Que serait l'affaire Halimi sans Sarkozy?
Le Président joue un rôle à la fois discret et de premier plan dans cette affaire qui lui tient à coeur.
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Le procureur général de Paris, Laurent Le Mesle, s'en cache à peine: oui, l'ordre de faire appel du verdict du procès de gang dit des «barbares» est venu d'en haut. Le timing de cette matinée du 13 juillet ne prévoyait, d'ailleurs, aucune concertation préalable. Quelques dizaines de minutes après le coup de fil du directeur des affaires criminelles et des grâces de la place Vendôme à son collègue du Parquet, la ministre de la Justice annonçait à la sortie du conseil des ministres sa décision de demander «au procureur général de faire des condamnations inférieures aux réquisitions de l'avocat général». Une décision qui a ouvert la voie à un nouveau procès. Dans la foulée, les avocats de «Yalda», la jeune femme appât, et du principal accusé Youssouf Fofana, ont également annoncé qu'ils faisaient appel. Dans quelques mois, le second procès réunira donc le «gang des barbares» quasiment au grand complet.
Accusée d'exercer une pression politique par les avocats de la défense et certains magistrats, Michèle Alliot-Marie a été en revanche chaudement remerciée par les organisations représentant la communauté juive de France. Pour les parties civiles, notamment la famille Halimi, sa décision a été vécue comme un véritable soulagement après un premier verdict jugé trop indulgent à l'égard des principaux complices de Fofana. «Merci, merci, Madame Alliot-Marie!» scandait de bon cœur la petite foule réunie à l'appel des institutions juives, lundi 13 février au soir, devant le ministère de la Justice.
Beacoup de points examinés trop vite à l'audience
Mais est-ce bien MAM qu'il fallait remercier de ce revirement? «Quand, en France, le garde des Sceaux prend une décision spectaculaire, on tourne généralement ses regards vers l'Elysée», rappelle Sylvie-Pierre Brossolette du Point. Surtout lorsque son occupant s'appelle Nicolas Sarkozy. Est-ce que Michèle Alliot-Marie a agi sous la pression de ce dernier? «La réponse à la question est oui», tranche l'éditorialiste du Point, avant de raconter la petite l'histoire d'une pression amicale mais ferme: «Dès le 13 juillet, ayant suivi les déclarations du week-end puis écouté son conseiller pour la justice, Patrick Ouart, le chef de l'Etat a pris la mesure de la polémique qui enflait dangereusement. Il a estimé, en outre, que beaucoup de points avaient été examinés trop vite à l'audience et étaient à revoir. Il a donc tranché, sans plus attendre, en faveur d'une procédure d'appel. (...) Bien sûr, MAM, soucieuse de protéger l'indépendance de son action, affirme avoir agi en toute autonomie. Elle vient d'arriver à la Chancellerie et tient à assumer son geste, malgré les critiques. Mais c'est bien à la demande du Président, même si c'est en total accord avec lui, qu'elle a fait interjeter appel. Le président, personnellement ému par l'affaire, lui a glissé un mot lors du conseil des ministres du lundi 13 juillet».
En fait, rarement une affaire criminelle aura tant mobilisé Nicolas Sarkozy. Cela va faire plus de trois ans et demi que l'homme, qu'il soit ministre de l'Intérieur ou Président de la République, ne «lâche» pas l'histoire dramatique d'Ilan Halimi, intervenant à plusieurs niveaux pour peser sur une affaire qui lui tient visiblement à cœur. A l'époque, c'était son grand rival, Dominique de Villepin, alors Premier ministre qui, lors du dîner annuel du CRIF, a annoncé à la communauté juive que la circonstance aggravante d'antisémitisme a été retenue dans ce dossier. Nous sommes le 20 février 2006, une semaine après la découverte du corps agonisant du jeune homme le long d'un chemin de fer en région parisienne. Sept jours, longs comme une éternité pour la famille et les proches d'Ilan Halimi, pendant lesquels magistrats et policiers nient ou, au mieux, évitent de soulever la question de l'antisémitisme de la bande.
Mais lorsque le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy semble prendre les choses en main, ce n'est plus le même son de cloche. «C'est de l'antisémitisme par amalgame», explique-t-il d'abord aux députés de l'Assemblée nationale avant de recevoir place Beauvau, le 21 février 2006, une délégation du CRIF et la mère de la victime. Le ministre de l'Intérieur n'y va pas par quatre chemins: il affirme devant eux sa conviction que cette affaire comporte une dimension antisémite et s'énerve contre les tergiversations de ses subordonnés. Pour la première fois, il évoque aussi «l'échec» de la police et va même jusqu'à promettre des sanctions «en temps voulu» contre certains des responsables.
Trouver les mots
Son franc-parler met du baume sur le cœur meurtri des membres de la famille d'Ilan Halimi; au-delà, Nicolas Sarkozy ne manque pas de rassurer une communauté dont les membres avaient fini par se persuader que les autorités voulaient occulter l'aspect antisémite de l'assassinat. «On aurait dû prendre cette affaire directement en charge», a regretté, sous couvert d'anonymat, un membre du cabinet du ministre de l'Intérieur quelques mois plus tard. Toujours est-il que Nicolas Sarkozy aura réussi à «déminer» deux questions explosives, qui agitent violemment jusqu'à aujourd'hui l'opinion publique — celle de l'antisémitisme et du travail des policiers. Vis-à-vis de ces derniers, il trouvera également les mots qui permettront aux policiers de la Brigade criminelle de commencer à faire, eux-aussi, le deuil d'une affaire qui les aura affectés comme aucune autre: «Je sais que vous avez eu énormément de succès et je sais que les rares échecs que vous avez eus vous ont profondément marqués», dit-il lors d'une visite au 36 quai des Orfèvres. «Et je veux parler d'Ilan Halimi. Aucun d'entre vous ne doit s'en vouloir. Mais je vous demande de travailler non pas sur vos succès, mais sur les échecs, pour que jamais ça ne se reproduise et que, pour toujours, on anticipe la capacité d'adaptation des criminels pour être toujours meilleurs».
Elu président, Nicolas Sarkozy continue de suivre l'affaire par l'intermédiaire de son conseiller à la justice, ou directement avec Richard Prasquier, qui a succédé à Roger Cukierman la tête du CRIF. Dans un entretien à Mediapart, l'actuel patron du CRIF dément toute «pression», mais confirme avoir remonté «l'émotion» de la communauté juive jusqu'à l'Elysée dès les réquisitions de l'avocat général. «Je voulais que l'Elysée comprenne bien, encore une fois, que ce procès ne devait pas devenir celui de Fofana seulement», explique Richard Prasquier.
Effacer Jospin
Pour les détracteurs de Nicolas Sarkozy — et ils sont nombreux dans le domaine de la justice — cette attitude relève de sa stratégie d'instrumentalisation des faits divers sordides à des fins politiques, voire populistes. Affaire Colonna, pédophiles récidivistes, tueurs en série... L'actuel chef de l'Etat n'a jamais caché ses opinions en la matière: «Les droits de l'homme, pour moi, ce sont avant tout les droits de la victime», a-t-il l'habitude de dire. Pour d'autres critiques, beaucoup moins avouables, cela illustre une fois de plus le poids du «lobby juif» dans les affaires en France.
Toujours est-il que, pour les représentants de la communauté juive, Sarkozy est devenu un allié, un ami même. «Rarement un président français se sera autant engagé dans une affaire juive», dit-on au sein d'une population qui a toujours du mal à se remettre de l'attitude du gouvernement de Lionel Jospin qui, au plus haut de l'augmentation des actes antisémites en France (2001-2002), avait demandé aux institutions juives de faire profil bas «pour ne pas mettre de l'huile sur le feu».
Alexandre Lévy
(Image de une: manifestation devant le ministère de la Justice le 13 juillet. Mal Langsdon / Reuters)
Mis à jour le 23/07/2009 à 17h15














































«Rarement un président français se sera autant engagé dans une affaire juive» Il ne s'agit pas d'une affaire juive, mais d'une affaire qui concerne toute la communauté nationale (d'ailleurs en photo les manifestants ne brandissaient rien d'autre que le drapeau tricolore). Quand on est soucieux de l'indépendance de la justice, de séparation des pouvoirs on ne peut guère se réjouir de l'interventionnisme personnel d'un président de la République.
Il faudra quand même qu'on nous explique un jour pourquoi tuer ou torturer un juif serait plus grave que tuer ou torturer n'importe qui. Un individu qui fait cela, même sur un nonjuif, a toujours une "motivation" personnelle spéciale difficile à défendre par un pékin moyen. Un homme peut ne pas aimer les noirs, les femmes, les gros, les maigres, une personne ayant une tête particulière, les riches, les pauvres, les catholiques ou les juifs. Emile Louis a pris seulement 30 ans pour avoir torturé, violé et tué entre 5 et 10 femmes dont même sa pauvre fille et personne n'a trouvé que c'était pas assez. Aurait-il pris plus s'il avait fait une victime juive et dit une fois qu'il n'aimait pas les juifs ? Cette insistance des associations juives à vouloir faire payer plus pour un crime contre un juif est incompréhensible. Un homme c'est avant tout un homme avant d'être un juif.
Oui c’est plus grave pour la société lorsqu’un crime est perpétré pour tuer quelqu’un pour ce qu’il représente plutôt que de tuer quelqu’un par hasard ou pour une raison liée à la personne elle même. Raison 1 : Parce que le meurtre s’inscrit dans une logique de récidive du tueur en série. Pourquoi tuer un seul juif pourquoi pas plusieurs ? Raison 2 : Ce crime pose le problème de l’idéodologie dans laquelle baignent les criminels et de leur environnement. On n’est pas antisémite, raciste tout seul. Vous écrivez « un individu qui fait cela » mais vous n’avez peut-être pas saisi que le procès a concerné 26 inculpés. Ainsi 2 des prévenus ont eu des circonstances aggravées pour antisémitisme. Mais ils ont bénéficié de la complicité de plus de 20 personnes et de la passivité d’encore plus de gens. Voilà en quoi ce crime peut-être le signe de la perméabilité de quartiers à des idéologies dangereuses pour la société dans son ensemble. Il ne s’agit pas ici comme vous l’écrivez d’aimer ou de ne pas aimer mais de torturer et tuer, vous vous trompez de registre.
Vous citez d’autres populations : les noirs, il y a aggravation de la peine lorsque le racisme est avéré. Vous reprochez à la communauté juive d’être sensible aux crimes antisémites ! Mais a-t-on reprocher aux femmes d’un quartier de Londres d’avoir peur lorsqu’on a su qu’un tueur assassiné des femmes la nuit tombée ? Peut-on leur reprocher leur vigilance ? Après le XX ème siècle comment ne pas partager leur inquiétude ? Les associations juives demandent un procès public et que les complicités ne soient pas escamotées. Leur action reste dans le cadre démocratique et bénéficie de l’appui de la famille de la victime. Elles sont dans leur rôle.
Quant à Emile Louis, on est devant un tueur en série agissant seul (peut-être avec la passivité de proches terrorisés). Le scandale de l’affaire est dans le silence des institutions pendant des dizaines d’années. La disparition de pensionnaires n’a pas entraîné d’alerte forte auprès de la police ou gendarmerie. Les responsables de ces maisons d’accueil d’handicapés ont failli et auraient du être poursuivi.
Faire semblant de ne pas comprendre pourquoi le racisme et/ou l'antisémitisme sont des circonstances aggravantes d'un délit c'est inquiétant.
Très inquiétant.
Ce qui est "plus grave" ce n'est pas de tuer un juif, c'est de tuer parce que il est juif.
Ca va comme ça? Vous avez compris maintenant, Monsieur JBoss?
On ne parle pas d'un délit, on parle d'un crime. On tourne autour du pot mais les associations juives veulent bien nous dire "c'est plus grave de tuer un homme parce qu'il est juif que s'il ne l'est pas". Moi je dis que c'est très grave de tuer un homme, quelle qu'en soit la raison. Le crime de Fofana, c'est d'avoir tué. Emile Louis n'a tué que des filles socialement fragiles n'a pas eu d'aggravation de peine pour cela et personne d'ailleurs n'a dit alors que la peine était trop légère.
Votre raison 1 ne répond pas à ma question ("Pourquoi est-ce plus grave de tuer un juif que de tuer un non juif ?"). Quand un tueur tue c'est toujours "tuer quelqu’un pour ce qu’il représente". On peut se dire que celui qui tue un individu juif parce qu'il est juif pourrait en tuer d'autres mais là cela n'a pas été le cas. Pour moi un juif est un homme avant d'être un juif et la loi défend les hommes, les êtres humains. Chaque tueur a un problème avec la valeur de la vie et une raison bien à lui de tuer, l'antisémitisme peut être une de ces raisons, mais cela ne justifie pas une condamnation plus forte, le crime commis c'est meurtre c'est pas "meurtre d'un juif". Si on commence à faire des différences en fonction de la religion des gens, on va devoir adapter la justice à tous les cas.
Quant à votre raison 2, elle ne répond pas ma question non plus. Il n'est pas interdit d'être antisémite ou raciste, il est interdit de le manifester avec excès. On ne peut pas imposer à une citée remplie de musulmans de ne pas être antisémite.
La gesticulation des associations juives a simplement pour objectif de mettre la pression sur les politiques pour qu'ils influencent la justice, ce que décrit assez bien cet article. L'état est au dessus des religions depuis 1905 et n'a pas a interférer avec la justice. J'ai bien compris que la question du huis-clos était un point dur pour les associations qui ne peuvent pas donner une publicité suffisante aux débats mais ce n'est pas aux associations juives à faire la justice. Tout cela va conduire à l'opposé de l'objectif visé et maintenir l'idée que les juifs veulent une justice sur mesure. Que se passera-t-il si en appel les peines sont plus faibles ?
On ne tue pas toujours en fonction de l'appartenance d'un individu a une communauté. Fofana n'a pas eu le temps de récidiver mais ils est considéré comme dangereux. Il est faux de dire que tous les tueurs ont un problème. Ils peuvent avoir le sens de la valeur de la vie mais pas pour ceux qu'ils considèrent comme des êtres inférieurs par exemple. "l'antisémitisme peut être une de ces raisons, mais cela ne justifie pas une condamnation plus forte" En France la peine est aggravée lorsqu'on a à faire à un crime raciste ou antisémite c'est tout à fait justifié. Les associations juives n'ont pas rendu la justice, elles ont critiqué les conditions de ce procès et ont manifesté leur désapprobation du verdict. C'est le ministre qui a fait appel comme il en a le droit. Votre dernier question apporte la preuve de l'indépendance de la justice.
Le problème de Fofana ce n'est pas qu'il est antisémite c'est qu'il a été capable de tuer pour rien. Les tribunaux sont remplis de tueurs qui tuent pour rien. Je préfèrerais que les associations juives nous disent "ça doit coûter cher de tuer un homme" plutôt que "ça doit coûter cher de tuer un juif". Sur le fond, cette question renvoie inéluctablement au conflit du proche orient ou parfois un juif est échangé contre 100 palestiniens. Un juif ne vaut pas 100 palestiniens, un homme c'est un homme, c'est cela que je veux mettre en avant.
Je crois qu'à trop vouloir prouver vous vous noyez...
Texto : " On ne peut pas imposer à une citée remplie de musulmans de ne pas être antisémite. "
Ce serait gentil de développer cette affirmation.
Je suis complètement en accord avec J BOSS, ce qu'à fait cet individu était avant tout l'exécution d'un être humain, soit-il Juif, noir, homo, catholique ou bien d'une toute autre communauté !
Pour moi, la justice doit-être la même pour tous les êtres humains. La Loi en France est faite de façon à ce que les crimes soient punis pour ce qu'ils représentent. Donc, s'il s'agit d'un crime raciste, il doit être puni en conséquence. Il me semble que l'accusé a écopé du maximum. Quand aux autres accusés, la justice a fait son travail en conscience je pense, peut-être pourrait-on lui faire confiance.
Si le Président est intervenu à des fins politiques, je trouve que ce n'est pas normal, s'il se laisse influencer par les groupes religieux, ce n'est pas normal. L' Eglise et l' Etat sont séparés depuis cent ans.
Maintenant je comprend la douleur d'une communauté blessée dans son coeur, mais je suis profondément laïque et je pense que seule la laïcité est garante d'un bon équilibre entre les communautés.
La justice doit être la même pour tous, les actes d'accusation doivent-être seuls pris en compte pour une justice indépendante dans le respect des Lois de la République.
En essayant de faire comprendre qu'un crime sur tel ou tel être humain est plus ou moins important on commence à établir une hiérarchie entre les individus et là on va vers des terrains plus que glissants et nauséabonds.
Tel ou tel victime pratiquant d'une religion "vaudrait plus" de punition au coupable que tel autre ?
Oter la vie à quelqu'un est toujours aussi inexcusable quelle que soit l'état civil ou la religion de la victime. Si le crime est accompagné d'actes particulièrement horribles ou barbares là aussi il y a une peine supplémentaire qui s'ajoute ; mais cela suffit c'est l'acte commis qui compte et qui est répréhensible.
Tu ne tueras point, POINT !!! - Cela veut bien dire tu ne tueras point de catho, de musulmans, de juifs, de zoroastres si il en reste...
Sinon il va falloir établir un barème, selon la religion, la profession, l'appartenance politique, les hobbies (est ce que tuer un velliplanchiste c'est pire que tuer un cycliste) Ou s'attaquer à un UMP est pire que s'attaquer à un communiste - oui là je sais c'est facile un ammendement prévoira le délit de crime contre la majorité présidentielle.
N'entront pas dans ce débat un homicide est un homicide et il n'est pas pardonnable.
Quand à la récupération médiatique traditionnelle dans le fonctionnement politique actuel cela n'étonne plus personne. Mais une émotion chassera bientôt l'autre - et le PS courra toujours après la réponse à la question de la semaine d'avant.
Sauf grosse erreur de ma part il est inexact d'affirmer qu'en conséquence de l'appel du Parquet le gang se retrouvera quasiment au grand complet : les 11 accusés (sur 26 en tout) qui ne font l'objet d'aucun appel se gardent bien de broncher.
A contrario cela démontre l'exceptionnelle clémence de l'arrêt attaqué.
Pour le reste ce procès est exceptionnel à TOUS les points de vue et, forcément, il est difficile d'y appliquer les "usages".
A contrario cela démontre l'exceptionnelle clémence de l'arrêt attaqué.
Cela démontre tout simplement que pour les autres accusés, le jury a suivi les réquisitions.
Non Somni, manifestement vous ne connaissez pas les principes de bases qui régissent la mécanique judiciaire.
Il est impossible de se prononcer sur le fond du dossier puisque, en raison du huis clos (dont en l'état actuel des vos lois les seuls accusés sont maîtres) nous n'avons que des comptes rendus d'audience illégaux et manifestement orientés ( Nouvel Obs, notamment) et des commentaires des parties, forcément partisans.
1. CLEMENCE
Lorsque quelqu'un est condamné et qu'il n'interjette pas appel cela signifie tout simplement qu'il ne souhaite pas être jugé une deuxième fois. En l'espèce il est clair que les nombreux rescapés ne veulent pas prendre le risque de voir leurs peines augmentées. (N'oublions pas que les juges peuvent aller au delà des réquisitions.)
On peut donc parler de clémence à leur égard le réquisitoire pouvant, lui aussi, être clément.
2. INTERVENTIONISME
On a peine à lire que des juristes et pénalistes de renom parlent d'immixtion de l'exécutif dans le judiciaire.
Un peu de terminologie. N'importe quel étudiant en fin d'études de droit sait que les membres des parquets, tant d'instance que d'appel n'ont du magistrat que les vertus qui s'attachent à la fonction de juger. Pour le reste leur tâche, ardue, souvent ingrate mais combien noble, consiste à exercer l'action publique ce qui est fondamentalement et totalement indépendant du fait de rendre la justice. Rendre la justice. C'est cela le Pouvoir Judiciaire. C'est à dire appliquer et éventuellement dire le droit, prendre une décision, trancher un différent, condamner, en un mot JUGER. C'est tout simple: les parties (et le Procureur de la République en est une) plaident et les magistrats du siège décident. (On dit d'ailleurs Procureur près le Tribunal et Juge au Tribunal)
Il est donc parfaitement normal et rassurant que les Procureurs et Avocats Généraux, exercent leur ministère, que l'on dit fort justement public, dans un cadre hiérarchisé et surveillé.
La loi veut, et c'est heureux, que l'autorité suprême sur ces hauts fonctionnaires (et non juges) revienne au ministre lequel décide ainsi de la politique criminelle qu'il convient de conduire. C'est un des aspects du pouvoir. Ici exécutif, pas judiciaire.
A noter enfin, dernière et magnifique précision dans un État de Droit, que le ministre ne peut donner à ses Avocats généraux que des injonctions positives et jamais, au grand jamais d'ordres négatifs.
Devinez pourquoi.
certains disent "ce n'est pas plus grave" de tuer un juif. Mais la question ne se pose pas. C'est bien parce qu'il était juif qu'il a été tué, et c'est bien parce qu'il était juif qu'il a été enlevé, séquestré, torturé. Par ailleurs, c'est le législateur qui a prévu des circonstances aggravantes dans certains cas (quand les victime est mineure, par exemple, mais il y en a beaucoup d'autres). C'est le cas quand l'infraction est commise à raison de l'appartenance ou non à une ethnie, religion etc de la victime (précisons que ce n'est pas pour toutes les infractions, mais dans les seuls cas prévus par la loi, il faut voir infraction par infraction).
Il faut toujours partir des textes (article 132-76 du code pénal) :
Dans les cas prévus par la loi, les peines encourues pour un crime ou un délit sont aggravées lorsque l'infraction est commise à raison de l'appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, de la victime à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.
La circonstance aggravante définie au premier alinéa est constituée lorsque l'infraction est précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature portant atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.
Notons d'emblée que le deuxième alinéa de cet article est une clé d'interprétation du premier alinéa. Il ne suffit donc pas pas de dire que les membres du gang sont tous antisémites ou qu'au minimum qu'ils partagent des préjugés antisémites (les juifs et l'argent)
Il faut que l'infraction principale ait été précédée, accompagnée ou suivie de propos, écrits, images etc actes de toute nature ayant porté atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée.
En ce sens, voir l'explication donnée devant le Sénat sur la proposition de loi correspondante (il s'agit donc d'une initiative parlementaire) :
Ainsi, la circonstance aggravante ne serait constituée qu'en présence d'éléments objectifs : propos, écrits, images, objets, actes de toute nature. Si cette définition peut paraître réduire le champ d'application de la circonstance aggravante, elle permettra probablement une plus grande efficacité de la répression en évitant des classements sans suite ou des relaxes au motif que l'infraction est insuffisamment caractérisée.
http://www.senat.fr/rap/l02-139/l02-1398.html
Je ne sais si le but poursuivi à l'époque par l'initiateur de la proposition, à savoir éviter des classements sans suite, a été atteint. Mais il est à mon sens incontestable que la définition retenue tend à restreindre la définition de l'antisémitisme comme circonstance aggravante.
D'où le sentiment d'avoir minoré l'antisémitisme. Mais minoré par rapport à quoi ? par rapport au sens commun sans doute.
Une bonne administration de la justice suppose qu'elle puisse travailler dans la sérénité et que son impartialité ne puisse être mise en cause.
J'ai très peur du spectacle que cet appel va donner de la justice.
Fofana souhaitait un procès public avec au moins autant de force que les parties civiles, pour se donner un public, et revendiquer ses délires. L'appel va lui donner le rôle de sa vie. Les parties civiles seront violemment agressées par ses discours, mais sans pouvoir réellement lui répondre. Pour qu'il puisse y avoir un combat idéologique, encore faudrait-il qu'il y ait une réelle idéologie chez Fofana. Ce que j'ai pu en lire jusqu'à présent relevait plutôt de l'éructation et d'une grande confusion mentale.
Et en ce qui concerne les autres accusés, une aggravation des peines donnera l'impression que le tribunal a rendu une justice sous influence qui aurait cédé aux groupes de pression, la confirmation ou la réduction des peines, confirmera les parties civiles dans leur sentiment que la justice française fait preuve d'un laxisme coupable lorsqu'il s'agit d'antisémitisme.
Il ne nous reste plus qu'à espérer que de nouveaux éléments voient le jour pendant les débats qui éclaireraient d'un jour nouveau le rôle de chacun dans la martyr d'Ilan Halimi et justifieraient une redistribution des peines à la hausse comme à la baisse.