France

Chômage: ne parlez plus d’«inversion», dites «stabilisation»

Gilles Bridier, mis à jour le 15.01.2014 à 10 h 10

Le gouvernement n’est pas parvenu à inverser la courbe du chômage à la fin 2013, et François Hollande en a pris acte au cours de sa conférence de presse. Les perspectives de croissance reportent cette inversion au-delà du premier semestre 2014.

Près de Gandrange, en Moselle. REUTERS/Vincent Kessler.

Près de Gandrange, en Moselle. REUTERS/Vincent Kessler.

«La crise a été sous-estimée, y compris par nous-mêmes»: en faisant ainsi amende honorable dès l’introduction de sa conférence de presse du 14 janvier, François Hollande préparait un glissement sémantique à propos de la bataille pour l’emploi. Une façon d’expliquer, en creux, pourquoi l’objectif ressassé tout au long de l’année dernière et présenté comme la priorité des priorités n’aura pas été tenu.

Oubliée, la fameuse «inversion de la courbe du chômage» projetée pour la fin 2013, réaffirmée encore en décembre, et que le ministre du Travail et de l’Emploi Michel Sapin voyait s’amorcer à la lecture des statistiques de l’emploi de novembre, en dépit des mauvais chiffres. «Nous n’avons pas encore gagné la bataille de l’emploi», a convenu cette fois le chef de l’Etat, qui n’a pu que constater une «stabilisation du chômage» comme résultat des actions entreprises par le gouvernement.

Pour un reflux du chômage, seule «une tendance se dessine», a-t-il commenté, ce qui laisse supposer que les statistiques de décembre sur le nombre de demandeurs d’emplois ne réserveront pas de bonne surprise. Et c’est aussi parce que l’objectif n’est pas atteint que François Hollande a décidé «d’accélérer» la réforme de l’économie en présentant un «pacte de responsabilité» fondé sur une politique de l’offre. En clair, stimuler la production et l’activité en allégeant les charges des entreprises afin, en contrepartie, qu’elles créent des emplois.

Croissance anémique début 2014

Car la lutte contre le chômage reste un objectif prioritaire. Mais ce n’est pas parce qu’il tend la main aux entreprises, promet la fin des cotisations familiales ainsi que la simplification fiscale et s’engage à réduire la dépense publique (de 50 milliards d’euros supplémentaires entre 2015 et 2017) pour pouvoir alléger la pression fiscale, que l’emploi va redémarrer comme par enchantement. Le taux de chômage, de 10,9% fin 2013, est encore attendu à 11% à la fin du semestre.

Le dernier trimestre 2013, avec 0,4% de croissance selon l’Insee, aura fait un peu oublier la déconfiture du troisième trimestre. La Banque de France estime même que l’année se sera terminée sur une croissance trimestrielle de 0,5%. Pas de quoi pavoiser mais, après tant de déconvenues, on s’en contente.

Toutefois, le début de l’année 2014 devrait se solder par une croissance anémique, réduite selon l’Insee à 0,2% au premier trimestre comme au deuxième. Un tassement de la consommation devrait être notamment à l’origine de cet essoufflement.

François Hollande a beau vouloir refuser que la France soit le wagon de queue du train de la reprise, la croissance au premier semestre y sera loin derrière celle des pays phares de l’OCDE, à commencer par les Etats-Unis et l’Allemagne. C’est d’ailleurs une constante à l’occasion de toutes les crises: la France est moins vite touchée grâce à ses amortisseurs économiques, mais se redresse plus lentement à cause des inerties inhérentes à son système.

Dans ces conditions, inutile d’espérer un rebond spectaculaire de l’emploi au premier semestre. Les plans sociaux, dont les annonces s’accumulent, de La Redoute à Gad en passant par Fagor et Mory Ducros après PSA et Air France, sans parler des entreprises moins médiatisées et des ruptures conventionnelles qui se multiplient dans les petites et moyennes entreprises, vont devoir être digérés.

Dans la construction, la baisse du nombre des mises en chantier en 2013, au deuxième semestre, va se traduire par une baisse de production au premier semestre 2014, préjudiciable pour l’emploi. Or, l’adage s’est toujours vérifié: le bâtiment est symbolique de la santé économique d’un pays.

Un deuxième semestre plus dynamique

Mais l’horizon devrait s’éclaircir à la fin du semestre. L’OCDE le laisse supposer, qui voit une «inflexion positive» de la croissance se profiler pour France comme pour l’ensemble de la zone euro. Et si aucun institut ne remet en question la prévision de croissance de 0,9% sur laquelle le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a bâti le budget de 2014, c’est que le second semestre devrait être meilleur que le premier.

C’est la tendance à laquelle se réfère François Hollande, soutenue par le contexte européen. Et à partir de ce moment, si la croissance dépasse la barre de 1%, l’inflexion de la courbe du chômage pourrait devenir réalité. Déjà l’intérim, considéré comme un indicateur avancé de l’économie, reprend un peu de couleurs.

Mais pour gagner cette bataille de l’emploi, aussi bien en faveur des jeunes (pour qui l’inflexion est déjà sensible) que pour les seniors (toujours plus nombreux à Pole Emploi), il faudra que le chef de l’Etat soit soutenu par une majorité qui permette au gouvernement d’appliquer les mesures du pacte de responsabilité avec les entreprises, «sans lesquelles il ne peut y avoir de créations d’emplois dans la durée», a-t-il insisté hier en visant notamment les PME.

Les patrons auront apprécié. Mais à gauche, la réduction annoncée de la dépense publique de 50 milliards d’euros entre 2015 et 2017 aura du mal à passer alors que dans le même temps, les entreprises devraient bénéficier d’une baisse de 30 milliards de leurs charges pour restaurer leur compétitivité, relancer leurs investissements et, par là, réembaucher. 

Le virage sera difficile à négocier pour les socialistes qui ne se seront pas convertis, comme François Hollande, à la social-démocratie.

Gilles Bridier

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