conseil constitutionnelle était respecté dans cette loi, c'est de la méthode coué ?...lol
On remarque aussi dans les débat que c'est les même que lors de la v1, défavorable du côté des rapporteurs M Mitterand et Riester, pas un arguments nouveau valable, reprise de chiffres bidons, des exemples bidon, des réponses à côté des questions, du réchauffé en gros mais avec les formes que M Miterrand sait faire mais sa voix est pire qu'un somnifère !
Pour résumer de la belle langue de bois politique avec une rengaine, dans le futur après cette loi (sous entendu pourrie) on fera une autre loi sur le financement de la création !
Dons aux finals ils se sont noyés eux même dans les eaux hadopi...
AU final, l'ump,n'a pas compris qu'ils sont en train de perdre les internautes et leur crédibilité, que dans le futur ils ne pourront plus nous récupérer pour allez acheter des oeuvres légalement !
Les artistes se coupent de leur public, télécharger va devenir un acte politique donc tous perdant. Tous cela est bien triste...mais bon ils le cherchent donc ils nous trouvent, à jouer aux cons on va jouer ,ils récolteront ce qu'il sème ...
sur ce coup de gueule : je retourne "dl" sur jamendo !