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Le gouvernement réussira-t-il à proposer le «sport pour tous»?

À Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, en décembre 2011. REUTERS/Eric Gaillard.

À Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes-Maritimes, en décembre 2011. REUTERS/Eric Gaillard.

Loin des grands évènements, c'est un des objectifs de la ministre des Sports Valérie Fourneyron, qui passe notamment par une réforme des financements et une démocratisation des instances. Rencontre.

Alors que l'attention médiatique est concentrée sur les grandes échéances sportives à venir, comme les Jeux olympiques de Sotchi, la Coupe du monde de football au Brésil puis l'organisation en France des prochains championnats d'Europe en 2016, de grands changements beaucoup plus discrets sont en cours dans le sport français.

Ceux-ci vont concerner directement les millions de Français qui font du sport chaque semaine et auxquels nous nous sommes récemment intéressés au travers d'une série de cartes sur la pratique du sport amateur, et répondent à un objectif: que toute la population ait accès à la pratique sportive, quel que soit son sexe, son âge ou encore le lieu d'habitation.

Mi-novembre, nous avons rencontré la ministre des Sports Valérie Fourneyron pour évoquer cet objectif du «sport pour tous», qu'elle réaffirme tous les jours depuis le début de son mandat et qui devrait se traduire dans le projet de loi de modernisation du sport français qui sera présenté en conseil des ministres d'ici l'été. Un an et demi après sa prise de fonction, où en est-on?

Valérie Fourneyron au Palais de l'Elysée, le 19 août 2013. REUTERS/Benoit Tessier.

Autant le dire tout de suite, l'objectif est lointain. En France, les femmes ont deux fois moins accès que les hommes à la pratique sportive dans les quartiers populaires et seules 20% des femmes qui pratiquent un sport le font dans un club. Les zones urbaines sensibles (ZUS) sont particulièrement sous-équipées en infrastructures sportives avec en moyenne seulement 20 équipements pour 10.000 habitants, contre 35 pour les aires urbaines qui les abritent.

En janvier 2013, la Cour des comptes déplorait dans son premier rapport sur le sport en France que les femmes, les handicapés et les habitants des ZUS restent trop éloignés de la pratique licenciée d'un sport. Valérie Fourneyron avait à l'époque salué le document et partagé les 19 recommandations qui l'accompagnaient. Elle confirme aujourd'hui encore ses constat et insiste sur le fait que «le sport ne peut pas être un luxe uniquement réservé à certains».

Dans cette optique, la ministre s'est attaquée à l'un des principaux chantiers identifiés par la Cour des comptes il y a un an: la réforme du Centre national de développement du sport (CNDS), véritable «tirelire du sport français» avec 272 millions d'euros de budget.

Réforme des critères des subventions

Le CNDS a pour «objectif essentiel de corriger les inégalités d’accès à la pratique sportive pour le plus grand nombre», à travers des subventions qu'il accorde aux clubs et associations d'une part (la «part territoriale») et des subventions destinées à contribuer au financement d’équipements sportifs de l'autre (la «part équipements»). Une mission mise à mal depuis quelque temps: en 2010, la ministre des Sports de l'époque, Roselyne Bachelot, annonçait que le CNDS allait participer à hauteur de 150 millions d'euros à la construction des grands stades en vue de l'Euro 2016.

A l'époque déjà, Valérie Fourneyron, alors vice-présidente du groupe socialiste chargée de la jeunesse et des sports à l'Assemblée nationale, avait estimé que «ce n'est pas au CNDS de financer des équipements qui ne serviront qu'au sport professionnel». Même discours du côté de la Cour des comptes, qui a recommandé dans son rapport de «mettre fin au subventionnement par le centre national pour le développement du sport des dispositifs sans lien avec le sport pour tous» en visant directement l'Euro 2016.

«Alors que le CNDS est fait pour lutter contre les inégalités d'accès à la pratique sportive, il y a eu énormément de moyens orientés vers les stades de l'Euro, les grands équipements et grandes compétitions aux dépend d'autres enveloppes, déplore aujourd'hui Valérie Fourneyron. On a donc décidé de recentrer l'établissement public.»

Résultat: le conseil d'administration du CNDS a adopté le 19 novembre dernier à l’unanimité une profonde réforme de ses critères de subventionnement. La réforme ne modifie pas les subventions déjà accordées pour les stades de l'Euro (160 millions d'euros au final), mais recentre dorénavant l'organisme sur le sport amateur. Elle entend aussi répondre aux problèmes du saupoudrage des subventions et des critères de répartition des crédits qui l'empêchaient d'avoir un réel impact en termes de réduction des inégalités.

Les aides territoriales seront désormais versées aux régions en fonction de critères comme le taux de pauvreté, la présence de ZUS, le taux de handicap et le nombre de licences féminines afin qu'elles répondent vraiment aux priorité du sport pour tous. Les subventions d'équipement seront quant à elles réservées exclusivement aux zones qui en ont le plus besoin, alors qu'elles étaient jusqu'à maintenant allouées suivant des critères trop compliqués qui ne remplissaient pas assez l'objectif de réduction des inégalités. En 2011, seules 35% des subventions ont été attribuées à des équipements situés dans des départements sous-dotés.

Pas encore de rapprochements de fédérations

Il n'y a pas qu'au sein du CNDS que le sport français connaît une certaine dispersion. Notre pays compte près de 120 fédérations agrées par le ministère des Sports, soit deux fois plus qu'en Allemagne, en Italie ou en Espagne. A-t-on vraiment besoin de deux fédérations de chien de traîneau ou de deux fédérations d'aïkido, sport qui plus est peu pratiqués?

La Cour des comptes avait là encore tranché: il faut «favoriser des rapprochements» entre fédérations «afin de permettre des mutualisations utiles». Plus facile à dire qu'à faire. Sur ce sujet, la ministre se montre moins volontariste et la réduction du nombre de fédérations se fait toujours attendre. «On a multiplié les fédérations dans certaines disciplines comme les sports de contact», concède tout juste Valérie Fourneyron, avant de promettre:

«Dans la loi de modernisation du sport, on va revoir l'agrément des fédérations. Certaines doivent sortir de la tutelle de l'Etat. Ce n'est pas parce qu'il y a une tutelle de l'Etat qu'il y a une mission de service public au rendez-vous.»

Le dirigeant sportif, un homme blanc d'âge très mûr

Autre point chaud concernant les fédérations, leur gouvernance. Le sujet a fait l'objet d'un rapport parlementaire rendu public en février 2012, préconisant «une plus grande transparence du mode de scrutin» pour «permettre le renouvellement des dirigeants ou l’apparition naturelle de nouveaux talents», ou encore une plus grande présence des femmes dans les instances dirigeantes.

A la même époque, un groupe de travail sur le même sujet du Comité national olympique et sportif français (CNOSF) rendait des conclusions similaires et préconisait de limiter à 70 ans l'âge auquel un candidat peut se présenter pour une présidence, d'interdire le cumul des mandats et de modifier le code du sport pour garantir la représentation des femmes.

Car le constat est là: le président de fédération sportive française est encore trop souvent un homme blanc d'âge très mûr qui en est à son énième mandat, et les modes de scrutin sont souvent opaques et trop favorables aux dirigeants en place. Près de deux ans après les deux rapports, rien ou presque n'a changé de ce point de vue, même si là encore Valérie Fourneyron promet des discussions imminentes:

«C'est un sujet que je veux aborder dans le cadre de la loi sur la modernisation du sport, mais avec les premiers concernés. Il y a cette responsabilité de la gouvernance du sport, elle doit être partagée avec le mouvement sportif. Il souhaite plus d'autonomie dans sa gouvernance, je dis chiche! [...] On a aujourd'hui des instances qui peuvent largement s'améliorer en termes de fonctionnement, de gouvernance démocratique, paritaire, de représentation des différentes familles. Ce n'est pas quelque chose que l'Etat imposera aux fédérations, mais qui doit impérativement être travaillé avec celles-ci.»

Comment rendre le sport féminin plus visible?

Du côté d'une meilleure représentation des femmes dans les instances, la situation a en revanche déjà commencé à évoluer. En 2010, il n'y avait que 5 femmes parmi les 121 présidents de fédération. Aujourd'hui, elles sont 14, dont une à la tête d'une fédération olympique (Isabelle Spennato-Lamour à la Fédération française d'escrime). La présence féminine a aussi augmenté sensiblement dans les comités directeurs et les bureaux des fédérations, et le volontarisme de Valérie Fourneyron sur la question ne fait pas de doutes:

«J'ai voulu qu'il y ait plus de femmes dans les responsabilités d'encadrement. Il n'y avait qu'une seule femme Directeur technique national (DTN) olympique, aujourd'hui il y en a trois (équitation, gymnastique et pentathlon moderne) et 7 DTN féminines au total. [...] Il faut saluer le travail de la Femix, association qui encourage les femmes ayant le parcours pour se retrouver en responsabilité mais qui ne franchissent pas le cap d'oser être candidates, qui a accompagné ces femmes vers les postes de DTN.»

Qu'en est-il au niveau des pratiquantes et des licenciées? «Il faut exiger un plan de féminisation pour chacune des fédérations à tous les niveaux», estime la ministre.

Pour le moment, seules dix fédérations ont défini un tel plan, qui concerne aussi bien la pratique sportive que l’encadrement, la formation et l’arbitrage. La Fédération française de football (FFF), qui partait pourtant de loin avec seulement 4% de licenciées féminines en 2011, a été l'une des plus actives dans ce domaine depuis quelques années.

«Le développement des pratiques féminines se joue à tous les niveaux» insiste la ministre, et notamment sur le terrain médiatique. Au début de l'année, une étude du CSA avait montré que les compétitions féminines ne représentaient que 7% de tout le sport montré à la télévision. «C'est du côté des coûts de production que cela bloque en général» estime Valérie Fourneyron, qui a décidé de s'attaque au problème de manière pragmatique en annonçant fin novembre la création d’un fonds de soutien d'un million d'euros pour que les fédérations sportives produisent plus d'images télévisuelles de sport féminin et de handisport.

Grégoire Fleurot

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