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Qatar 2022: voilà à quoi va ressembler la première Coupe du monde en hiver. Et c'est très bien pour le foot

Grégoire Fleurot, mis à jour le 09.01.2014 à 9 h 09

Elle commencera probablement en novembre, finira en décembre et ne chamboulera pas tant que ça le calendrier. Ou pourrait permettre de remettre à plat un calendrier mal foutu.

Des journalistes qataris attendent l'annonce du pays hôte de la Coupe du monde 2022 par la Fifa à Aden le 2 décembre 2010, REUTERS/Khaled Abdullah

Des journalistes qataris attendent l'annonce du pays hôte de la Coupe du monde 2022 par la Fifa à Aden le 2 décembre 2010, REUTERS/Khaled Abdullah

Cela ne faisait plus beaucoup de doute depuis plusieurs mois, c'est désormais quasiment certain. La Coupe du monde 2022 au Qatar devrait bien se dérouler en hiver, plus précisément entre le 15 novembre et le 15 janvier, comme l'a annoncé Jérôme Valcke, le secrétaire général de la Fifa, sur Radio France et France Inter ce mercredi 8 janvier.

Le vice-président de l'organisme qui gère le football mondial, Jim Boyce, a eu beau démentir les propos de son collègue dans la foulée, ceux-ci ont trahi ce qui est un secret de polichinelle depuis que la Fifa a mis en place en octobre un groupe de travail pour étudier la question et que son président Sepp Blatter y est lui-même devenu favorable. Le but est d'éviter que la compétition se déroule sous les températures caniculaires de l'été qatari, où le thermomètre peut grimper bien au-delà des 40°C, contre des températures tournant autour de 20°C en décembre. Le Qatar avait initialement prévu de faire descendre artificiellement la température à 27°C dans les stades, mais cela n'avait fait que déplacer la polémique sur le terrain de l'impact environnemental.

Si l'annonce officielle devrait attendre encore quelques mois et la tenue de l'édition 2014 au Brésil, une question va désormais monopoliser l'attention du monde du football: comment va-t-on procéder concrètement? La Coupe du monde, évènement planétaire dont le coût organisationnel est généralement estimé à plus de 10 milliards d'euros, commence habituellement autour du 10 juin et finit autour du 10 juillet. Cette fenêtre a déjà été modifiée de quelques jours par le passé, comme lors de l'édition 2002 au Japon et en Corée du Sud, qui avait eu lieu entre le 31 mai et le 30 juin pour devancer la saison des pluies.

La faire passer en hiver va poser des problèmes d'organisation inédits alors que le calendrier est déjà chargé. Les nombreuses compétitions de football sont réglées comme des horloges pour ne pas empiéter les unes sur les autres et satisfaire tous les acteurs, des joueurs dont il faut respecter la santé aux diffuseurs qui sont les principaux financiers du sport en passant par les clubs, les ligues nationales et les compétitions européennes. Mais cela sera aussi l'occasion de tester de nouvelles choses dans un sport où le changement d'habitudes et l'innovation ne sont pas les premières qualités.

Le calendrier actuel

Actuellement, les championnats européens, les meilleurs et les plus puissants au monde, commencent à partir de la mi-août et se terminent fin mai, avec deux semaines de trêve (sauf en Premier League, le championnat anglais) pendant les fêtes. Les compétitions européennes de club que sont la Ligue des champions et la Ligue Europa et les coupes nationales ont lieu aux mêmes périodes, et leurs matchs s'intercalent tout au long de la saison entre ceux de championnat.

La coupure de deux mois et demie en été est consacrée aux vacances des joueurs (environ un mois) et à la préparation de la nouvelle saison (environ un mois), sauf les années paires, synonymes de Coupe du monde ou de championnat d'Europe, qui se déroulent donc en juin-juillet.

Les joueurs participant à ces deux grandes compétitions internationales, parmi lesquels on retrouve logiquement la grande majorité des meilleurs joueurs du monde, ont simplement moins de vacances que les autres et reprennent l'entraînement un peu plus tard en juillet.

Le scenario le plus probable: une trêve hivernale d'un mois et demi

Le scénario le plus probable serait d'inverser ce calendrier, avec une trêve hivernale plus longue (un mois et demi) pour permettre la tenue de la Coupe du monde, et une coupure plus courte en été.

Richard Scudamore, le président de la Premier League et un des opposants les plus bruyants à un Mondial en hiver, a estimé que cela nécessiterait de chambouler le calendrier de trois saisons entières, la saison 2021-2022 ainsi que la précédente et la suivante. Mais ce ne serait pas forcément le cas.

L'agence de presse américaine Associated Press a imaginé ce à quoi pourrait ressembler un calendrier avec un Mondial en novembre-décembre. Résultat, les modifications ne porteraient que sur une seule saison, et pas de manière aussi drastique que certains le craignent. La saison européenne se terminerait comme d'habitude en mai 2022 et recommencerait environ trois semaines plus tôt qu'à l'accoutumée, mi-juillet.

Le début de saison se déroulerait ensuite normalement, avec les matchs de championnat entrecoupés de matchs de Ligue des champions et, au niveau international, des matchs de qualification pour l'Euro 2014. La saison s'arrêterait ensuite le 4 novembre, soit deux semaines avant le Mondial, et les clubs seraient obligés de libérer leurs joueurs appelés en équipe nationale.

«Il n'y aurait pas besoin de la période de repos habituelle avant la Coupe du monde étant donné que la compétition tombe au milieu de la saison, à une époque où les joueurs joueraient en temps normal trois matchs par semaine», écrit AP. Les matchs amicaux de pré-Mondial prendraient place aux dates habituelles des matchs internationaux de novembre.

La Coupe du monde se déroulerait ensuite sur un mois, comme d'habitude, du 18 novembre au 18 décembre, qui est aussi la fête nationale du Qatar. La Premier League pourrait ainsi reprendre à temps pour son programme habituel de Noël, le fameux «Boxing day», tandis que les autres championnats pourraient choisir de reprendre un peu plus tard.

Les championnats se finiraient entre le milieu et la fin du mois de juin, soit environ un mois plus tard qu'actuellement. La saison suivante reprendrait à l'époque habituelle, en août 2023.

Le scénario Lego de Rummenigge

Si de nombreuses voix se sont élevées contre la tenue du Mondial en hiver du côté de la Premier League, ce scénario inévitable est accueilli de manière beaucoup plus positive et pragmatique en Allemagne. C'est sans doute dû en partie au fait qu'en Allemagne, comme en France mais contrairement à l'Angleterre, le calendrier comporte déjà une petite trêve de deux semaines en hiver.

Le très influent Franz Beckenbauer, meilleur joueur allemand de l'histoire, a été l'un des premiers à se prononcer en faveur d'une Coupe du monde hivernale, en 2010. Karl-Heinz Rummenigge, autre légende vivante du football allemand, PDG du Bayern Munich (club champion d'Allemagne et d'Europe en titre) et président de l'Association européenne des clubs, a quant à lui estimé l'été dernier que c'était l'occasion de remodeler le calendrier actuel de manière permanente en installant un «système Lego». Voici comment il décrit sa proposition, où l'idée serait de former des «blocs» dans le calendrier:

 «L'idée est basée sur des périodes de temps. On pourrait faire la Coupe du monde en janvier ou février, par exemple celle au Qatar, et si la Coupe du monde revient en Europe en 2026, on pourrait la jouer à nouveau en été. [...]

Il y aurait trois ou quatre mois dédiés uniquement au football en club, puis peut-être un mois de football international pour les matchs de qualification et les matchs amicaux. [...]

Ce système peut s'ajuster pour joueur une Coupe du monde en janvier ou en juin. Il suffit juste de bouger les modules. Bien sûr cela serait révolutionnaire et, au début, sans doute un peu irritant pour les fans, mais je suis convaincu que cela peut aussi avoir des avantages.»

Cette proposition, qui peut déboucher sur une saison calquée sur l'année calendaire, rejoint en plusieurs points celle formulée à plusieurs reprises par l'actuel président de l'Uefa Michel Platini. Théoriquement, ce système pourrait aider les clubs parce que des périodes entières de la saison seraient réservées au football en club, là où le calendrier actuel les oblige à libérer régulièrement leurs meilleurs joueurs pour les besoins des équipes nationales.

Le scenario très improbable: copier la Coupe d'Afrique des nations

Il existe déjà à l'heure actuelle une compétition internationale qui se joue tous les deux ans en hiver pour éviter la chaleur estivale et qui perturbe les saisons des clubs européens: la Coupe d'Afrique des nations (CAN). Le tournoi, qui a généralement lieu en janvier et février, entraîne tous les deux ans les mêmes polémiques: beaucoup de clubs européens doivent alors laisser partir leurs meilleurs joueurs africains pour que ceux-ci aillent représenter leur pays, et beaucoup tentent de les retentir par tous les moyens, même les moins délicats. Ce système est également en vigueur au rugby, où les clubs européens doivent faire sans leurs meilleurs joueurs pendant les grandes compétitions internationales comme la Coupe du monde ou le Tournoi des VI nations.

Mais ce modèle ne semble pas imaginable pour la Coupe du monde. La CAN crée déjà un nombre important de frictions entre les clubs d'un côté et les joueurs et fédérations africaines de l'autre. Faire continuer les championnats nationaux pendant le Mondial signifierait que les compétitions nationales et la Ligue des champions perdraient non pas quelques-uns mais quasiment tous leurs meilleurs joueurs pendant un mois et demi, une situation catastrophique en termes d'intérêt sportif, de spectacle et donc d'argent.

Quoi qu'il en soit, ces différents scénarios, s'ils règlent plus ou moins les problèmes purement sportifs, en laissent d'autres en suspens, dont en premier lieu le mécontentement des diffuseurs. Sepp Blatter n'a ainsi pour le moment pas exclu la possibilité de payer des compensations aux chaînes américains Fox et NBC, pour qui une Coupe du monde en hiver entrerait en conflit avec la saison de football américain. Les fédérations de sports d'hiver voient de leur côté d'un mauvais œil la concurrence médiatique énorme qu'apporterait un Mondial de foot hivernal.

Quant aux supporters européens, si ceux qui se déplaceront au Qatar apprécieront de ne pas mourir de chaud, ceux qui resteront chez eux regretteront peut-être les matchs vus aux terrasses des cafés ou en plein air sur un écran géant par 30°C.

Grégoire Fleurot

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