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Monsieur, votre pénis est énorme

Tom Hickman, mis à jour le 29.11.2016 à 13 h 45

...comparé à celui d’un singe. En revanche il est probablement semblable à celui des autres hommes.

Séance photo aux Philippines en 2008. REUTERS/Cheryl Ravelo

Séance photo aux Philippines en 2008. REUTERS/Cheryl Ravelo

Intellectuellement, l’homme sait pertinemment que la taille de son sexe ne devrait pas revêtir une importance particulière dans une relation, ni pour lui ni pour sa partenaire. Son bon sens lui dit que cela ne sera sûrement pas l’élément majeur et décisif qui gouvernera la réaction d’une femme à son égard. Et pourtant... il ne peut s’empêcher de le croire.

La question qui apparaît le plus fréquemment sur les sites Internet dédiés au sexe continue d’être: «Est-ce que la taille est importante?»

Les hommes peuvent trouver en ligne une empreinte téléchargeable figurant quatre profils de tailles différentes (de «moyenne basse» à «extraordinairement grande»), à imprimer et utiliser comme étalon pour jauger leur anatomie. L’homme le plus équilibré n’est pas à l’abri de se croire sous-équipé. Selon le Kinsey Institute, beaucoup d’hommes américains sont convaincus que la taille de l’érection moyenne atteint 25cm et ce en dépit (ou peut-être à cause) d’un accès fréquent à des sites pornographiques sur Internet où les acteurs rasent leurs poils pubiens pour augmenter la visibilité et où beaucoup utilisent une pompe pour gonfler la chose de manière temporaire. Mais le citoyen lambda devrait pouvoir trouver un réconfort dans l’idée qu’il s’introduit, statistiquement parlant, dans la même cohorte que 90% de ses congénères.

Lorsque trente ans après leur publication, à la lumière de découvertes ultérieures, le Kinsey Institute a analysé les données exploitées par son fondateur, il a découvert qu’un homme sur cent dépassait la moyenne érectile comprise entre 12 cm et 17cm pour atteindre 20cm; que 7 hommes sur 1.000 dépassaient les 20 cm et que seul 1 sur 1.000 atteignait les 22cm. Or, deux enquêtes, menées par Internet Durex et Definitive Penis, tout en soulignant une certaine correspondance entre leurs résultats de base et ceux de Kinsey, suggèrent prudemment qu’il y a davantage de très gros pénis: entre 4 et 7 hommes sur 100 atteignent 20cm, entre 30 et 40 sur 1.000 vont jusqu’à 22cm et entre 10 et 30 sur 1.000 les dépassent. Et alors que les données de l’institut montrent que les érections dépassant les 22cm sont si rares (un mot, soit dit en passant, que Kinsey lui-même préfère toujours à celui de «grosses») qu’elles sont statistiquement immesurables, les deux enquêtes révèlent qu’un homme sur cent déclare dépasser les 25cm. En tout, l’institut a trouvé que 18 hommes sur 1.000 ont une érection au-dessus de la moyenne; pour les enquêtes Durex et Definitive Penis, ce chiffre est entre quatre et huit fois plus élevé. Kinsey a-t-il pu se tromper à ce point?

Un pénis de plus en plus grand?

Le problème pour les chercheurs est qu’ils ont été contraints de s’appuyer sur des mesures fournies par les participants eux-mêmes. La majorité des chiffres de Kinsey venaient de mesures faites maison (et cochées sur des cartes postales à renvoyer); toutes les données des sondages Durex et Definitive Penis ont été collectées de la même manière –Definitive Penis indiquant une érection moyenne à 16cm et Durex à 16,25cm.

Alors, est-ce que les pénis grandissent, comme les gens?

Aux hommes qui dressent l’oreilles à cette question, sachez que la réponse est non: c’est la nature désincarnée et anonyme d’Internet qui explique sans doute cette apparente augmentation. Non que Durex et Definitive Penis ne se soient pas protégés des plaisantins et autres délirants. Durex a éliminé les réponses extrêmes: les moins de 7,5cm, soit «la taille d’un gros piment» et ceux de plus de 25cm, «un gros concombre». L’enquête Definitive Penis a ignoré les fraudeurs manifestes (les avocats de 17 ans et ceux qui se revendiquaient une ascendance de guerriers zoulous américains) et éliminé les 1% des réponses les plus basses et les 2% des plus élevées; en outre, le site a demandé aux participants d’envoyer une photo par mail faisant figurer un ruban à mesurer.

Si l’on fait la moyenne des moyennes de Kinsey datant de plus d’un demi-siècle, de celles de son institut datant de 25 ans et de celle des enquêtes Durex et Definitive Penis des dernières années du millénaire (dont les deux extrêmes ne sont distants que de seulement 0,76cm après tout) nous arrivons à une taille de 15,87cm et à une circonférence d’un peu moins de 12,7cm, que l’on retrouve à peu près dans toutes les enquêtes.

C’était sûrement les chiffres les plus définitifs que l’on pouvait espérer obtenir jusqu’à ce qu’en 2001, Lifestyle Condoms (chargé de la même mission que Durex) ne conduise la seule enquête à grande échelle ne s’appuyant pas sur des mesures faites par les sujets eux-mêmes et ne bouleverse totalement l’univers du pénis.

Après avoir convaincu 300 volontaires de soumettre leur virilité au garde-à-vous à l’attention de deux infirmières armées de doubles décimètres, sous la constante supervision d’un médecin, Lifestyle a rapporté que l’érection moyenne était de 14,73cm –soit environ 1,15cm de moins que les moyennes calculées ci-dessus. Il vaut la peine de noter que cinq ans auparavant, deux études à moins grande échelle (une en Allemagne et l’autre au Brésil) avaient provoqué des érections médicamenteuses chez des volontaires et que les deux avaient trouvé une moyenne de 14,47cm. Encore plus surprenant, la même année le Journal of Urology a publié les résultats d’une étude dans laquelle 80 hommes normaux de diverses ethnies avaient également été excités grâce à des médicaments (le but dans ce cas était de fournir une aide à d’autres hommes envisageant une augmentation pénienne), et qui était arrivée à une moyenne de 12,9cm, soit presque deux centimètres de moins que l’étude de Lifestyle.

Le corps médical continue de mesurer les phallus; entre 2007 et 2010, au moins 15 études différentes ont été publiées, toutes sur le terrain. Ce qui ressort aujourd’hui est que les hommes qui savent ou qui estiment être en dessous de la moyenne sont peu susceptibles de se porter volontaires pour se faire toiser ou se mesurer eux-mêmes, ce qui signifie que les moyennes pourraient en réalité être bien inférieures à celles qui sont rapportées (dans certaines circonstances, une allusion à cette hypothèse peut rendre de fiers services à des hommes peu dotés). 

Qui mesure?

Ce qui est irréfutable, c’est que là où il y a des hommes et des pénis il y a des mensonges, de sacrés mensonges, et des mesures maison.

Objectivement, même les gros pénis humains sont petits, sauf à l’échelle humaine; en revanche ils paraissent pratiquement tous de taille conséquente comparés à ceux des 192 autres espèces de primates. Lorsqu’il est flaccide, le pénis du gorille et de l’orang-outan, qui ont tous les deux des corps bien plus grands que les nôtres, est presque invisible; en érection il atteint au maximum 3,8cm; l’érection du chimpanzé, le plus proche cousin de l’homme (avec qui il partage 98% de son ADN) est deux fois plus importante que celle des deux autres singes, mais elle ne dépasse pas pour autant la moitié de l’érection humaine moyenne.

Le sujet de la grosseur relative de la verge humaine intéresse tout un faisceau de disciplines comprenant l’archéologie, l’anthropologie et la zoologie, ainsi que les branches évolutionnistes, psychologiques et sociologiques de la biologie. Collectivement, elles n’arrivent pas à fournir ce que l’on appelle «l’explication causale ultime».

L’opinion scientifique généralement admise est que lorsque l’ancêtre hominoïde de l’homme est descendu de son arbre il y a 4 millions d’années, la taille de son pénis était comparable à celle des singes –«petit, limite invisible» selon l’archéologue Timothy Taylor dans La préhistoire du sexe. Mais lorsque la marche en position debout a déplacé l’intérêt sexuel de l’arrière vers l’avant pour les deux sexes, intérêt intensifié par la perte de la plus grande partie des poils ailleurs que dans la zone génitale, le pénis a entamé un processus de «sélection galopante».

Les féministes inclinent à penser que cela s’explique par la volonté des femmes; que lorsque la femme s’est mise debout, l’angle du vagin a pivoté vers l’avant et vers le bas, s’installant plus profondément dans le corps, obligeant le pénis, comme le dit Rosalind Miles dans The Women’s History of the World, à suivre le même principe que le cou de la girafe:

«Il s’est allongé afin d’obtenir ce qu’il n’aurait pas pu atteindre autrement.»

D’un autre côté, on peut penser que le pénis a évolué parce que c’était ce que souhaitaient leurs propriétaires –un organe plus attirant pour leurs potentiels partenaires et un moyen plus clair d’écarter les rivaux. Un pénis de bonne taille augmentait également les chances d’inséminer une femelle qui avait des rapports avec d’autres mâles, en arrivant plus près du col de l’utérus. Il existe des objections à ce genre de théories –notamment parce que les autres primates mâles ont continué à perpétuer leur espèce en disposant de moyens beaucoup plus réduits. 

Quant à la théorie selon laquelle le pénis a grandi pour aider l’humanité à se livrer à la variété des positions sexuelles que lui dictait son imagination, elle est démentie par les orangs-outans et les chimpanzés, tout particulièrement par le chimpanzé nain ou bonobo (espèce que l’on trouve au Congo, dont le port est plus droit et le squelette plus «humain») qui sont tout aussi imaginatifs dans leurs ébats –eux peuvent s’envoyer en l’air en se balançant aux arbres alors que les hommes se limitent à s’accrocher au lustre.

Ce n'est pas la taille (du pénis) qui compte

Mais si la science ne peut expliquer de façon certaine pourquoi le pénis de l’homme est si gros, elle a néanmoins une explication quant à la taille de ses testicules.

Au début des années 1980, le psychologue spécialiste de l’évolution David Buss a mis le monde scientifique en émoi en émettant l’hypothèse (dans Les stratégies de l'amour) que plus une espèce de primate était libre de mœurs, plus grands étaient les testicules des mâles –la taille du pénis, conjecturait-il, important moins pour imprégner une femelle qui avait des rapports sexuels rapprochés avec d’autres mâles que le fait d’être capable de produire les éjaculats plus fréquents et plus copieux.

Par la suite, des scientifiques britanniques ont pesé les testicules de 33 espèces de primates, homme compris, pour évaluer ce lien entre testicule et libertinage. Fait intéressant, à cette aune, le mâle humain, le primate pourvu du plus gros pénis, n’est pas le roi de la basse-cour: ses testicules, à 42,5 grammes, n’arrivent pas à la cheville de ceux du chimpanzé qui affiche un incroyable 113,4 grammes, soit un rapport testicule-poids du corps trois fois supérieur à celui de l’humain.

Et le puissant gorille, ce primate à l’insignifiant attribut? Il se retrouve de nouveau en queue de peloton, avec des bourses pesant à peine plus de la moitié de celles de l’homme. Comme le souligne Buss, le gorille, avec son harem monogame de trois à six femelles, n’a pas à se livrer à une «compétition séminale» avec d’autres mâles. Alors que le chimpanzé commun aux mœurs légères a des rapports sexuels quasiment quotidiens avec différentes femelles et que le bonobo à la cuisse plus légère encore copule plusieurs fois par jour.

L’homme, quelque part entre le gorille et le chimpanzé, ni totalement libertin ni absolument monogame, est doté d’un pénis qui a évolué bien au-delà de celui de ses lointains ancêtres mais aussi de testicules, ou tout au moins d’une puissance de feu, qui ont probablement diminué. Sa production de sperme par gramme de tissu est considérablement inférieure à celle des chimpanzés ou des gorilles, ce qui conduit les spécialistes à conclure qu’autrefois, comme le disent Lynn Margulis et Dorion Sagan dans Mystery Dance: On the Evolution of Human Sexuality, lorsque l’insémination était affaire de compétition, il était doté d’un «moteur testiculaire» bien plus conséquent.

Tom Hickman

Traduit par Bérengère Viennot

Extrait de God’s Doodle: The Life and Times of the Penis de Tom Hickman, publié en français sous le nom Le bidule de Dieu, une histoire du pénis traduit par Philippe Paringaux aux éditions Robert Laffont.

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