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La plus grosse des idées fausses sur les oiseaux: ils ne dorment pas dans leur nid

Nicholas Lund, mis à jour le 18.02.2014 à 7 h 31

Pour se reposer, ils choisissent plein d'endroits étonnants.

Un cardinal rouge à New York, janvier 2014. central Appalachian Mountains north to southern New England. REUTERS/Mike Segar

Un cardinal rouge à New York, janvier 2014. central Appalachian Mountains north to southern New England. REUTERS/Mike Segar

Quand je parle d’oiseaux, je constate souvent que les gens partagent tous une croyance qui s’avère complètement fausse. Et pas uniquement les idiots. Les idiots se trompent sur pas mal de choses. Les gens dont je parle se considèrent plutôt intelligents, et de manière générale, ils le sont. Mais ce ne sont pas des spécialistes des oiseaux.

Alors, qu’est-ce que c’est, cette fausse idée sur les oiseaux? J’espère que vous êtes assis: les oiseaux ne dorment pas dans leur nid.

Jamais. Pourtant, c’est un tableau plutôt mignon qu’on aime imaginer: un petit oiseau, blotti dans son nid après une matinée passée à chercher des vers de terre, en train de remonter un peu sa couverture de feuilles pour rester bien au chaud.

Un oisillon (rossignol) dans un nid en 2009 au Kosovo. REUTERS/Hazir Reka

Mais c’est faux. Les nids (pour les oiseaux qui nichent, car beaucoup de nichent pas) servent à abriter les œufs et les oisillons. Quand la saison de nidification se termine, les nids sont laissés en mauvais état: ils sont couverts de fiente d’oisillons et abritent parfois un bébé mort. Ces «restes» attirent les parasites et les prédateurs, et les oiseaux n’en ont de toute façon plus besoin.

Mais alors, où dorment-ils?

Dans plein d’endroits différents. Quand un oiseau s’installe pour faire un somme, on dit qu’il se perche. Il choisit un endroit chaud et sûr. Les passereaux se placent souvent en hauteur pour éviter les chats ou autres menaces du genre, mais aussi à l’abri du ciel pour éviter les chouettes. Un feuillage dense peut faire l’affaire. Les plus gros oiseaux disposent de plus d’options et peuvent dormir sur l’eau, sur une branche, ou même sur le sol.

En revanche, peu d’endroits sont vraiment sûrs, et certains oiseaux ont développé la capacité de dormir en gardant un œil ouvert. Les yeux de la plupart des volatiles (contrairement aux humains) ne communiquent qu’avec une seule moitié de leur cerveau. Le sommeil hémisphérique unilatéral permet aux oiseaux d’endormir un hémisphère de leur cerveau tout en gardant le deuxième alerte et éveillé. Ils peuvent ainsi allumer et éteindre leur cerveau selon le degré de sûreté de leur lieu de repos: par exemple, quand un groupe important de canards se repose sur la surface d’un lac dégagé, les canards du centre du groupe peuvent s’endormir complètement, alors que ceux qui se trouvent le plus loin du centre vont probablement choisir le sommeil hémisphérique unilatéral. Les scientifiques pensent également que certains oiseaux sont capables de se reposer de cette manière alors qu’ils sont en train de voler.

L’oie et le canard

Un coyote adorerait pouvoir attraper une énorme oie endormie et sûrement délicieuse. Le poids, la masse graisseuse et les pattes palmées empêchent le gibier d’eau de dormir dans les arbres. La plupart du temps, les oies et les canards dorment pendant la nuit à la surface de l’eau.

Les aigles et les faucons ne représentent pas de menace parce qu’ils sont également diurnes, et les prédateurs aquatiques qui souhaiteraient s’approcher trop près les réveilleraient en faisant vibrer l’eau. Les petites îles sont aussi des lieux privilégiés de repos. Ces oiseaux peuvent aussi dormir sur les rives, généralement dressés sur une seule patte (pour garder l’autre bien au chaud dans leurs plumes).

Un poulet qui dort, en Inde en 2006. REUTERS/Parth Sanyal

Le héron et l’aigrette

Ces grands échassiers ne se sentent menacés que par des prédateurs de taille équivalente: les aigles et les alligators. Parfois, le héron et l’aigrette se reposent les pieds plongés dans l’eau peu profonde, pour que les vibrations puissent les alerter de la présence d’un reptile; mais le plus souvent, ils se perchent en groupes dans les arbres qui bordent l’eau

Les oiseaux de rivage

Ces oiseaux passent le plus clair de leur temps sur des plages dégagées. Les barges et les pluviers, par exemple, sont particulièrement vulnérables quand les rapaces les bombardent en piqué, même quand ils sont éveillés. Ils ne peuvent pas se percher dans les arbres ou flotter sur l’eau, ce qui rend leur sommeil particulièrement dangereux. Ils font de leur mieux, en se reposant sur les plages les plus dégagées au milieu de grands groupes (pour mieux sonner l’alarme) et en utilisant le sommeil hémisphérique unilatéral.

Le faucon, l’aigle et la chouette

Ils suivent la règle du gorille de 400 kilos: où peut-il s’asseoir? Absolument partout où il veut. Pour les grands rapaces, c’est la même chose. Ils n’ont pas à s’inquiéter des prédateurs tant qu’ils ne dorment pas sur le sol, et il leur suffit donc la plupart de temps de trouver une branche d’arbre.

Les chouettes aiment aussi se cacher dans les arbres pour dormir pendant la journée, soit dans d’épais feuillages pour masquer la lumière, soit à l’intérieur des troncs, pour certaines espèces.

La grouse et la caille

C’est sûrement pour ces deux oiseaux que le sommeil est le plus dangereux. Ils sont gras et juteux, et n’ont généralement pas la possibilité de s’envoler. N’importe quel prédateur peut les manger. Ils dorment dans les endroits les plus sûrs qu’ils trouvent et utilisent le sommeil hémisphérique unilatéral et leur plumage pour se camoufler.

Ceux qui vivent proches des arbres, comme la gélinotte huppée ou le tétras du Canada, peuvent voler jusqu’aux branches pour s’y percher. Quand il n’y a pas d’arbres et que la végétation est plus basse, des oiseaux comme le lagopède des saules préfèrent dormir au chœur des hautes herbes. Quand il n’y a rien, ni arbres ni buissons, et que la neige recouvre le sol, des oiseaux comme le lagopède à queue blanche se contentent de faire confiance à leur plumage blanc en se blottissant dans le creux d’une colline enneigée.

Les pics

La plupart des pics se reposent dans les cavités des arbres, soit celles qu’ils ont utilisées pour nicher ou celles qu’ils ont creusées pour faire un somme. De nombreux oiseaux trouvent le sommeil dans les cavités des arbres, ou dans n’importe quel trou ou zone couverte. L’homme a bien aidé ses oiseaux en leur offrant de nombreux recoins protégés pour se cacher sous ses toits, ses ponts, ses granges et ses rebords de fenêtres.

Le corbeau, l’hirondelle, le martinet et l’étourneau

Ces oiseaux sont très différents, mais ils ont des habitudes de sommeil incroyablement similaires. Certaines espèces, pour des raisons sociales ou de sécurité, ou encore pour trouver la chaleur, choisissent de dormir ensemble –parfois par centaines. Le spectacle de ces groupes d’oiseaux qui se rassemblent au crépuscule est une vision époustouflante pour de nombreuses personnes, presque irréelle pour d’autres, mais quoi qu’il en soit, il est impossible d’en détacher son regard. Il suffit de regarder ces vidéos qui montrent des centaines de corbeaux dans le Maryland: 

Des milliers d’hirondelles en Floride:

Ces martinets ramoneurs au milieu d’une cour d’école dans le Wisconsin:

Ou encore ces images célèbres d’un nuage d’étourneaux en Angleterre:

Tous les autres ou presque

Ceux qui restent (plus de la moitié des espèces d’oiseaux, en fait) sont des oiseaux percheurs de l’ordre des passériformes. Ce sont nos oiseaux les plus communs: le moineau, le pinson, le cardinal, le geai, etc.

Pour la plupart, tous ces passereaux utilisent la végétation dense (les buissons, haies et autres arbres) pour dormir. Ils se contentent de se poser au crépuscule sur une brindille à leur taille avant de sombrer dans un profond sommeil.

Mais alors, comment les passereaux peuvent-ils rester accrochés à leur branche quand ils dorment? Grâce à l’évolution, bien sûr! Ils ont développé ce qu’on appelle des «tendons fléchisseurs» dans les pattes qui serrent involontairement la branche sur laquelle ils se posent. Ces tendons ne peuvent pas se relâcher avant que l’oiseau n’étende ses pattes, ce qui veut dire qu’il est physiquement impossible pour un oiseau de quitter sa branche tant qu’il n’est pas prêt. La prise est tellement serrée que certains oiseaux, comme ce colibri, peuvent dormir la tête en bas. 

Ça m’a l’air assez confortable, et en plus, pas besoin de nid!

Nicholas Lund

Traduit par Hélène Oscar Kempeneers

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