Monde

Discours sur l'état de l'Union d'Obama: beaucoup de paroles pour pas grand-chose

John Dickerson, mis à jour le 29.01.2014 à 17 h 36

Le président des États-Unis a récusé tout immobilisme mais son discours a montré à quel point il restait entravé par le Congrès et la Constitution.

Barack Obama lors de son discours sur l'état de l'Union devant le Capitole, le 28 janvier 2014. REUTERS/Kevin Lamarque.

Barack Obama lors de son discours sur l'état de l'Union devant le Capitole, le 28 janvier 2014. REUTERS/Kevin Lamarque.

«L’Amérique ne se complaît pas dans l’immobilisme», a déclaré Barack Obama lors de son discours sur l’état de l’Union, mardi 28 janvier, «et moi non plus.» Pendant l’heure qui a suivi, le président des États-Unis a tracé le chemin qu’il emprunterait et décrit le rythme qu’il adopterait pour esquiver les membres du Congrès qui ont déjà tenté de se mettre en travers de sa route.

Mais à la fin du discours, le président n’avait pas beaucoup avancé. Il restait un dirigeant entravé par le Congrès et la Constitution.

Lors de la préparation de son discours, le président et ses conseillers ont évoqué la manière dont il allait utiliser les outils de sa fonction —le stylo et le téléphone— pour s’attaquer aux défis actuels, puisque le Congrès s’y refuse. Mais à en juger par le contenu dudit discours, un stylo et un téléphone ne permettent pas de faire grand-chose.

Quand Barack Obama a exposé les grandes lignes de l'action gouvernementale, les principaux éléments qui sont ressortis sont un modeste effort pour relever le salaire minimum dans les entreprises bénéficiant de contrats publics, la création de six nouveaux centres industriels et un instrument d’épargne flou visant à aider les Américains à bas revenus à remplir leur bas de laine. Pas franchement des initiatives assimilables à «une année d’action».

Le reste de ses propositions était encore plus réduit —caresser les PDG dans le sens du poil, convoquer les professeurs d’université et réduire la paperasserie. Il a aussi chargé le vice-président Biden d’améliorer les 47 programmes de formation à l’emploi gouvernementaux. 

Des efforts bien modestes

Je ne veux pas dire que ces efforts ne soient pas valables. Ils sont simplement bien modestes comparés à l’objectif avoué du président, celui d’inverser la vapeur après plusieurs décennies de changements pour les travailleurs provoqués par la compétition mondiale et l’innovation technologique. On n’imagine pas un président demandant aux Américains de se rassembler pour écouter une telle liste de propositions s’il n’existait pas une tradition qui l’y obligeât.

Le président et son équipe espèrent que de petits programmes vont créer une sorte de «base», donner quelques bons résultats puis se développer au-delà du projet d’origine. En augmentant le salaire minimum pour les employeurs qui signent de nouveaux contrats publics avec l’État fédéral, par exemple, ses conseillers comptent sur un effet multiplicateur qui ira au-delà du nombre limité d’employés bénéficiant directement de l’augmentation à 10,10 dollars de l’heure.

L’idée, explique un haut responsable, est qu’une grande entreprise obligée de respecter le salaire minimum pour décrocher un contrat public subira une pression pour augmenter le salaire de tous ses employés, ce qui obligera à son tour un concurrent à en faire autant pour rester compétitif lorsqu’il engagera de nouveaux salariés.

La proposition du président de financer la modernisation des écoles est supposée obéir à la même logique. Bien que les financements ne concernent qu’un nombre limité d’académies en lice pour les obtenir, un conseiller affirme que cela créerait une demande: il espère que les académies qui n’obtiendront pas les financements demandés appelleront leurs représentants au Congrès et feront pression pour qu’ils votent des fonds afin qu’elles aussi puissent moderniser leurs équipements.

L'espoir fait vivre

C’est en grande partie l’espoir qui fait vivre les projets du président. Simplement parce que —comme il apparaît très clairement quand on entend ses conseillers expliquer comment ils sont arrivés à certaines de ces mesures—, il agit tout en étant limité par des contraintes légales qui l’empêchent d’avoir un large champ d’action. Sa proposition de salaire minimum est limitée aux nouveaux contractants parce qu’elle s’inscrit dans les limites de sa capacité à faire des choses œuvrant à «l’efficacité» du gouvernement.

L’augmentation du salaire minimum peut se défendre dans ce cadre, disent les responsables, car les études montrent qu’elle mène au maintien des travailleurs dans l’entreprise. Mais elle ne peut s’appliquer à tous les contrats parce qu’il faudrait alors déchirer tous les accords préexistants, ce que l’on peut difficilement qualifier d’efficace.

Difficile de mettre le doigt sur les détails derrière certains programmes de la Maison Blanche. Les centres industriels, par exemple, requièrent un niveau soutenu de financement pour aider les entreprises innovantes à se lancer et à prospérer. L’argent des premières expériences dans l’Ohio et en Caroline du Nord a été puisé dans les budgets de la défense et de l’énergie.

Y en a-t-il assez pour les six autres promis par le président et pour soutenir l’investissement pendant un temps suffisant? Les conseillers de la Maison Blanche n’ont pas voulu répondre tout de suite. «Si vous avez des financements incertains pendant une période très courte, le danger est d’avoir des start-ups incapables de grossir et qui restent dans de sorte de limbes au pays des zombies», explique Mark Muro, directeur de politique du Metropolitan Policy Program à la Brookings Institution.

Nécessaire coopération du Congrès

Le président affirme se concentrer sur le sujet brûlant du moment —le bien-être de la classe moyenne— et faire tout son possible pour y travailler. Si une meilleure posture était susceptible de l’aider, il s’assiérait bien droit sur sa chaise en s’appuyant sur le principe de son discours selon lequel chaque petit élément a son importance.

Mais pour obtenir de grandes avancées, le président a besoin de la coopération du Congrès, ce qui a eu pour conséquence un discours on ne peut plus conventionnel, dans lequel il a appelé son auditoire à l’aider à faire voter la réforme fiscale, à étendre les indemnités de chômage, à réformer les lois sur l’immigration, à augmenter le salaire minimum et à étendre les crédits d'impôts aux travailleurs sans enfants.

Le discours n’en a pas moins comporté de jolies tournures. «Accordez une augmentation à l’Amérique!», a demandé le président après avoir exposé la nécessité d’augmenter le salaire minimum.

Son appel à l’égalité des salaires pour les femmes lui a valu une longue standing ovation —c’est un sujet qui reviendra au cours de cette année électorale.

À part cela, il n’y a eu que quelques moments politiques tièdes, le moment le plus grinçant se prlorsqu’il a taquiné les représentants républicains sur leur obsession à définancer sa réforme de la santé. Alors même que le président expliquait à son auditoire qu’il les contournait, aucune froideur ne teintait son discours. Et tout en faisant la démonstration des multiples façons dont il gère les contraintes de son emploi, il n’en faisait pas moins preuve d’une certaine légèreté.

Longue salve d'applaudissements

Barack Obama a commencé son discours en témoignant du courage du peuple américain. Il est revenu à ses talents de conteur. Il ne s’est pas contenté de raconter, il a esquissé la vie d’Américains ordinaires durs à la tâche —le chef d’entreprise, l’enseignante, l’ouvrier du secteur automobile— incarnant le courage qui a permis aux gens de traverser la récession et de placer le pays en position pour décoller, pourvu que ceux qui le dirigent cessent de se mettre sur son chemin.

C’était là un discours appelant à l’action au nom des Américains qui ont déjà commencé à agir. Le président voulait suivre leur exemple.

Il est revenu à la corde sensible à la fin, lorsqu’il a raconté l’histoire du Ranger Cory Remsburg. Blessé lors de son dixième tour de service, ce soldat s’est battu pour guérir d’un traumatisme crânien.

Le président lui a adressé un signe d’encouragement du pouce tandis qu’il tentait difficilement de se lever, aidé par son père. Remsburg lui a fait le même geste en retour. Cela a conduit à ce qui, selon certains observateurs, fut la plus longue salve d'applaudissements de l’histoire du discours de l’état de l’Union. Tous se sont levés pour saluer le héros.

Nous allons maintenant voir si la seule chose qu’ils sont capables de faire ensemble est de rester debout à ne rien faire, ou si le président et son auditoire sauront aller de l’avant.

John Dickerson

Traduit par Bérengère Viennot

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