Economie

«Paper», c'est Facebook en mieux

Will Oremus, mis à jour le 03.02.2014 à 18 h 36

La nouvelle application lancée par le réseau social de Mark Zuckerberg est disponible à partir du 3 février, et uniquement pour les produits Apple aux Etats-Unis dans un premier temps.

Capture du site promotionnel de Paper/Facebook.

Capture du site promotionnel de Paper/Facebook.

Dès l'annonce, par Google, de la fin de son Google Reader (R.I.P.), les rumeurs sont allées bon train: Facebook, disait-on, avait comme projet de sortir son propre agrégateur d'actualités. Une idée quelque peu bizarre, vu que Facebook était déjà une sorte d'agrégateur d'actualités, même si la plupart avaient trait aux chats, aux bébés et aux vacances de vos amis. Depuis, la richesse informationnelle du réseau social n'a d'ailleurs eu de cesse de se renforcer.

Quel besoin ou quelle nécessité avait donc Facebook de créer un nouveau produit, si c'était pour faire la même chose?

Le 30 janvier, Facebook a donc annoncé le lancement d'une nouvelle application, Paper, qui a l'air tout à fait splendide. Les meilleurs graphistes de l'entreprise se sont visiblement donnés du mal pour concevoir une application mobile qui fasse un usage optimal d'un petit écran. Les photos et les vidéos s'affichent en plein écran. La navigation se fait par glissement, un mouvement naturel que d'autres lecteurs de news, comme le populaire Flipboard, ont su mettre à profit. Les liens et les actualités de vos amis apparaissent sous forme de cartes que vous pouvez agrandir et minimiser, et au sein desquelles vous pouvez facilement naviguer. 

Le problème, c'est qu'on ne comprend pas encore très bien en quoi cette nouvelle application Facebook est si différente de celle que le réseau social possède déjà, et qui remporte un énorme succès auprès des utilisateurs. Paper n'est-elle, au final, qu'une version plus simple et plus jolie de Facebook, mais sous un autre nom?

En un mot: oui – mais c'est sans doute une bonne chose. Premièrement, même si l'application mobile de Facebook est une réussite exemplaire (ce que ne manquent pas de prouver les derniers résultats trimestriels publiés par l'entreprise), on est loin, esthétiquement, du meilleur produit du marché.

Son confort de lecture ou de visionnage n'est pas non plus des plus optimaux. Et, enfin, même si des tas de gens consultent Facebook sur leurs téléphones, globalement, c'est un réflexe dont ils ne sont pas fiers.

L'application Facebook est parfaite pour se tenir au fait des activités de ses amis, pour partager rapidement un statut ou des photos et voir en un clin d’œil ce vos contacts en disent. Il vous suffit de sortir votre téléphone de votre poche pour vous assurer, grâce à l'icône «notifications», que vous n'avez rien loupé d'important.

A l'inverse, Paper semble plutôt faite pour les moments où vous avez un peu plus de temps devant vous pour lire des articles, regarder des vidéos, etc. Pour Facebook, c'est un moyen de séduire les utilisateurs de Flipboard, sans les détourner du côté purement utilitaire de son application principale.

Dans cette perspective, Paper n'est fondamentalement qu'une autre version de l'application Facebook, conçue pour un usage spécifique. Si cela vous semble bizarre, songez que Google a aussi tout un tas d'applications adaptées à différents usages. Sur mon iPhone, j'ai Gmail, Chrome, Google Maps, Google, Google Plus (ne me jugez pas), YouTube et Chromecast. A ce titre, Paper ne sera que ma troisième application Facebook, après Facebook et Instagram. (Facebook Messenger est aussi une application indépendante très populaire).

Mais Paper a une autre particularité: l'application est manuellement personnalisable et permet à ses utilisateurs de naviguer entre différentes sections thématiques – «Tech», «Planète», «A la une» ou encore «LOL». Une thématisation qui pourrait s'envisager comme une réponse à l'une des critiques les plus virulentes que les utilisateurs formulent à l'égard de Facebook – à savoir que, malgré tous ses algorithmes compliqués, notre fil d'actualité semble décidé à ne jamais afficher le type de contenus que nous souhaitons réellement y voir.

Depuis longtemps, les gens se plaignent que leur fil d'actualité est bourré de trucs pourris et autres détritus sociaux, et ce malgré tous les efforts techniques déployés par Facebook pour maximiser l'engagement de ses utilisateurs. Parallèlement, on entend souvent cette récrimination étrange voulant que Facebook «cacherait» des mises à jour et des contenus intéressants (par pure malfaisance? Pour forcer les gens à payer pour promouvoir leurs posts?), avec une insistance qui semble pas vouloir se démentir. Avec Paper, l'entreprise redonne certaines clés à ses utilisateurs: «Voilà, à vous de dire ce que vous désirez réellement voir».

Il est encore trop tôt pour dire si Paper fera mouche, surtout que l'application ne sera disponible que le 3 février, et uniquement pour les produits Apple dans un premier temps. Et pour l'instant sur le seul «Store» américain. Rappelez-vous qu'il y a moins d'un an, Facebook sortait un autre produit mobile tout à fait reluisant: Home, un échec cuisant. Il est possible qu'un grand nombre d'utilisateurs souhaite moins de Facebook dans leur vie, pas plus. Et il est aussi possible que lorsque les gens souhaitent se tenir au courant des actualités, ils veuillent uniquement se tenir au courant des actualités, pas les voir se mélanger aux publications de leurs amis.

Cela étant, l'idée de base derrière la sortie d'applications indépendantes – un phénomène qui devrait se multiplier dans les années à venir, selon les promesses de Mark Zuckerberg – est pertinente pour une entreprise dont le plus gros problème est la lassitude du public quant à sa marque principale. Notez qu'Instagram ne semble pas souffrir du même déclin de coolitude que Facebook, et ce même si l'application fait en réalité partie de Facebook. Paper n'a pas vraiment l'air «cool», en elle-même, mais le fait est qu'elle ne ressemble pas à Facebook. Pour certains, ce pourrait être une raison suffisante pour l'essayer.

Will Oremus

Traduit par Peggy Sastre

Will Oremus
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