France

C'est Hollande que François Hollande doit simplifier

Eric Le Boucher, mis à jour le 04.01.2014 à 9 h 12

Il a manqué aux vœux présidentiels ce qu’il manque à Hollande et au pays: un allant, du souffle, un horizon, une force. La ligne politique est bonne désormais, mais il faut la mettre en mouvement. Plus vite. Plus fort. Plus simplement.

François Hollande, le 3 janvier 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

François Hollande, le 3 janvier 2014. REUTERS/Philippe Wojazer

Le choc de simplification, François Hollande devrait d’abord et avant tout l’appliquer à lui-même. Comment cet homme peut-il tant aimer l’ambiguïté? Il reste un mystère. Il absorbe tout, il écoute, il lit, il pèse et repèse, il hésite, repart, revient, ne veut oublier ni rien ni personne... Et cette volonté de ne jamais se dévoiler ni sa personne ni ses choix politiques, donne des propos qui manquent de clarté. Adepte du sfumato, technique de peinture de Leonard de Vinci qui couvrait son sujet d’un effet vaporeux, François Hollande embrouille quand il veut mobiliser.

Ses vœux pour l’année 2014 sont une caricature. Il a parlé de tout, de 2013, de l’Afrique, des dépenses publiques, de l’Allemagne, de la transition énergétique, de la sécurité, de l’amour du pays. Derrière, on le sent –on ne sent que cela–, il y a un petit quelque chose pour tout et pour tous. Ce qu’il a manqué à ces vœux est ce qu’il manque à Hollande et au pays: un allant, du souffle, un horizon, une force. François Hollande doit, pour la trouver, simplifier sa tête. La ligne politique est bonne désormais, mais il faut la mettre en mouvement plus vite, plus fort, plus simplement.

Le choix est fait: la politique de l’offre. Adieu le PS d’hier! Adieu l’idée qu’il faut augmenter les impôts, les salaires et les dépenses publiques au mépris de la dette. Adieu le «tax and spend» de Martine Aubry. Vive la concurrence, vive la rigueur, vive l’entreprise. Schumpeter le nouvel héros dit qu’il ne faut pas défendre les emplois d’hier, dehors Montebourg!, mais encourager l’innovation.  Et vive l’Europe puisqu’elle est d’abord un Grand marché et vive la mondialisation qui ouvre les portes dorées de la Chine et de l’Inde.

Il le dit? Il l’assume? Hélas... François Hollande est un compliqué. Il avance, certes, mais orteil par orteil. 2014! Il y a un siècle, la France allait creuser des tranchées pour se défendre. Stratégie qui fera des millions de morts pour rien. La Grande guerre ne sera gagnée que quatre ans plus tard par les chars et le mouvement. Que diable la leçon n’est-elle tirée pour la guerre économique d’aujourd’hui? En avant Monsieur Clemenceau-Hollande, en avant toute!

Il a dit que 2013 avait été «intensive et difficile». C’est une façon de croire et de dire que 2014 sera plus calme et plus facile. Cela rappelle les espoirs de l’état-major du siècle passé: la victoire «pour bientôt». Eh bien non! On ne sait ce que nous réserve le front du Mali et du terrorisme, sans doute aucun apaisement. Mais sur le front économique, rien ne sera «plus facile», au contraire. Oui la reprise est là qui pointe, mais chez les autres! On en tirera des petits bénéfices, bien sûr, mais le décrochage de la France va grandir, comme on l’a vu sur la production industrielle qui repart partout en Europe sauf chez nous. Voilà le beau résultat de notre beau «redressement productif»...

Hollande a promis un «pacte de responsabilité» pour les entreprises: des baisses de charge contre des emplois. Allons-y! Allons-y  franchement: les charges, taxes et prélèvements sur les entreprises françaises sont les plus nombreux et les plus lourds en poids de toute la galaxie. Puisque le président le reconnaît, puisqu’il dit qu’il a «sous-estimé la crise» –en fait la crise «française»– eh bien, «do it!».

Ne mégotons plus, fixons un grand objectif pour 2017 et hardi! C’est là la seule et unique manière d’effacer la très grave et très profonde méfiance des chefs d’entreprises creusée par les intempestives décisions du début du quinquennat. Regardez-les faire la grève des investissements, regardez les grands groupes qui ont pris leur parti de refaire (discrètement) des plans sociaux, regardez les talents qui fuient le pays par milliers et reconnaissez que le mal est terrible. Pour reconquérir ce monde indispensable chez notre nouvel ami Schumpeter, il faut viser simple, vider les intempestifs du gouvernement et frapper fort.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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