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Cinq idées pour rendre les élections européennes plus attractives

Alexandra Le Seigneur, mis à jour le 03.02.2014 à 10 h 19

Réforme du mode de scrutin, campagne plus longue, listes transnationales... De nombreuses propositions ont été avancées pour améliorer la lisibilité et l'intérêt d'un scrutin qui n'a attiré aux urnes qu'un peu plus de 40% des citoyens en 2009.

Des électrices hongroises lors du scrutin européen du 7 juin 2009. REUTERS/Laszlo Balogh.

Des électrices hongroises lors du scrutin européen du 7 juin 2009. REUTERS/Laszlo Balogh.

Les 24 et 25 mai prochain, les électeurs français désigneront leurs 74 représentants au Parlement européen. Vous ne connaissiez pas la date? Pas étonnant, puisque ces élections ont du mal à mobiliser l'attention: en 2009, seulement 40,6% des Français y ont participé, un taux en baisse par rapport à celui, déjà faible, de 2004 (42,8%).

Plus les années passent, plus l’Europe s’élargit et plus le taux de participation global chute: il est passé de 62% en 1979 à 43% en 2009. Une baisse de participation justifiée, selon certains chercheurs, par l’entrée dans l’Union de pays d’Europe centrale et orientale qui ne manifestent pas un grand intérêt pour ces élections, avec par exemple des taux de participation autour de 20 ou 21% en Lituanie et Slovaquie.

Mais des membres «historiques» de l'UE témoignent aussi de ce désintérêt, avec par exemple des taux autour de 35 ou 37% au Pays-Bas et au Royaume-Uni. Membre fondateur, la France n'affichait en 2009 que le 15e taux de participation sur 27.

Infographie des taux de participation publiée sur le site du Parlement européen

Selon Nicolas Leron, président du think tank Eurocité, les élections européennes ne passionnent pas pour une simple et bonne raison:

«L’enjeu politique n’existe pas. [...] Peu de gens sont au courant de ces élections et peu sauront vous donner les noms des députés français qui siègent au Parlement. Il y a un vrai déficit d’information. Pourtant, les gens disent vouloir être informés.»

D'après les chiffres de l'Eurobaromètre de la Commission européenne de mars 2013, 84% des sondés pensent que, si les citoyens étaient mieux informés sur les partis politiques, sur les élections européennes en général et sur l’impact de l’Union européenne sur leur vie quotidienne , le vote lors des élections européennes serait bien plus conséquent. La responsabilité de la faible participation incomberait donc aux institutions et aux partis, qui échoueraient à mobiliser.

Mais une part de cette moindre mobilisation n'est-elle pas aussi imputable à la façon dont sont élus les députés? Ces dernières années, plusieurs réformes ont été évoquées pour rendre ces élections plus lisibles et attractives pour les citoyens européens. En voici cinq.

1. En France, organiser l'élection sur des listes nationales

La géographie des élections européennes varie selon les pays. Aux Pays-Bas, par exemple, elles se déroulent au niveau d’une seule circonscription nationale. Jusqu'aux élections de 2004, la France pratiquait le même système, mais a depuis adopté celui en vigueur en Italie ou au Royaume-Uni, notamment, avec huit circonscriptions interrégionales: le Nord-Ouest, l’Ouest, l’Est, le Sud-Est, le Sud-Ouest, le Massif central-Centre, l’Île-de-France et l’Outre-Mer.

Ce choix d’une division de la France en circonscriptions avait été justifié par «la volonté de rechercher une plus grande proximité entre les électeurs et les députés», explique le député PRG du Rhône Thierry Braillard, qui a déposé en septembre 2012, avec les autres élus de son groupe, une proposition de loi sur le rétablissement d'une circonscription unique, enterrée depuis par le PS.

Selon lui, cette réforme n’a pas atteint son objectif: ces circonscriptions ne renvoient à «aucune cohérence d’ordre historique, culturel ou administratif». Elles résulteraient d’un «mauvais calcul» et ne feraient qu’augmenter les incohérences. «La circonscription du Sud-Ouest rassemble les électeurs de Bordeaux à Montpellier, comment peut-on alors parler de proximité?», s'interroge-t-il

Ce découpage aboutit parfois à de drôles de parachutages: en 2009, par exemple, Jean-Luc Mélenchon, pourtant élu parisien, s'était ainsi présenté dans le Sud-Ouest, la tête de liste en Ile-de-France revenant à Patrick Le Hyaric, le directeur du journal L'Humanité. Une candidature qui devrait être renouvelée cette année, alors que le leader du Front de gauche s'est entretretemps présenté aux législatives dans le Pas-de-Calais, à Hénin-Beaumont.

Autres exemples: le PS présente en deuxième position dans la région Ouest Emmanuel Maurel, le leader de l'aile gauche du parti, pourtant élu municipal du Val d'Oise; quant à l'UMP, elle a choisi pour tête de liste en Île-de-France le Palois Alain Lamassoure, élu en 2009 dans le Sud-Ouest.

A noter enfin que ce système aboutit à de drôles de distorsions dans les résultats: par exemple, en 2009, le Front de gauche a obtenu un eurodéputé de plus que le FN avec pourtant 50.000 voix de moins au plan national, car la répartition de ses votes au sein des différentes régions lui était plus favorable.

2. Avancer la date du dépôt des candidatures

En décembre dernier, le gouvernement a fait voter une loi avançant d'une semaine la date limite de dépôt des candidatures, qui tombera cette année le 2 mai, soit 22 jours avant le scrutin — et six semaines après les résultats des élections municipales des 23 et 30 mars.

Une date encore trop tardive, estime Samuel B.H. Faure [1], doctorant au CERI et maître de conférences au sein du Master Affaires européennes à Sciences-Po, et à l'origine d'une pétition réclamant un dépôt des listes juste avant le premier tour des municipales. Il craint en effet que des candidats qui n’auront pas été élus lors de celles-ci se rabattent sur les européennes: «Les perdants et les poids lourds vont se retrouver sur les listes.» Et critique par ailleurs la faible durée de la campagne officielle: «On va se retrouver avec une micro-campagne de deux ou trois semaines, comme c’était déjà le cas en 2009, où il n’y presque pas eu de campagne du tout.»

3.Donner la main aux électeurs sur les listes

Sur le site Change.org, on peut trouver une pétition —signée par seulement 250 personnes— proposant que les électeurs français aient le droit de modifier l’ordre des listes lors des prochaines européennes.

En Autriche, en Belgique, au Danemark, en Finlande, en Italie, aux Pays-Bas, au Luxembourg et en Suède, l'ordre des candidats peut déjà être modifié —les électeurs luxembourgeois, qui certes ne désignent que six eurodéputés, peuvent même piocher dans plusieurs listes.

Ce type de mode de scrutin ne serait pas tout à fait nouveau en France: aux élections municipales, dans les communes de moins de 1.000 habitants, qui élisent une dizaine de conseillers municipaux, les électeurs peuvent déjà rayer des noms sur les listes et les panacher. Mais ce type de votes seraient plus compliqués à dépouiller pour un scrutin avec 45 millions d'électeurs inscrits et 74 élus...

4. Organiser le scrutin le même jour dans toute l'Europe

Selon l’Eurobaromètre, 62% des électeurs sondés pensent que la participation aux européennes serait plus importante si l’élection avait lieu le même jour dans toute l’Union européenne, et non pas sur quatre jours du jeudi au dimanche, et si les partis proposaient un candidat pour le rôle de président de la Commission.

Nicolas Leron est du même avis: «L’important c’est de créer un moment fort médiatique et européen.» Il faudrait idéalement que les élections se déroulent le même jour pour tout le monde et que les résultats soient annoncés au même moment, ce qui permettrait de «concentrer» tout l’enjeu politique.

5. Introduire des listes transnationales, avec les candidats à la présidence de la Commission en tête de liste

Durant la dernière législature, l'eurodéputé libéral-démocrate britannique Andrew Duff, rapporteur de la Commission des Affaires constitutionnelles, avait proposé de réformer la procédure électorale européenne en mêlant listes nationales et listes transnationales: il était proposé que les citoyens élisent une partie de l'assemblée sur des listes paneuropéennes en créant 25 nouveaux sièges de parlementaires et en faisant voter chaque électeur deux fois, une pour une liste nationale et une pour une liste européenne. Cette réforme n’a finalement pas été discutée au Parlement européen.

Pour Andrew Duff, cette réforme permettrait notamment aux partis européens de faire voter clairement les électeurs sur le nom de leur candidat au poste de président de la Commission européenne. «Depuis l’introduction du traité de Lisbonne, un lien fort s’est tissé entre les élections européennes et la présidence de la Commission européenne», explique l'équipe de l'eurodéputé anglais, citant l’article 17 du texte, selon qui le Conseil européen «propose au Parlement européen un candidat à la fonction de président de la Commission, en tenant compte des élections au Parlement européen».

Certains partis européens se sont déjà engagés à choisir clairement un candidat. Le PSE, qui regroupe les partis sociaux-démocrates, s'est ainsi prononcé pour Martin Schultz, actuel président du Parlement européen. Les écologistes organisent eux une primaire ouverte en ligne qui se terminera fin janvier.

Pour l'équipe d'Andrew Duff, le système des listes transnationales mettrait davantage en valeur ces candidats:

«On n’aura plus l’impression de voter pour du beurre, on votera pour un parti et pour un leader, l’enjeu sera enfin existant. Le fait de choisir un candidat fort pour chaque parti européen permettrait d’européaniser le débat. Si vous placez Marine Le Pen face à Guy Verhofstadt, ils ne parleront pas d’enjeux nationaux puisque l’une est française et l’autre belge: le débat sera forcément européen.»

Alexandra Le Seigneur

[1] Co-rédacteur en chef du blog 27etc, hébergé par Slate.fr. Revenir à l'article

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