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On ne sait toujours pas qui est Sonia Sotomayor

Dahlia Lithwick, mis à jour le 18.07.2009 à 10 h 16

Une boule de cristal serait sûrement plus efficace.

Maintenant que nous avons tweeté, dialogué, podcasté, analysé et blogué en direct les audiences de Sonia Sotomayor jusqu'à plus soif, nous pouvons enfin nous demander: qu'avons-nous appris? Que les dix-sept années de passé judiciaire de la prétendante à la Cour Suprême sont pratiquement sans tache. Qu'elle est très calée sur tout ce qui touche à la loi. Que son commentaire sur «une femme hispanique avisée» était sans doute regrettable. Qu'elle n'a à aucun moment été proche de «s'effondrer». Que sa nomination sera certainement confirmée. En bref, que faute d'avoir brillé, elle s'en est bien sortie. (Nous avons aussi appris qu'elle aime la série Perry Mason et que le sénateur démocrate et humoriste Al Franken est un rigolo. Mais ça, on le savait.)

En revanche, on ne sait rien de plus sur ce qu'elle pense des armes à feu, du mariage gay, de l'avortement, des tribunaux militaires ou de l'expropriation pour cause d'utilité publique. En fait, on en sait sans doute moins sur son opinion sur ces sujets aujourd'hui qu'avant le début de son grand oral.

Le fait que presque tous les médias aient interprété ces quatre jours d'audience exactement de la même manière révèle qu'il s'agissait vraiment d'un moment de télévision écrit à l'avance. Aucune ambiguïté sur ce qu'il s'est passé cette semaine — seulement une interrogation qui reste: devine-t-on mieux la «vraie» Sonia Sotomayor en étudiant son passé dans le domaine judiciaire ou en analysant ses discours? On peut débattre autour de cette question — qui est la «vraie» Sonia Sotomayor? — ad vitam aeternam, sans jamais obtenir de réponse. Cette procédure ne nous en aurait de toute façon jamais apporté. Sotomayor nous le fera savoir très vite, j'imagine.

Ce qui est incroyable, quand on y pense, c'est qu'après quatre longues journées de témoignages, de questions et de panels d'experts, notre connaissance de la candidate ont en fait diminué. Les défenseurs du droit à l'avortement et les groupes de défense des armes à feu des deux camps sont aussi inquiets les uns que les autres. Les libéraux sont plus angoissés que jamais par son zèle dans le domaine des poursuites judiciaires. Les conservateurs n'ont pas la moindre idée de ce qu'elle pense du mariage gay. Ceux qui dénigrent le système de confirmation des juges de la Cour suprême se plaignent généralement de ne rien apprendre sur le candidat. Dans ce cas précis, la plupart d'entre nous avons en fait dû des-apprendre ce que nous pensions savoir d'elle avant les audiences.

Toute cette procédure a été imaginée pour deviner ce qui se cache chez un candidat déterminé à ne rien laisser paraître. On aurait sûrement plus de succès avec une boule de cristal. Et pourtant, les médias américains ont couvert cet événement comme s'il était plus intéressant que la mort de Michael Jackson (merci mon Dieu.) Pourquoi? Parce que, par bonheur, les Américains éprouvent un tel intérêt pour leur Cour suprême qu'ils voulaient vraiment faire la connaissance de son prochain membre. Je ne sais pas si cette procédure l'a montrée, elle ou le comité judiciaire du Sénat, sous son meilleur jour. Dans un sens, c'est surtout le système judiciaire fédéral qu'elle a montré sous un éclairage favorable, principalement parce que Sotomayor était l'un de ses fervents défenseurs: elle ne transige pas avec les sénateurs. Elle n'aborde pas de grandes questions politiques sans avoir un vrai litige judiciaire sous les yeux. Et, comme elle l'a dit au sénateur Tom Coburn, elle ne veut pas être sénateur.

Je crois que la plupart des Américains sont assez malins pour savoir que les juges sont davantage que de simples arbitres. Si c'était le cas, un seul serait suffisant, et il pourrait même être un superordinateur. Mais le fait que nous semblions tellement tenir à en avoir un est peut-être le plus grand compliment que nous puissions faire aux tribunaux. Au fond, cette procédure était très ambitieuse. J'aimerais croire que la richesse de notre expérience en la matière nous permettra d'élaborer une méthode plus efficace — qui mettrait en valeur ce que nous avons de meilleur.

Je ne suis pas certaine que la procédure de confirmation peut être améliorée, bien qu'il existe une foule de livres très intelligents sur le sujet. Tout ce que je sais, c'est que quand des journalistes aux yeux hagards commencent à se montrer les photos du petit dernier — le genre de chose que l'on fait pendant la dernière heure d'un long vol vers l'Australie — alors il est définitivement temps de tout remballer et de rentrer à la maison.

Dahlia Lithwick (traduit par Bérangère Viennot)

Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être L'audition de la juge Sotomayor est un spectacle judiciaire bien rôdé.

(Photo: Sonia Sotomayor lors du 4e jour de ses auditions le 16 juillet 2009, Reuters)

Dahlia Lithwick
Dahlia Lithwick (13 articles)
Journaliste pour Slate.com
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