Culture

Michel Cloup Duo: écoutez le Fauve ≠ pour les vieux

Eric Nahon, mis à jour le 11.02.2014 à 18 h 31

Fauve ≠ vous indispose alors que vous adoreriez les aimer? Mieux, vous adorez les détester, c’est plus fort que vous. C’est simple, vous êtes sans doute trop vieux pour ça… Petit quadra, ou vingtenaire bloqué dans les 90s, écoute Michel Cloup Duo, ça fait des années qu’il fait du Fauve ≠ (en mieux).

Le Michel Cloup Duo (Manuel Rufie)

Le Michel Cloup Duo (Manuel Rufie)

Michel Cloup et Patrice Cartier en imposent. Ensemble, ces anciens membres d’Expérience et de Diabologum forment le Michel Cloup Duo, un des derniers avatars de la scène indépendante des années 1990.

Et leur dernier disque, Minuit dans tes bras, sort en même temps que celui du phénomène Fauve ≠. Pourquoi l’un fait sensation quand l’autre n’est pour le moment cantonné qu’aux médias spécialisés?

Plutôt que de s’opposer, Michel Cloup relativise:

«Quand tu as 25 ans, tu n’as pas envie d’écouter notre disque ou celui de Mendelson. On ne raconte pas les mêmes choses. Je ne saurais même pas quoi raconter à des mômes de 25 ans...»

Michel Cloup Duo serait donc du «Fauve ≠  pour vieux». Pour ceux qui étaient ado dans les années 1990, cette époque désenchantée où les guitares énervées voulaient dire quelque chose (mais pas que pour eux, visiblement). Mais pas question non plus de taper sur cette cible facile que l’on adore détester:

«Il y a trop de chanteurs qui ne racontent rien aujourd’hui. Fauve ≠ fonctionne parce que ça raconte quelque chose.»

«Diabologum, ça devait parler aux gens»

Sauf que le quelque chose ne touche pas forcément tout le monde. Mais la ferveur déclenchée par ces mots questionnent tant les amateurs de Michel Cloup Duo que de Fauve (qui peuvent même parfois être les deux). Il est certain que Nous vieillirons ensemble ne peut pas être écrit par un post-ado, mais les Vieux frères, Voyous ou Requin-tigre ne peuvent pas non plus être écrits sincèrement par des quinquas…

La poule ou l’œuf? Fauve ≠ cartonne, mais que seraient-ils sans cette scène «parlé-chanté» à la française? Là encore, Michel Cloup et Patrice Cartier jouent la modestie:

«Dans ses premiers disques, Brigitte Fontaine le faisait déjà. Et avant elle, il y en avait d’autres…»

Pas étonnant donc de retrouver Michel Cloup Duo en première partie de Fauve ≠. «La musique, ce n’est pas savoir qui a inventé quoi», tranche Cloup. Il y a des ponts entre musiciens, entre les époques. «Diabologum, c’était la fin des 90’s, plein de choses se mettaient en branle. Ça devait parler aux gens. Après, savoir que l’on a lancé… c’est difficile.»

Diabologum était le reflet d’une époque particulière. «On racontait ce que les gens avaient envie d’entendre, enfin ce qu’une certaine catégorie de personne avaient envie d’entendre, parce que ce n’était pas un phénomène planétaire non plus», racontent Michel Cloup et Patrice Cartier. Ça ne vous rappelle rien?

La scène comme laboratoire

Michel Cloup Duo reste une tête d’affiche indé. Avec le temps, ses deux membres ont aussi les moyens d’être beaucoup plus libres… et sont invités dans toutes les salles amplifiées de France. La plupart des personnes qui gèrent aujourd’hui les «grosses salles» faisaient passer Diabologum ou Expérience dans les années 1990. Le réseau est fidèle: «Une génération prend les commandes depuis cinq ans et ce sont des gens bien.»

Le groupe garde cette identité sonore étrange: un mélange de parlé-chanté et de chants très lents. Pour Minuit dans tes bras, il a eu envie de chanter pour se détacher de cette image spoken word qui lui colle à la peau.  

Après un premier album calme, Notre silence, le duo a opté pour une démarche de guerilleros: continuer à deux et rien qu’à deux, influence directe des concerts. Envie de jouer fort, comme dans les 90s. Tout s’est fait à deux: la scène, le studio. Le disque sent la bière, la sueur «et d’autres produits».

La scène sert de laboratoire au studio. Ici on, ne se contente pas de jouer, on veut retrouver les mêmes sensations. Aller vers l’épure. Une guitare et une batterie… Une envie de minimalisme, ce qui ne veut pas dire que c’est chiant: la vague sonique emporte tout. Ce n’est pas les White Stripes non plus: «Le garage rock, on sait le faire, mais ça ne nous intéresse pas», musarde le duo.

«Beaucoup plus bordélique aujourd'hui»

Authentique aussi, la démarche business du groupe. Minuit dans tes bras est d’abord sorti en digital, et un mois après en vinyle et en CD. Le groupe a aussi sorti des singles, des 45 tours «à l’ancienne», également disponibles en téléchargement, surtout vendus sur le site de leur maison de disque. (Pour l’anecdote, la face B du premier single de Michel Cloup Duo s’appelle Vieux frère, mais aucun rapport avec Vieux frères de Fauve, ni avec ça.)

On est d’accord, sortir des singles en 2014 n’est pas tout à fait une innovation. «C’est pour nous le retour aux années 90. On sortait des maxis entre les albums avec des morceaux qui ne paraissaient pas forcément sur les efforts plus longs», se rappellent Michel et Patrice. Ces petits disques permettaient d’essayer des choses.

Dans les années 2000, le format court a définitivement été rélégué dans l'ombre par le CD. Les EP, les singles n’étaient plus trop à la mode:

«Mais ça recommence parce que l’époque le permet. On n’a plus envie de "sortir un album–faire des concerts–arrêter de jouer–faire un album–sortir un album", etc.»

Aujourd’hui, de nombreux groupes sortent deux albums par an, ou deux ou trois EP sans album: «Ils n’arrêtent pas de tourner, se réjouissent les deux rockers. Personne ne leur impose de pause avant que le prochain disque ne sorte. C’est beaucoup plus bordélique aujourd’hui… C’est beaucoup plus libre.» 

Cette formule commando permet au Michel Cloup Duo de se concentrer sur son art et de se focaliser sur ce qui lui semble important. «Nous voulons continuer à ouvrir des portes, à provoquer des sensations, avance Michel Cloup en guise d’explication. Aujourd’hui, on veut tout expliquer, et l’art ne doit pas tout expliquer et on ne doit pas expliquer tout l’art.»

Remettre à plat ce qu’on peut penser, ressentir

Un bout de phrase qui trotte, un disque court qui a la durée du 33 tours: Minuit dans tes bras est une tuerie qu’on a envie d’écouter en boucle. Ces chansons entêtantes peuvent remettre à plat ce qu’on peut penser, ressentir. C’est en fait exactement ce que disent les fans de Fauve ≠, qui ont la moitié de mon âge.

Minuit dans tes bras est un grand disque générationnel si vous êtes nés dans les années 70… Alors, ce Fauve ≠ qui ne nous émeut pas trop chez Slate doit sans doute être un grand disque générationnel. Mais ce n’est pas la nôtre. 

Michel Cloup et Patrice Cartier, eux, continuent à être émus par des nouveaux groupes «ou par des vieux disques qu’on ne connaissait pas et qui nous bouleversent. Je pense qu’on n’est jamais arrivé au bout. C’est comme en littérature, on ne peut pas dire: ça y est, j’ai tout lu. Il y a toujours quelque chose qui sort de derrière le bois et qui t’assomme».

Cette fois, on espère que pour vous, ce sera Michel Cloup Duo. Quant à Fauve, Michel Cloup l’assurait sur son compte Facebook au lendemain d’un concert commun le 1er février 2014, ils sont «des mecs très cools». Juste un peu plus jeunes.

Éric Nahon

Eric Nahon
Eric Nahon (33 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte