Culture

«Match retour»: qui est le meilleur boxeur entre Robert De Niro et Sylvester Stallone?

Brice Miclet, mis à jour le 23.01.2014 à 2 h 56

Le héros de «Raging Bull» et celui de la saga «Rocky» se rencontrent sur le ring devant la caméra de Peter Segal. Avant même de voir le film, on a essayé de les départager en six rounds.

Robert De Niro et Sylvester Stallone dans «Match retour» (Warner Bros).

Robert De Niro et Sylvester Stallone dans «Match retour» (Warner Bros).

Robert De Niro et Sylvester Stallone en vieux boxeurs rivaux, c'est l'affiche alléchante proposée par Match retour de Peter Segal, sorti en salles mercredi 22 janvier.

Car s'il y a bien deux acteurs américains qui ont inscrit des personnages cultes de boxeurs dans l'histoire du grand écran, ce sont eux: le premier dans Raging Bull de Martin Scorsese (1980), le second dans la saga Rocky, dont le premier volet est sorti en 1977.

Jake LaMotta face à Rocky Balboa. Deux manières de percevoir la boxe, de la filmer, d'en décrire les héros. Nous n'avons pas encore vu Match retour, mais afin de donner notre pronostic sur le vainqueur, petit retour sur la carrière de ces acteurs-boxeurs en six rounds.

Round 1: les victoires à l'écran

Pour juger des performances de Stallone et de De Niro, rien de tel, dans un premier temps, que de comptabiliser leurs combats filmés. Dans Raging Bull, c'est simple: De Niro dispute sept combats, en gagne trois dont deux par KO, et est défait quatre fois. Stallone, lui, dispute 18 combats, étalés sur les six films de la saga. Il en gagne 14, tous par KO, fait un match nul (face au catcheur Thunderlips dans Rocky III) et subit trois défaites, dont une par KO.

Cela dit, comparer les résultats sur un film pour l'un contre six films pour l'autre peut paraître légèrement déséquilibré. Mais même le raisonnement par pourcentage ne peut sauver De Niro, avec 42,8% de victoires contre 77,8% pour son opposant.

Idem quand on compare la longévité des deux champions: là où, dans la fiction, Rocky Balboa a pu conserver son titre de champion du monde des poids lourds durant 57 mois (du 27 novembre 1976 au 15 août 1981), Jake LaMotta a lui conservé son titre de champion du monde des poids moyens pendant seulement 20 mois (du 16 juin 1949 au 14 février 1951). Net, précis et sans appel: DeNiro s'incline sur ce premier round.

Une contre-performance qui s'explique de manière très simple: en réalisant Raging Bull, Martin Scorsese tenait aussi a aborder les années noires de LaMotta, et donc ses défaites. Ce premier round était perdu d'avance.

Sylvester Stallone 1–0 Robert De Niro

Round 2: la carrière des modèles

Rééquilibrons un peu le combat en nous basant sur les résultats de l'entière carrière des deux boxeurs.

Jake LaMotta a réellement été l'un des plus grands boxeurs des années 1940-50. Ce poids moyen totalisa 83 victoires, dont 30 par KO, 4 match nuls et 19 défaites. Chose rare, il n'a jamais été mis KO.

Jake LaMotta, en 1952 (via Wikimedia Commons)

De son côté, le boxeur fictif Rocky Balboa totalise 57 victoires sur l'ensemble de sa carrière, dont 54 par KO (un vrai bulldozer), mais a été défait 24 fois et a fait un match nul. Si l'on raisonne en pourcentage, le second round est pour De Niro.

On vous voit venir: non, Rocky Balboa n'est pas la transcription cinématographique fictive du boxeur Rocky Marciano. En vérité, le personnage créé et interprété par Sylvester Stallone a pour idole ce boxeur poids lourds américain, champion du monde du 23 septembre 1952 au 30 novembre 1956 et qui, chose incroyable, n'a subi aucune défaite durant son parcours professionnel.

Mais Stallone s'est inspiré d'un autre boxeur pour modeler Rocky Balboa: Chuck Wepner. Ce dernier a tenu tête a Mohammed Ali le 24 mars 1975, alors qu'il était inconnu du grand public. Il a tout de même fini par s'incliner par KO technique dans le quinzième round, mais a ainsi marqué l'histoire de la boxe et l'esprit de Stallone, qui a assisté au match.

Sylvester Stallone 1–1 Robert De Niro

Round 3: l'œil de l'expert

Kévin Rabaud, directeur technique national de la Fédération française de boxe, nous livre son expertise sur les deux champions:

«Ces deux films sont deux approches différentes de la boxe. Raging Bull est cependant plus réaliste. On est beaucoup plus dans le combat, les plans sont serrés, ce qui masque les possibles défaut techniques de De Niro. C'est très bien vu de la part de Scorsese.

A cette époque, la boxe était très rude. Par exemple, la représentation du match LaMotta–Cerdan est extrêmement fidèle, ne serait-ce que dans l'intensité. Le vrai combat n'a été filmé qu'en plans larges et on pourrait presque croire que les scènes du combat dans Raging Bull sont les plans serrés du vrai match, comme si les deux vidéos se complétaient. La puissance du match est là, l'émotion et la dureté aussi.

Les scènes de boxe dans la saga Rocky sont plus chorégraphiées, mais il y a plus de plans larges. L'idée de Stallone était de produire de l'émotion, pas forcément la réalité d'une émotion.

Dans Raging Bull, c'est surtout le haut du corps de De Niro qui est filmé. A partir de là, on peut tout de même envisager ses bonnes techniques d'appuis. Mais un spécialiste voit tout de suite que l'équilibre n'est pas forcément présent. On voit mal comment il pourrait dégager une puissance suffisante avec cette lacune.

LaMotta boxait très bas. De Niro est trop de face par rapport à son adversaire, avec un buste trop en avant. Enfin, il n'est pas assez protégé par ses poings.

Par contre, techniquement, Stallone est un très mauvais boxeur. A sa décharge, il s'améliore au fil des volets de Rocky. Il acquiert une meilleure coordination, une qualité d'appuis supérieure...

Finalement, je dirais que le meilleur acteur-boxeur de la saga, c'est Carl Weathers dans la peau d'Apollo Creed. Le premier combat de Rocky face à lui [dans le premier film, ndlr] est plutôt fidèle au match dont il est inspiré, à savoir Wepner–Ali en 1975. Wepner était un boxeur rustre, généreux, face à Ali, très technique bien sûr.

Pour les départager, je dirais que dans un match Stallone–De Niro, mon favori est De Niro. Stallone dispute des simulations d'oppositions. Il est dans l'exagération, c'est presque du combat expressionniste. De Niro est moins body-buildé, plus authentique. C'est ça la boxe: c'est un spectacle de vérité.»

Sylvester Stallone 1–2 Robert De Niro

Round 4: les recettes au box-office

Deux acteurs, deux personnages cultes du cinéma américains. Les profits engendrés par les deux films sont énormes, mais là encore, la saga Rocky, déviant de plus en plus vers le blockbuster, écrase le seul Raging Bull, biopic audacieux en noir et blanc.

Et si le budget initial de Raging Bull est supérieur à ceux des trois premiers Rocky, les recettes au box-office du film de Scorsese ne tiennent pas la comparaison. De quoi assommer Robert De Niro.

Sylvester Stallone 2–2 Robert De Niro

Round 5: les récompenses majeures glanées par les films

Deux films cultes, on l'a dit. Mais la postérité d'un long-métrage et la performance d'un acteur ne se jugent-elles pas aussi par la reconnaissance des pairs? En 1981, Raging Bull est nommé huit fois aux Oscars et triomphe dans deux catégories: celle du meilleur acteur pour Robert De Niro et celle du meilleur montage pour Thelma Schoonmaker.

De son côté, le premier volet de Rocky est nominé dix fois aux Oscars 1977 et repart avec trois statues: meilleur film, meilleur réalisateur pour Joe G. Avildsen et meilleur montage pour Richard Halsey et Scott Conrad. Pour ce doublé dans la catégorie-reine, Rocky remporte le round.

Sylvester Stallone 3–2 Robert De Niro

Round 6: la postérité critique

Mais il n'y pas que les recettes et les statuettes, il y a aussi la place des films dans l'esprit des spectateurs. Et là, si l'on regarde les notes attribuées sur différents sites spécialisés, qu'il s'agisse de Vodkaster (4,16 sur 5), Allociné (4,3 sur 5), Rotten Tomatoes (9,1 sur 10) ou IMDB (8,3 sur 10), Raging Bull atteint des scores qu'aucun épisode de la série Rocky ne parvient à égaler.

Sylvester Stallone 3–3 Robert De Niro

Ce match Stallone–De Niro se solde donc sur un nul. Mais cette confrontation est aussi celle de la fiction contre la réalité. Le personnage de Rocky Balboa paraît être un surhomme, une machine à gagner et à enchaîner les KO. C'est le public et le box-office qui l'a surtout porté, tandis que Jake LaMotta a su, par son authenticité et la reconnaissance des mondes du cinéma et de la boxe, tenir tête au colosse de Stallone.

Nos pronostics pour le Match retour, donc: égalité parfaite. On parie donc sur un happy-end sans vainqueur. Ou peut-être un double KO, on ne sait jamais.

Brice Miclet

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Journaliste
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