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Jour de colère: l'alliance des poussettes, des bonnets rouges et de la quenelle

REUTERS/Fabrizio Bensch

REUTERS/Fabrizio Bensch

L'anti-hollandisme est un ciment puissant: une manifestation totalement hétéroclite est prévue à Paris le 26 janvier.

L'année 2014 commence comme une suite logique de 2013.

Après une année de colères anti-système –la Manif pour tous, les bonnets rouges, la dieudosphère– un mystérieux collectif organise le 26 janvier un «Jour de colère», une manifestation à Paris censée «coaguler» tous les mouvements se réclamant de l’anti-hollandisme.

Le manifeste du mouvement ratisse large:

«Nous avons tous au moins une raison d’être en colère contre ce gouvernement qui:

N’écoute pas le peuple
Matraque les contribuables
Affame nos paysans
Enterre notre armée
Libère les délinquants
Déboussole nos enfants
Pervertit notre système scolaire
Réduit nos libertés
Assassine notre identité
Détruit nos familles»

Au-delà du texte, c’est surtout le générique qui laisse songeur. La liste des collectifs qui ont rejoint le mouvement est sans fin. On y trouve la frange la plus radicale des manifestants contre le mariage pour tous, rassemblés sous diverses bannières: Collectif Pour l’Enfant, Hommen, Les Gavroches ou les écolos (!) des Enfants des terreaux. Les pages Facebook de «résistance» contre la «dictature» Hollande sont aussi bien représentées: Hollande Dégage, Hollande m’a tué, Génération Résistante.

Les artisans albigeois et les fans de Gbagbo

On trouve également de nombreux collectifs identitaires: Nationalité-Citoyenneté-Identité, La Ligue francilienne, Le Réseau-Identités. Logiquement suivis de près par des mouvements ouvertement anti-islam: Comité de Lépante, Reconquête républicaine. Les intégristes chrétiens anti-IVG sont aussi de la partie: Civitas, SOS Tout-petits.

Contre le mariage pour tous, contre l’islam, mais aussi contre la fiscalité. Les Bonnets rouges canal historique ont annoncé qu'ils ne participeront pas à la manifestation, mais des franchises locales (non affiliées à la maison mère) ont rejoint le mouvement, à l’image des Bonnets rouges 69 et des Bonnets rouges picards. Le front du ras-le-bol fiscal est large: les artisans albigeois du collectif Les Citrons facilement exploitables, les Bonnets rouges frontaliers, des travailleurs français en Suisse et le MLPS, mouvement qui milite pour que les citoyens sortent de la sécurité sociale.

Restent quelques revendications sectorielles, comme la réforme des rythmes scolaires, brocardée par les Bonnets blancs. D’autres combats paraissent moins évidents, comme celui du CRI-Panafricain qui demande le retour de Laurent Gbagbo à la tête de la Côte d’Ivoire. En l’espèce, l’association des riverains de la rue du Cirque aurait été plus légitime.

Dieudonné, le soutien qui fâche

Cet inventaire de la révolte de droite ne serait pas complet sans le soutien de Dieudonné. L’humoriste a appelé, d’un statut Facebook, ses troupes à rejoindre le mouvement.

 

«Ne vous fiez pas aux rumeurs comme quoi la manif serait anti islam ! c'est faux!», ajoute-t-il, n’ayant visiblement pas lu l’ensemble de la liste des soutiens de la manif.

Le soutien de Dieudonné ne plaît que modérément aux laïcards anti-islam de Riposte laïque, et le Jour de colère se craquelle déjà:

«Il est impensable que les soutiens antisémites pro-islam de Dieudonné manifestent à nos côtés avec barbus et femmes voilées.»

Difficile de dire si cette manifestation, qui est loin d’avoir la logistique de la Manif pour tous, aura un quelconque succès, mais cette coagulation des luttes ne peut qu’inquiéter le gouvernement. L’anti-hollandisme semble un ciment assez puissant pour fédérer des revendications hétéroclites. Jour de colère est le mix entre les Bonnets rouges, les Geonpi et la Manif pour tous, mâtiné de la quenelle de Dieudonné.

Couleurs de bonnets et métaphores animalières

Les Bonnets rouges, en réunissant patrons, syndicalistes, agriculteurs et régionalistes, ont ouvert la voie à une nouvelle forme de mobilisation: on n’a pas le même maillot, mais on a la même passion, faire reculer le gouvernement. Jour de colère revendique cette filiation:

«A l’exemple des Bretons, des ponts sont franchis et les barrières sautent. Patrons de PME et syndicalistes défilaient main dans la main pour sauvegarder leurs intérêts communs.»

L’interminable liste des collectifs participant à la manif’ est la conséquence du nouveau militantisme impulsé par les Geonpi et la Manif pour tous. Trois personnes en colère dans un bar suffisent à lancer un mouvement, pourvu que la page Facebook créée dans la foulée ait un nom efficace.

Les Geonpi ont inventé la métaphore animalière pour attirer l'oeil des médias. La Manif pour tous et son cousin rebelle du Printemps français ont eux lancé une série de concepts morts-nés, couplant page Facebook et action de terrain: Le Camping pour tous, Hommen, Antigone, Les Sentinelles, Prisonnier Politique…

Une manif... anonyme

Le collectif Jour de colère a préféré rester anonyme, même si l’on perçoit entre les lignes une grande proximité avec Hollande-démission, célèbre pour son avion qui a sillonné les plages cet été. Le collectif appelle les manifestants à poster des photos de soutien, elles aussi anonymes, sur sa page Facebook. Et il n'y a pas que François qui prend sa quenelle.

Le choix de l’anonymat, d’une mouvance sans leader, sans organisation politique, marque l'avènement de cette nouvelle société civile sur Internet qui «J’aime» beaucoup sur Facebook, mais qui se fonde sur sa détestation de Hollande et du système en général. Derrière les montages Photoshop anti-Flanby s’esquisse une sorte de Tea Party à la française.

Toutes ces pages Facebook d’opposition sont soudées par une même défense de la liberté d’expression, qui devient curieusement une notion de droite, pour ne pas dire d’extrême droite. Le fossé entre la parole médiatique corsetée et ces gazettes d’opposition débridées accrédite l’idée d’un peuple bâillonné, d’une «dictature socialiste».

La nouvelle donne médiatique a accouché d’une nouvelle donne politique, et l’UMP semble complètement perdue face à ce peuple de droite qui prend le maquis numérique. Y compris avec des fautes d’orthographe, comme ce collectif: Tous ensemble contre l’Ecotax. Demain, tous ensemble contre Holland?

Vincent Glad

Edit: cet article a été mis à jour le 16 janvier à 12h30 pour rajouter l'annonce par le mouvement officiel des bonnets rouge qu'ils ne participeront pas à la manifestation.

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