Sports

Le tennis, un sport de techniciens de surfaces

Yannick Cochennec, mis à jour le 21.01.2014 à 7 h 34

Que les joueurs se plaignent d'une terre battue trop lente ou d'un gazon trop rapide, ou trouvent une même surface en dur plus rapide d'une année sur l'autre, le revêtement des courts est toujours l'objet d'âpres débats.

Le Français Jérémy Chardy à l'Open d'Australie, le 17 janvier 2014. REUTERS/Jason Reed.

Le Français Jérémy Chardy à l'Open d'Australie, le 17 janvier 2014. REUTERS/Jason Reed.

Pendant longtemps, le problème était «simple». Trois des quatre tournois du Grand Chelem se disputaient sur gazon, à l’exception de Roland-Garros. Puis, de 1975 à 1977, ce fut l’égalité parfaite entre l’herbe, utilisée à Wimbledon et à l’Open d’Australie, et la terre battue, employée aux Internationaux de France et à l’US Open —même si cette dernière épreuve se déroulait sur une terre différente de celle de Paris, verdâtre, plus rapide et appelée har-tru.

Puis la répartition se modifia à nouveau quand l'US Open et l'Open d'Australie optèrent pour des courts en dur, symboles d’une certaine modernité, respectivement en 1978 et 1988. Depuis un quart de siècle, il en est ainsi: l’Open d’Australie et l’US Open se jouent sur dur (du Plexicushion depuis 2008 à Melbourne, après vingt années de Rebound Ace, et du Decoturf à New York), quand Roland-Garros et Wimbledon restent enracinés dans leurs traditions.

Les courts en dur sont des surfaces intermédiaires en termes de vitesse entre la terre battue, lente, et le gazon, rapide. Une statistique permet de le démontrer: le nombre d’aces.

En 2012, en sept matches victorieux, Serena Williams avait ainsi cumulé 102 aces sur l’herbe de Wimbledon. Quelques mois plus tard, à l’US Open, elle avait atteint le total de 50 aces, toujours en sept rencontres. En 2013, encore en sept matches gagnés à Roland-Garros, elle en avait réussi 41.

Friction et restitution

Comme le démontre le reportage ci-dessous de la chaîne américaine ESPN, la terre battue ralentit la vitesse de la balle de 40% alors que le gazon la freine de seulement 30%. Le dur arbitre cette différence à 32-35%. C’est ce qu’on appelle le coefficient de friction.

L’autre déterminant, le coefficient de restitution —la faculté de la surface à restituer l’énergie de l’effet de la balle frappée— offre d’autres chiffres intéressants. En lâchant une balle à 184 cm à l’aplomb de la surface, elle rebondit jusqu’à 1,34 m sur terre battue quand elle doit se contenter d’un rebond de 94 cm sur dur et de 92 cm sur gazon.

Depuis quelques années, les problèmes liés à la vitesse des courts sont devenus une sorte de marronnier entretenu par les joueurs eux-mêmes. Des débats qui concernent majoritairement les courts en dur, mais n’épargnent pas non plus les courts en terre battue et en gazon.

Il est par exemple admis que la terre battue de Roland-Garros est plus rapide que celle utilisée en Allemagne, plus granuleuse. Les Internationaux d’Italie, à Rome, dernière grande répétition avant les Internationaux de France, ont eux la réputation de ne pas trop faire disperser de terre sur les courts, ce qui les rend également très rapides.

Avis nombreux, divers et contradictoires

Depuis 2001, en raison d’une nouvelle variété d’herbe semée, plus résistante au poids grandissant des joueurs, Wimbledon n’échappe pas de son côté à la contestation. Le jeu aurait été grandement ralenti sur les vertes pelouses du All England Club, où les serveurs-volleyeurs ne seraient plus «chez eux» face à l’armada de joueurs de fond de court qui pullulent désormais sur le gazon sacré.

Les organisateurs ont beau protester en indiquant que le nouveau gazon ne ralentirait la vitesse de la balle que de façon résiduelle, la polémique ne s’est pas éteinte, sachant qu’elle est difficilement arbitrable par le fait que les joueurs jouent tous désormais plus ou moins de la même manière en frappant fort du fond du court. En effet, c’est l’enseignement désormais dispensé dans tous les clubs du monde entier auprès des plus jeunes.

Sur les courts en dur, les avis sont donc encore plus nombreux, divers et contradictoires, comme lors des premiers jours de l’Open d’Australie, où il était difficile de détecter la vérité entre les différentes opinions. Pour Rafael Nadal, il n’y avait aucun doute: le central de Melbourne n’a jamais été aussi rapide que cette année. «Je ne comprends pas pourquoi ils ont créé des conditions aussi rapides», a-t-il protesté.

«Les courts sont peut-être un tout petit peu plus rapides que l’an dernier, mais pas dans les proportions qu’il semble indiquer», a souri Roger Federer. «Les courts sont exactement les mêmes que l’an passé, a tranché de son côté Andy Murray. Même vitesse, même balle.» «Pour moi, la vitesse est la même que celle de 2013, a confirmé Novak Djokovic. L’an dernier, c’était un peu plus rapide que l’année précédente.» Difficile, on le voit, de mettre tout le monde d’accord, preuve que le problème se situe peut-être davantage dans la tête des joueurs en fonction de leurs sensations du moment.

Petites et grandes variations

Il n’empêche, tous les courts en dur ne se valent effectivement pas dans l’absolu. Il existe de petites et de grandes variations entre eux, même s’ils sont globalement construits de la même manière.

Une plaque en béton est coulée et tapissée d’une matière élastique plus ou moins épaisse composée souvent de résidus de pneus ou de balles usagées, avant d’être recouverte d’une ou plusieurs couches d’une peinture acrylique à base de sable. Tout dépend ensuite de la quantité de sable contenue dans la peinture. Plus il y en a, plus la surface est ralentie —ce qui est le cas du Plexicushion par rapport au Decoturf.

«Les courts en dur les plus rapides sont peints avec un enduit contenant du sable rond permettant moins de friction et d’effet, souligne Stuart Miller, en charge de ces questions à la Fédération internationale de tennis. Les courts en dur les plus lents sont peints, eux, avec un enduit à base de sable anguleux, qui cause davantage de friction et d’effet

L'exception des tournois du Grand Chelem

En janvier 2008, une règle visant à restreindre les indices de vitesse de court autorisés pour les surfaces utilisées lors des rencontres de coupe Davis (à l'exception de la terre battue et du gazon) a été instaurée sous l’autorité du même Stuart Miller. Cette règle, dont l’objectif est d'empêcher que les nations-hôtes puissent se procurer un avantage trop important en choisissant une surface qui conviendrait trop exagérément aux points forts de leurs joueurs, a débouché sur une nomenclature des surfaces et sur la création d’un index chargé de déterminer la vitesse des courts.

Calculé par une machine placée au bord du court, cet index va de 0 (court le plus lent) à 100 (court le plus rapide). Ne sont acceptés en coupe Davis que les courts allant de 24 (terre battue) à 50 (gazon). «Mais les tournois du Grand Chelem n’adhèrent pas à cette méthode, souligne Stuart Miller. Ils calculent individuellement la vitesse de leur court; sans oublier qu’ils choisissent aussi leurs balles, qui influent également sur la vitesse de jeu.»

Car il y a aussi des balles lentes et des balles rapides —environ 150 modèles sont homologués par la Fédération internationale de tennis. En fonction du type de feutre, du diamètre et de la pression insufflée dans la balle, les sensations ressenties peuvent être complètement différentes. Ainsi les balles peuvent être plus ou moins vives et plus ou moins «molles».

La météo pèse aussi

On ajoutera aussi que la météo pèse grandement sur la vitesse du jeu. Plus le temps est sec et plus les balles volent. Plus le temps est à la pluie et plus les balles se gonflent d’humidité et deviennent plus lentes.

A Melbourne, c’est souvent un casse-tête chinois dans la mesure où le thermomètre peut s’affoler en quelques heures. Il est tout à fait possible de perdre 20 degrés en seulement deux heures dans une ville où l’expression «quatre saisons en un jour» est une réalité vraiment surprenante.

Sur le central de l'Open d'Australie, les sessions de nuit ont également l’habitude de ralentir les conditions de jeu en raison de la douceur nocturne qui contraste avec la canicule de l’après-midi. Le jeu «lent» y est de la sorte favorisé, puisque toutes les demi-finales et la finale masculine sont disputées à la lumière des projecteurs.

Yannick Cochennec

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