Economie

Une inversion de la courbe s'est cachée dans les mauvais chiffres du chômage

Gilles Bridier, mis à jour le 29.12.2013 à 8 h 52

Le chômage ne sera pas encore stabilisé fin 2013. L’inversion de tendance, objectif de François Hollande, serait reportée de six mois.

Mont Cenis, janvier 2011. REUTERS/Denis Balibouse

Mont Cenis, janvier 2011. REUTERS/Denis Balibouse

L’ennui, dans les jeux de rôles politiques, c’est que les réactions sont toujours convenues, et donc attendues. Lorsque Michel Sapin, ministre du Travail et de l’Emploi, affirme que la baisse du chômage est amorcée alors que ses services font état pour novembre de 17.8000 demandeurs d’emplois supplémentaires, le citoyen a le droit de se demander jusqu’où peut aller la langue de bois.

Certes, il est légitime comme le fait le ministre de prendre un peu de recul pour remarquer que, si on considère les évolutions trimestrielles, la croissance du chômage s’est atténuée tout au long de l’année. Mais soutenir que l’objectif de François Hollande —réitéré quelques jours avant Noël— d’inverser la courbe du chômage fin 2013 est gagné, c’est plonger l’opinion publique dans un abîme d’incompréhension. Ralentir la hausse du chômage n’est pas le faire  reculer.

Car malgré tout, les chiffres sont têtus et le nombre de chômeurs sans aucun emploi a augmenté de 5,6% sur un an et encore de 0,5% en novembre, d’après les statistiques officielles. Sans aller jusqu’à l’auto-flagellation qui ne conviendrait pas à un gouvernement en place ni à un ministre en exercice, il n’y a pas de quoi afficher une quelconque satisfaction.

Pour l’opposition, c’est pain béni. Jean-François Copé à la tête de l’UMP n’a pas laissé passer l’occasion de réclamer au chef de l’Etat un acte de contrition en reconnaissant son échec, préconisant tout une série de dispositions que la droite elle-même ne sut pas intégrer à sa politique économique lorsqu’elle était aux affaires. Ce qui démonétise le commentaire en le réduisant à une critique politicienne systématique, alors que l’enjeu mériterait bien une forme d’opposition plus constructive.

Le chômage des seniors s’aggrave

Pourtant, les statistiques de novembre livrent bien d’autres enseignements que les déclarations sans nuances des uns et des autres.

Si l’on considère le chômage des seniors, la tendance à la stabilisation annoncée par Michel Sapin pour l’emploi en général n’est absolument pas d’actualité. Le chômage des plus de 50 ans augmente de 11,7% sur douze mois, et encore de 1,3% en novembre (deux fois plus que pour l’ensemble des demandeurs d’emploi).

Les dispositions prises pour le maintien des seniors dans l’emploi font chou blanc, et les entreprises n’ont pas mis en œuvre les mesures envisagées pour garder leurs salariés âgés comme elles s’y étaient engagées au moment de la réforme des retraites. Productivité et compression de masse salariale obligent : le nombre des réductions de postes dus aux plans sociaux et aux  ruptures conventionnelles ne cesse d’augmenter, l’économie française détruit plus d’emplois qu’elle n’en crée.

Au final, la durée moyenne de chômage pour les seniors a encore augmenté en 2013, et on dénombre maintenant 582.000 personnes inscrites à Pole Emploi depuis plus de trois ans, soit une hausse de 17,4% en un an. On comprend que le gouvernement n’entre pas dans les détails.

Le chômage des jeunes sort de l’ornière

A l’inverse, si l’on regarde le chômage des jeunes sans aucun emploi ou en temps partiels réduits (catégories A, B et C), on note une progression limitée sur un an à 1,1%, soit une quasi stabilisation soulignée par les résultats de novembre. Ils révèlent une baisse de 0,9% du nombre des demandeurs d’emploi de moins de 25 ans dans ces catégories. Ce n’est d’ailleurs pas une première: cette année, le chômage des jeunes a connu plusieurs mois de recul.

Certes, les emplois aidés ont favorisé cette tendance, et l’on connait les difficultés qui existent pour les transformer en véritables emplois pour les jeunes qui en bénéficient. Malgré tout, pour cette catégorie de chômeurs et même si on ne peut parler de véritable embellie, il existe  bien une réelle inversion de la courbe du chômage. Reste maintenant à consolider cette tendance.

Le chômage ne refluera pas début 2014

Les résultats de la politique du gouvernement de Jean-Marc Ayrault ne peuvent être que ténus. Le scénario de l’Unedic montre la complexité de la tâche:

«En 2014, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A progresserait à nouveau; on dénombrerait ainsi +75.600 inscrits sur l’année. En effet, l’emploi total progresserait grâce au ralentissement des destructions d’emploi marchand et aux emplois d’avenir et CUI-CAE, mais cela ne serait pas suffisant pour compenser le dynamisme de la population active».

Pas de miracle possible, l’équation est connue: à moins de 1% de croissance —voire 1,5%— l’économie ne crée pas suffisamment d’emplois pour offrir un travail aux nouveaux arrivants sur le marché. Et les hypothèses de croissance retenues ne dépassent pas 0,9% pour 2014: c’est mieux que 0,2% en 2013, mais encore insuffisant pour insuffler une reprise solide sur le marché de l’emploi.

L’Insee est globalement sur la même ligne. Grâce essentiellement aux emplois aidés, l’emploi non marchand devrait continuer à progresser (de 33.000 postes) au premier semestre 2014, écrit l’institut dans sa note de conjoncture de décembre.  Mais à cause de l’augmentation  de la population active (113.000 personnes), le taux de chômage doit encore progresser au premier semestre de l’an prochain pour atteindre 11%.

Ainsi, on ne saurait pronostiquer une inversion de tendance sans un décalage d’au moins six mois sur le calendrier fixé par le chef de l’Etat. Le chômage devrait être à peine stabilisé au début de l’été prochain, dans l’espoir qu’une sortie de la récession de la zone euro entraîne dans son sillage une reprise de l’activité en France, et de l’emploi, au deuxième semestre. 

Gilles Bridier

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