Monde

Peut-on croiser beaucoup de bateaux-fantômes sur l'océan?

Andréa Fradin, mis à jour le 27.01.2014 à 16 h 29

Vous avez sûrement entendu parler de ce navire approchant des côtes avec des rats cannibales à son bord...

Capture d'écran de l'article du Sun

Capture d'écran de l'article du Sun

Un bateau-fantôme approchant des côtes anglaises avec à son bord des hordes de rats cannibales: c'est un scénario digne de film d'horreur qui a agité la presse britannique et internationale le 24 janvier. D'abord relayée par le tabloid The Sun, l'information d'une arrivée à quai imminente de ce navire à la dérive a ensuite été démentie par les gardes-côtes britanniques.

S'il n'est pas en approche, le bateau en question existe en revanche bel et bien: il s'agit du Lyubov Orlova, ancien bâtiment soviétique en perdition dans les mers depuis février 2013, sans âme qui vive à bord –à part éventuellement celle des rats. Existe-t-il beaucoup de bateaux-fantômes qui dérivent ainsi sur les mers et les oécans du globe?

La réponse est non. Désolé pour les amateurs de grands frissons, mais ce phénomène est extrêmement rare. Le cas du Lyubov Orlova est une exception qui confirme la règle.

Lorsqu'il s'est retrouvé il y a un an à dériver au large du Canada, le Lyubov Orlova faisait son dernier voyage: il était sur le point d'être démantelé. Vendu à une société de déconstruction, il n'avait alors plus de propriétaire, de coque, ou de pavillon. Une coquille vide que le remorqueur a perdu, en raison de très mauvaises conditions météorologiques. Ne parvenant pas à le rattacher, le bâtiment a été laissé à la dérive, sans que quiconque ne vienne le récupérer.

En temps normal, une telle situation ne peut se produire: quand un bateau rencontre des difficultés en mer, c'est à son propriétaire (ou armateur) qu'il incombe de réagir. Le droit maritime le somme de faire cesser le danger à la navigation. Cette règle est valable dans toutes les mers et océans puisqu'elle dépend de règlementations maritimes internationales, telles que la Convention de Montego Bay.

Si un propriétaire ne peut mettre fin aux ennuis rencontrés par son bateau dans les eaux territoriales françaises, c'est l'Etat qui prend le relai, via ses préfectures maritimes qui coordonnent l'action en mer sur l'ensemble des littoraux. Il envoie alors des remorqueurs, ses «Abeilles», dont le coût d'intervention reviendra néamoins à l'armateur et à ses assurances.

Dans le cas du Lyubov Orlova, le Canada avait dans un premier temps tenté de le récupérer, avant d'arrêter les frais. Une fois dans les eaux internationales, personne n'avait intérêt à dépenser de l'argent à tenter de récupérer ce bâtiment. Par contre, s'il venait à s'approcher des côtes françaises, l'Etat devrait agir pour faire cesser le danger et le remorquage serait alors aux frais des contribuables –puisqu'imputables à personne d'autre.

Par ailleurs, toujours en France, un poste est chargé de surveiller tous les bateaux battant pavillon français dans le monde: en cas de problème, il prévient le Maritime Rescue Coordination Centre (MRCC) du pays le plus proche afin de mettre en place une coordination maritime. De telle sorte qu'aucun navire ne se retrouve laissé à l'abandon.

Sans compter que chaque bâtiment a l'obligation d'avoir à bord un Système d'identification automatique (AIS), qui transmet notamment sa position par GPS. C'est ce qui permet d'obtenir ces cartes en temps réel:

 

Dans le cas du Lyubov Orlova , en revanche, complètement dépouillé, il n'est pas question de GPS à bord. Impossible de le détecter par ailleurs via d'autres technologies telles que les photos satellites: la résolution des appareils étant bien trop faible pour cibler un bateau. De plus, pour trouver ce navire, il faut aussi savoir où pointer le dispositif dans l'Atlantique. 

Quant à la question des rats, sachez que les navires ont développé des solutions de conditionnement pour éviter que les rongeurs, comme d'autres animaux, montent à bord. S'il arrive d'en trouver, notamment en région tropicale, à bord de cargos commerciaux transportant des denrées alimentaires, le stockage des poubelles en frigo (pour les plus petits bateaux), l'incinération des matières organiques (pour certains bateaux de la marine nationale) comme le placement de la nourriture dans des capacités spéciales hermétiques, permettent d'éviter la prolifération des rats. En revanche oui, ils peuvent s'entre-dévorer. Mais comme tout mammifère placé en situation de stress.

Andréa Fradin

L’explication remercie le Lieutenant Ingrid Parrot, porte-parole de la Préfecture maritime de l'Atlantique, ainsi que Bernard RICHELET, capitaine de frégate et chef de cabinet du Secrétariat général de la mer. Article également réalisé avec l'aide du Centre de Biologie pour la Gestion des Populations de Montpellier, ainsi que des articles de la BBC et The Guardian.

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Andréa Fradin
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