Monde

Le lac Inle, le joyau de la Birmanie en péril

Jean-Claude Pomonti, mis à jour le 08.01.2014 à 18 h 12

Dans le cadre idyllique d’une plaine encadrée de montagnes, au cœur du grenier du Myanmar, le lac Inle, ses eaux et ses potagers flottants constituent un trésor aujourd’hui menacé par plusieurs sources de pollution.

Un pêcheur sur le lac Inle, en 2009. REUTERS/Soe Zeya Tun

Un pêcheur sur le lac Inle, en 2009. REUTERS/Soe Zeya Tun

A près de neuf cents mètres d’altitude, en pleine Asie des moussons, le lac et ses environs rappellent que la nature et l’homme se marient parfois avec bonheur. Dans le sud de l’Etat shan, les jardins et villages flottants du lac Inle, dont les alentours abritent pagodes, sites historiques, sources d’eau chaude, sont si attrayants que les touristes s’y précipitent depuis 2011 et l’ouverture du Myanmar, nouveau nom de la Birmanie depuis 1989. Toutefois, intervenant dans la foulée d’un demi-siècle de négligences sous la dictature militaire, ce fort afflux ne sera peut-être pas béni s’il ne s’accompagne de fermes mesures de protection d’un écosystème unique.

A la surface du lac, les potagers reposent sur un assemblage délicat de boues, de jacinthes d’eau et d’autres plantes à l’aide de tiges de bambou plantées verticalement et de pieux qui les empêchent de dériver. Ce mélange peut atteindre un mètre d’épaisseur, dont le tiers émerge.

Les potagers flottants couvrent aujourd’hui le quart de la superficie du lac. Leurs tomates, très appréciées et cueillies lorsqu’elles sont encore vertes, sont vendues sur tous les marchés du pays pendant les huit mois de production. Les jardins flottants produisent également fleurs, légumes à gousse, courges ou concombres. [Cliquez sur les photos pour le svoir en grand]

Des plants de tomates, octobre 2011. REUTERS/Soe Zeya Tun

Ces matelas sont stables mais fragiles car les cultivateurs –membres du peuple intha, qui compte plusieurs milliers d’individus et ont fui des combats dans le sud birman au début du XVIIIe siècle– limitent au mieux la quantité de limon utilisé pour éviter de les faire sombrer en les alourdissant. Les cultivateurs se déplacent entre les plants de tomates ou de concombres à bord de barques sans moteur dont ils enroulent l’unique rame d’une jambe afin de lui imprimer un mouvement circulaire.

Compétition d'aviron, en octobre 2001. Les compétteurs enroulent la rame d'une jambe. REUTERS/Soe Zeya Tun

De nos jours, toutefois, les touristes s’y promènent à bord de centaines d’embarcations à moteur appelées «long-tail boats» parce que leur hélice se situe, à la façon thaïlandaise, deux mètres derrière le moteur. Les vagues ainsi provoquées agitent trop fortement les matelas qui supportent les cultures. En prime, les fuites d’essence des moteurs contribuent à une pollution supplémentaire d’eaux dans lesquelles les habitants des villages flottants continuent de procéder à leurs ablutions.

Un jeune garçon plonge tandis qu'une mère donne un bain à un bébé, à côté du lac Inle, en septembre 2013. REUTERS/Minzayar

La profondeur moyenne de ce lac de 12.000 hectares –le deuxième de Birmanie par la superficie– n’est que de 2m10 en saison sèche, de novembre à mai (elle peut toutefois dépasser les 4 m pendant la saison des pluies, de mai à fin octobre). En outre, la superficie du lac s’est réduite: 69 km2 en 1935, 47 km2 en 2000, selon une étude japonaise publiée en 2007. Elle continue de diminuer depuis en raison d’un encombrement croissant (non seulement les potagers, mais des habitations flottantes et celles sur pilotis d’artisans, de l’administration ou même d’hôtels pour touristes fortunés).

Octobre 2011. REUTERS/Soe Zeya Tun

Dans les potagers flottants, le recours à de nouvelles variétés de semences importées de Chine et de Thaïlande, qui requièrent davantage de pesticides et d’insecticides, représente une menace pour les eaux et les poissons. Ces derniers disparaissent déjà au fur et à mesure que les jardins se développent. En mars 2012 déjà, le site de l’Irrawaddy rapportait que des substances chimiques avaient été relevées dans des poissons et des légumes, notamment des tomates.

Novembre 2009, à côté du lac Inle. REUTERS/Soe Zeya Tun

En outre, le lac se situe au cœur d’une riche région agricole (à proximité du lac, le domaine de Red Mountain produit même des vins de qualité). Mais le lac souffre d’un surcroît de sédiments produits par la déforestation et l’agriculture sur brûlis, et qui sont charriés par les rivières qui se jettent dans le lac. Enfin, le développement du tourisme contribue à une croissance démographique rapide et provoque une multiplication des déchets et détritus.

Après le site historique de Bagan (l'ancien Pagan), le lac Inle est le deuxième centre touristique de la Birmanie. Ces dernières années, auberges et hôtels se sont multipliés, y compris à Nyaungshwe, bourgade en amont sur la rivière Nam Pilu et à peu près à mi-chemin entre le lac Inlé et le petit aéroport de Hello qui dessert la région.

Pour éviter l’assèchement du lac et l’empoisonnement de ses eaux et de ses jardins flottants, des mesures commencent à être prises, notamment pour réduire le nombre des jacinthes d’eau, plantes envahissantes et venues d’ailleurs. Des campagnes d’hygiène sont également renforcées pour freiner la pollution des eaux et leur utilisation (cuisine, toilettes) dans les secteurs les plus pollués; pour convaincre hôteliers et restaurateurs de renoncer à transformer le lac en poubelle et pour imposer aux cultivateurs des méthodes acceptables, sans recours aux pesticides et insecticides.

Jean-Claude Pomonti

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Journaliste
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