Economie

La croissance chinoise est de retour

Richard Arzt, mis à jour le 23.07.2009 à 17 h 15

Des analystes craignent le retour d'une bulle spéculative.

Par ces temps de crise économique mondiale, un pays qui affiche 7,9 % de croissance au second trimestre devrait pavoiser. Pas la Chine. Ce chiffre permet pourtant d'envisager un 8 % de croissance sur l'année 2009. En dessous de ce seuil, selon les dirigeants chinois, l'économie du pays connaitrait un fort chômage. Et puis, dans la tradition chinoise, le huit est un chiffre porte-bonheur. L'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin avait été fixée le 8 août 08.

Ces 8% de croissance seront «difficiles à atteindre» déclarait en mars le Premier ministre Wen Jiabao. Cela reste la version officielle. Le 16 juillet, l'annonce des 7,9% par Li Xiaochao, porte-parole du Bureau national des statistique, était enrobée de prudence: «les fondements de la reprise sont encore fragiles; le rétablissement n'est pas stabilisé; des facteurs d'incertitude et de volatilité affectent toujours le processus». Au premier trimestre 2009, le PIB chinois n'a crû que de 6,1%. Pour parvenir à 8% en fin d'année, il faut une croissance d'au moins 9% au second semestre.

En quelques années, les exportations ont permis à la Chine de devenir le pays au monde qui détient le plus de réserves monétaires: plus de 2.000 milliards de dollars. Fort de ce magot, alors que la crise commençait à ralentir les possibilités d'achat par les Occidentaux de produits chinois, Pékin a engagé en novembre 2008 un plan de relance considérable: 460 milliards de dollars en soutien à l'emploi et à la demande intérieure.

Reprise en main de la machine économique

Ce plan a provoqué, dans les instances dirigeantes du parti communistes, des débats dont certains éléments ont passé les murs de la Cité Interdite. Les conservateurs ont fustigé une politique d'ouverture qui a conduit la Chine a trop dépendre de l'étranger. L'aile la plus moderne a répliqué que la Chine n'a pas accompli trente ans de réformes pour revenir à une reprise en main des rouages économiques.

L'application du plan de relance relève plutôt des méthodes directives de l'Etat chinois: pour créer de l'activité et donc de l'emploi, chaque province, chaque ville, doit réaliser un montant d'investissements déterminé de routes, lignes de chemins de fer, métros, installations d'éoliennes etc. Les banques sont vivement encouragées à accorder des crédits en faveur de ces infrastructures mais aussi pour financer la construction et l'achat d'immobilier. Des baisses de taxes sont accordées à des industries en difficultés et des bons d'achats sont distribués aux habitants de régions pauvres pour les aider à s'équiper en électroménager ou en voitures de petites cylindrées.

Ce dopage de l'économie chinoise est évidemment pour beaucoup dans les 7,9 % de croissance du PIB au trimestre dernier. Mais il provoque à son tour des critiques. «Les fonds publics et les prêts sont largement dirigés vers les grandes entreprises d'Etat. On néglige les PME», regrette Tan Yaling, une économiste au département international de la Bank of China.

Autre point de vue chez des chercheurs de l'Université Beida, à Pékin. Ils estiment que, dans le secteur privé, les services ont contribué pour près d'un tiers à la remontée de la croissance: «Le tertiaire se porte bien sans avoir besoin du plan de relance, le gouvernement injecte trop d'argent dans les circuits économiques».

De retour au pays de la bulle

Une crainte se répand à propos de l'immobilier. Il suffit de parcourir le centre des grandes villes pour constater que nombre d'appartements sont inoccupés. «La Chine est de retour au pays de la bulle», titrait le Financial Times du 17 juillet. Sans aller jusqu'à l'écrire, certains journalistes chinois souhaitent que le contrôle gouvernemental sur le système bancaire permette d'enrayer d'urgence l'apparition de créances douteuses.

Dans un pays où aucune opposition organisée n'est autorisée, les mises en causes du plan de relance ne sortent pas des cercles d'experts et d'intellectuels. Mais les 8% de croissance fin 2009 semblent tout juste crédible aux yeux des Chinois. Ils sont 51,6% à estimer possible cet objectif, selon un sondage publié par l'agence officielle Chine nouvelle. 30,7 % n'y croient pas et 17,5 % ne se prononcent pas.

L'impression se renforce cependant en Chine que le salut économique du pays viendra de son marché intérieur. Les autorités — tout en se défendant de faire du protectionnisme — appellent à «acheter chinois». Et au-delà des chiffres trimestriels de croissance, les économistes chinois sont persuadés que leur pays sortira renforcé de la crise. De prochaines évaluations internationales de PNB devraient confirmer que le la Chine dépasse désormais le Japon et qu'elle est donc devenue la deuxième économie du monde, derrière les Etats-Unis.

Richard Arzt

(Photo: Un investisseur à la bourse de Taiyuan le 20 juillet 2009, Reuters)

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