Economie

Nous avons besoin d'un nouveau miracle de l'an 2000

Moisés Naím, mis à jour le 03.02.2014 à 14 h 49

Depuis la définition des Objectifs du millénaire pour le développement il y a quinze ans, 500 millions de personnes sont sorties de la misère et la mortalité infantile a chuté de 30%. A quand le prochain miracle?

Une statue au sommet d'un immeuble de Rio de Janeiro. REUTERS/Pilar Olivares.

Une statue au sommet d'un immeuble de Rio de Janeiro. REUTERS/Pilar Olivares.

Il est facile de ne pas s’apercevoir du miracle qui s’est produit ce jour-là mais, au cours des dix années qui ont suivi, les conditions de vie de centaines de millions de pauvres du monde entier se sont améliorées.

Le 8 septembre 2000, 189 chefs d’Etat et de gouvernement réunis au siège des Nations unies à New York ont signé une série d’engagements qu’ils ont baptisée la Déclaration du millénaire. Dans ce texte, ils promettaient de réduire la pauvreté, la faim, la mortalité infantile, les discriminations à l’encontre des femmes et se sont fixé d’autres objectifs tout à fait louables.

Globalement, l’opinion publique s’était contentée de prendre mollement acte de l’existence de cette déclaration et on ne peut pas le lui reprocher. Les politiques nous ont habitués à ne pas leur faire confiance. En particulier lorsque, chaque mois de septembre, ils se livrent à New York à cet ennuyeux exercice qui consiste à enchaîner des discours pompeux, mais fallacieux et hypocrites, qui constituent ce que l’on appelle l’Assemblée générale des Nations unies.

La Déclaration du millénaire n’a pas tardé à être supplantée dans les médias par d’autres faits d’actualité: l’Intifada en Palestine, le refus de Saddam Hussein d’accepter les inspections ordonnées par l’ONU, l’élection d’Hillary Clinton au poste de sénatrice ou encore l’arrêt de la Cour suprême des Etats-Unis déclarant George W. Bush, et non Al Gore, vainqueur de la présidentielle américaine.

Une déclaration pas si creuse

Et pourtant... Depuis ce mois de septembre d’il y a treize ans, l’humanité a connu le plus grand recul de la pauvreté de l’Histoire. 500 millions de personnes sont sorties de leur misère quotidienne et la mortalité infantile a chuté de pas moins de 30% —les décès pour cause de paludisme ont baissé de 25%. 200 millions d’habitants des quartiers les plus pauvres de la planète ont eu accès à l’eau potable, à des systèmes d’égouts et à des habitations de meilleure qualité.

De nombreux facteurs sont à l’origine de ces progrès: taux de croissance élevés, notamment en Asie, augmentation de l’emploi et des salaires, dépenses publiques en hausse dans le secteur de la santé et politiques sociales plus efficaces. L’expansion du commerce international et des investissements étrangers en Chine et en Inde ont également contribué à l’allègement de la pauvreté dans ces pays.

L’adoption généralisée de la Déclaration du millénaire marque une étape d’une grande importance. Huit objectifs concrets ont été définis, avec 18 buts précis et 60 indicateurs pour en mesurer les avancées. Les Etats et les organisations internationales se sont engagés à atteindre ces buts à l’échéance 2015. Sans surprise, les résultats sont disparates: si le Brésil est un très bon élève, le Bénin n’a lui pas réussi à atteindre un seul de ces buts.

Malgré le caractère ambitieux des objectifs fixés et la crise économique mondiale, qui a éclaté en 2008, les progrès réalisés sont extraordinaires! Qui plus est, certaines ambitions —par exemple, réduire de moitié la part des individus vivant dans une pauvreté extrême (moins d’un dollar par jour) et élargir l’accès à l’eau potable— ont été réalisées avant le délai imparti.

Des résultats en demi-teinte

D’autres buts ne seront jamais atteints à l’horizon 2015. Il y en a même pour lesquels on n’enregistre pas le moindre progrès, à l’image de la réduction des émissions de CO2, qui contribuent au réchauffement climatique. C’est pourquoi nous devons impérativement poursuivre nos efforts, revoir nos objectifs et, sans doute, en ajouter d’autres.

Pour définir la marche à suivre après 2015, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a constitué un Comité intergouvernemental d’experts qui a publié un rapport intéressant. Je me suis entretenu avec Homi Kharas, un éminent spécialiste du développement qui a coordonné les travaux du comité pendant plus d’un an. Je lui ai demandé ce qui l’avait le plus marqué, et il m’a répondu:

«C’est incroyable à quel point les pays pauvres et les pays riches sont interdépendants. Cela a toujours été le cas, mais [cette interdépendance] est aujourd’hui plus forte que jamais.»

Nous savons que les pays riches et les pays pauvres doivent s’unir pour lutter de concert sur un certain nombre de fronts. Le réchauffement ou les obstacles au commerce international, pour ne donner que deux exemples. Mais il y a une nouvelle donne: les pays riches souffrent à présent de problèmes qui étaient autrefois caractéristiques des Etats les moins développés.

Les inégalités sont peut-être l’exemple le plus édifiant. Car si elles étaient monnaie courante dans de nombreux pays pauvres, elles ont aujourd’hui gagné les Etats-Unis et l’Europe.

Aux États-Unis, le fossé entre les revenus des 1% les plus riches et ceux du reste de la population présentait en 2012 sa plus forte amplitude depuis 1920! Les taux de chômage record enregistrés dans les pays européens les plus frappés par la crise n’ont rien à envier au chômage endémique qui sévit dans les pays à plus faibles revenus. C’est une situation intenable.

C’est simple, en 2015, il faut que nous bénéficiions d’un miracle semblable à celui de l’an 2000. Mais cette fois, il devra aussi concerner les pays développés.

Moisés Naím

Traduit par Micha Cziffra

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Editorialiste
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