Economie

La France retourne à la mine

Hélène Ferrarini, mis à jour le 19.01.2014 à 13 h 13

Alors que personne n'a fouillé le sous-sol métropolitain depuis plus de vingt ans, comment expliquer ce regain d'intérêt de la part des opérateurs miniers?

Un mineur au Mexique. REUTERS/Daniel Becerril

Un mineur au Mexique. REUTERS/Daniel Becerril

La France pourrait redevenir une terre de mines. Deux permis miniers ont été récemment accordés sur le sol métropolitain. Une première depuis plus de vingt ans. Le premier, délivré en juin 2013, dit permis de Tennie, autorise la société Variscan Mines à faire des recherches sur 205 km2 dans quinze communes de la Sarthe et deux de Mayenne. Objectif: y trouver du cuivre, du plomb, du zinc, de l'or et de l'argent. Le deuxième permis, dit de Villeranges, concerne sept communes de la Creuse. La société Cominor y cherche de l'or, de l'argent, du cuivre, du zinc, de l'étain, de l'antimoine et du tungstène.

Il s'agit de permis exclusifs de recherches, permettant aux entreprises qui en sont titulaires de sonder le sous-sol, avant une possible exploitation minière si les recherches s'avèrent fructueuses. Des travaux préalables qui prennent un certain temps, puisque si mine il y a, ce ne sera pas avant 2020. Mais ces deux permis sont le signe d'un retour de l'industrie minière en France métropolitaine. Outre-mer, des exploitations existent déjà, notamment de nickel en Nouvelle-Calédonie et d'or en Guyane.

Le deuxième permis a d'ailleurs été perçu comme un feu vert par les entrepreneurs miniers. Pour Jean-Claude Guillaneau, directeur des Géoressources au BRGM (Bureau des Recherches Géologiques et Minières), «une douzaine de demandes de permis aurait été déposée à ce jour. Les entrepreneurs attendaient de voir si un deuxième permis serait signé, pour s'assurer que le premier permis n'était pas une erreur de parcours». Ce fut chose faite fin novembre avec le permis de Villeranges, accompagné d'une confirmation de l'intérêt porté par Arnaud Montebourg au développement de telles activités.

«La politique minière engagée par le ministre du Redressement productif, qui est réaffirmée par ce second permis de recherches minières en métropole, ouvre d'importantes perspectives de croissance pour les territoires, en garantissant des investissements dans des activités à fort potentiel technologique, la création d'emplois et une meilleure valorisation des ressources naturelles de notre pays.»

Un renouveau minier bien vu par le ministère, qui le traduit en nombre d'emplois. Comptez entre 100 et 300 salariés pour une mine.

Une histoire de petits métaux

Mais, alors que personne n'a fouillé le sous-sol métropolitain depuis plus de vingt ans, comment expliquer ce regain d'intérêt de la part des opérateurs miniers? Une explication de taille est à chercher du côté des «petits métaux». Michel Bonnemaison, directeur général de Variscan Mines, la société qui a obtenu le permis de Tennie:

«Ce sont ces petits métaux qui ont changé la donne. Ces métaux dit high-tech ne viennent pas seuls, ils sont associés aux métaux de base. Il y a une trentaine d'année, dans une mine de zinc, par exemple, on exploitait seulement le zinc. Aujourd'hui, on recherche aussi ces petits métaux qui peuvent jouer un rôle dans la rentabilité d'une exploitation, alors qu'ils n'étaient pas utilisés à l'époque. Si on joint à cela la hausse globale des prix des métaux, cela devient rentable.»

L'antimoine ou le tungstène, qui appartiennent à ces métaux high-tech, sont ainsi recherchés par la société Cominor dans la Creuse. Ces petits métaux sont aussi qualifiés de stratégiques ou de critiques car leur chaîne d'approvisionnement est menacée en Europe. Or leurs propriétés catalytiques, électriques, magnétiques, chimiques ou encore optiques en font des matériaux indispensables pour certaines filières de l'économie. La question de la sécurisation de leur approvisionnement est donc sensible.

«On peut envisager une évolution des modes de financements: des utilisateurs de ces métaux sont prêts à financer en avance des projets miniers pour sécuriser leur approvisionnement.»

Des contrats offtake[1] qui pourraient encourager les projets miniers pour lesquels les investissements se comptent en dizaine de millions d'euros, commente Michel Bonnemaison.

Alors que la France dépend aujourd'hui de l'importation pour son approvisionnement, elle disposerait dans ses sous-sols de ressources, principalement dans ses vieux massifs que sont le Massif armoricain et le Massif central, mais aussi dans les Vosges et les Pyrénées. Pour le directeur de Variscan Mines, qui a à ce jour déposé huit autres demandes de permis, «il existe un bon potentiel minier en France, puisque c'est en quelque sorte un terrain vierge: on n'y a pas cherché pendant 30 ans».

Toutefois, «en France, nous n'avons pas de gisement de classe mondiale, sauf découverte de gisements cachés, profonds», précise Jean-Claude Guillaneau du BRGM. Mais des gisements d'envergure européenne existeraient. Le BRGM dispose d'un inventaire partiel du sous-sol français. Effectué dans les années 1970-1985, il couvre 60% des zones considérées par les géologues comme étant les plus intéressantes à ce sujet. De plus, le Bureau de Recherches travaille aujourd'hui sur des zones cibles.

Une mine d'emplois?

A ce potentiel minier s'ajoute un contexte géopolitique.

«La mine nécessite de gros investissements, alors les entreprises hésitent de plus en plus à en faire dans des pays à hauts risques politiques, explique Michel Bonnemaison. On assiste à un repli de certaines sociétés, qui jouaient auparavant des coups de poker, mais qui se recentrent aujourd'hui sur des pays stables.»

Quitte à devoir se soumettre à une règlementation plus importante.

«Le handicap en France, c'est la lenteur administrative. Le manque d'éducation joue également un rôle. Les mines évoquent les gueules noires, Germinal... Mais aujourd'hui, on ne travaille plus de la même manière: cette image est à changer», plaide le directeur de Variscan Mines, qui décrit des exploitations de taille moyenne où la plupart du travail s'effectuerait de manière souterraine.

Les récents projets miniers rencontrent effectivement des réticences. Lors des consultations du public dans les zones concernées, la majorité des avis était défavorable. Dans la Sarthe, où les habitants gardent à l'esprit les pollutions engendrées par une ancienne mine, 85% des avis étaient en défaveur de l'octroi du permis de recherche.

Quant à l'emploi, les conséquences d'un renouveau minier sont à nuancer. «En France, il n'y a pratiquement plus d'acteurs, c'est une filière qui a disparu. Un seul gisement justifie peu une fonderie. Par contre, l'exploitation de plusieurs gisements pourrait entraîner la création d'une filière. Ouvrir des mines, c'est permettre de redémarrer une filière», dit Michel Bonnemaison. La société, basée à Orléans, est une filiale du groupe australien PlatSearch. Quant à Cominor qui mène les recherches dans la Creuse, c'est une filiale de La Mancha, un producteur d'or originaire du Canada, racheté par Naguib Sawiris, un magnat égyptien des télécoms, apprend-on dans Les Echos.

Michel Bonnemaison assure que «d'autres sociétés vont s'installer en 2014. La politique volontariste d'Arnaud Montebourg commence à porter ses fruits». Loin d'être une bizzarerie, le permis de Tennie pourrait bien n'être que le début d'une série: d'autres permis devraient être délivrés dans les mois à venir.

Hélène Ferrarini

[1] Un contrat par lequel l'acheteur s'oblige par avance à acheter un certain volume de production. Retourner à l'article

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Journaliste
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