France

Apprendre à lire et compter avec des tablettes, c'est mieux?

Nadia Daam et Louise Tourret, mis à jour le 31.07.2014 à 15 h 30

Deux chroniqueuses de Slate débattent du rôle des outils numériques dans l’apprentissage, de leur intérêt, des problèmes que cela peut poser au milieu éducatif...

Une école de Nice utilisant des tablettes, septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard

Une école de Nice utilisant des tablettes, septembre 2013. REUTERS/Eric Gaillard

Tout a commencé par un anodin échange de mails entre deux chroniqueuses. Nadia Daam contribue à notre théma «Range ta chamber», sur l’art et la manière de mal élever nos enfants. Louise Tourret analyse pour Slate notamment le charme de l’Education nationale. La discussion a pris sur le rôle des outils numériques dans l’apprentissage, notamment en Zep, apprendre à coder, etc. «Filons des tablettes et des PC aux ZEP, a écrit Nadia, et on verra bien que ça a un effet.» Louise, plus prudente: «Avant de filer des iPad aux élèves défavorisés, vérifions pas à pas que chaque gamin apprend correctement à lire, comprend les quantités, se repère dans l'espace.»

Nous publions ci-dessous la suite de cet échange.

De: Louise
A: Nadia
Sujet: des iPads pour les Zep

Pourquoi penses-tu que ça peut avoir un effet positif sur les apprentissages?

De: Nadia
A: Louise
Re: des iPads pour les Zep

L'introduction du numérique dans le système scolaire a déjà largement fait ses preuves ailleurs. On sait qu'au Danemark, aux Pays-Bas, ou encore en Norvège, l'utilisation d'outils numériques est très largement entrée dans les mœurs. Or, ce sont aussi des pays qui sont à chaque fois très bien classés dans Pisa et il est difficile de ne pas y voir une corrélation.

Le problème, en France, c'est qu'il y a peu d'études qui établissent un lien entre numérique à l'école et performances des enfants. Mais il y en a quelques-unes. Ce rapport d'une mission parlementaire sur le numérique à l'école avait notamment démontré que les enfants apprennent mieux et plus vite quand ils ont des outils numériques (ordinateurs notamment) à leur disposition.  

De: Louise
A: Nadia

Oui. En même temps, des études, il y en a pour tous les goûts! Par exemple une enquête réalisée par deux chercheurs Robert W. Fairlie et Jonathan Robinson pour le National Bureau of Economic Research (Etats-Unis) en mai dernier, dit que les ordis personnels et les tablettes n'ont pas vraiment d'effets sur la réussite scolaire. C'est Le Monde qui l'avait évoqué dans cet article intitulé «A quoi servent les tablettes à l'école».

Pour ce qui est des pays que tu cites... La Norvège (qui est un peu derrière la France au dernier classement Pisa) ou le Danemark (qui a des performances en maths assez proche des nôtres –500 points pour eux et 495 pour nous), ou encore des Pays-Bas (là ce que je remarquerais c'est que c'est un des pays dont le système éducatif prend le mieux en charge les enfants issus de l'immigration).... ont tous des traditions éducatives assez différentes de la France. Donc on ne peut pas dire que l'usage des outils numériques fasse la différence (mais peut-être que oui, c'est positif). En même temps, des pays comme l'Estonie ou le Vietnam nous surclassent largement dans Pisa, et les tablettes n'y sont pas largement rentrées dans les mœurs... Alors qu'en dire?

Cela étant, je ne suis pas du tout contre les tablettes par principe, mais il faut se poser quelques questions:

  • 1. Combien ça coûte? Et qui va payer? (En France, pour l'instant ce sont les collectivités locales –comme les départements si c'est au collège)
  • 2. Qu'est-ce qu'on met dans la tablette? C'est gratuit? Payant? On est en système ouvert? Attention avec Apple par exemple, est-ce qu'on aura pas plein de verrous?
  • 3. C'est quoi l'objectif? Faire des exercices, des jeux éducatifs? On a mis des MO5 et des TO7 dans mon école primaire dans les années 1980, on n'avait pas décidé quel était vraiment le but de la manœuvre, et bon... l'expérience n'a pas été très impressionnante.
  • 4. ET SURTOUT, est-ce qu'on forme les profs, parce que ce n'est pas le tout d'avoir une tablette, il faut savoir quoi faire avec, comment, etc. Et la formation des enseignants en France (initiale et continue) à des progrès à faire.L'OCDE et son étude Pisa le disent: en France seulement 17% d'entre eux se forment chaque année (et encore les formations, on pourrait en reparler), c'est très insuffisant.

Enfin, l'urgence c'est que 20% des élèves sortent du CM2 sans maîtriser la lecture. Et ça, c'est proprement révoltant. Est-ce qu'on ne devrait pas consacrer tous les moyens disponibles à empêcher ça?

Je fais un aparté mais c'est drôle, parce qu'au moment où l'on se parle, il y a un sommet des #tablettistes au Canada.

De: Nadia
A: Louise

Ah c'est drôle!

Oui, c'est vrai, les études sont souvent contradictoires. D'autant que les effets sont aléatoires et de proportions différentes en fonction des matières dont on parle.

Mais précisément, le numérique permet aussi de décloisonner les disciplines, il n'y a pas les maths d'un côté, la lecture de l'autre. On se rappelle de Scratch par exemple, qui était l'un des premiers logiciels libres utilisés à grande échelle. Il était d'ailleurs, à la base, destiné aux centres extrascolaires et aux enfants issus de milieux défavorisés dès 8 ans.

Typiquement, ce logiciel permettait de faire du calcul, mais aussi de créer des formes géométriques, de créer des histoires, de la musique, etc. De tels logiciels permettent d'établir des liens entre les disciplines, de délinéariser l'enseignement.

Dans un tout autre genre, les instits qui se servent de Twitter avec leurs élèves racontent très bien l'intérêt pédagogique de l'atelier «tweet du matin» (la concision, l'orthographe, se repérer dans le temps, etc.).

Tu évoques le matériel qui a été mis à la disposition des élèves dans ton école dans les années 1980, et qui n'a pas donné grand-chose. C'est aussi parce qu'à l'époque, on ne savait pas trop quoi en faire. Aujourd'hui, il existe une offre pléthorique et franchement innovante d'outils numériques. Mais coûteuse, en effet.

Oui, la question «combien ça coûte, qui paie» est importante. On sait qu'il existe une importante fracture numérique territoriale (des écoles très bien dotées par leur collectivité, d'autres non). Et on ne peut décemment pas tolérer qu'en France, des enfants jouissent des meilleures technologies, et que d'autres aient trois fois rien. C'est aussi une forme d'inégalité.

Vincent Peillon a d'ailleurs déjà prévu un budget pour «faire entrer l'école dans l'ère numérique». Il y a donc un budget prévu pour ça (qui n'est pas non plus délirant d'ailleurs).

Pour ce qui concerne la lecture, tu as raison de dire que le fait que 20% des élèves quittent le CM2 sans savoir lire est proprement scandaleux. Mais justement, le numérique n'est-il pas un moyen possible pour corriger cela?

Même quand ils sont issus de milieux défavorisés, les enfants n'arrivent pas à l'école numériquement vierges, ils ont déjà vu ou touché un ordinateur, un téléphone, une tablette, savent qu'on peut écrire, et lire des choses avec, s'intéressent à ces objets. Pourquoi ne pas profiter de ce goût des enfants pour ces «joujoux» et de s'en servir comme d'un support?

De: Louise
A: Nadia

Tout a fait d'accord sur le support. L'important, quand on apprend à écrire, c'est de savoir que ça sert à communiquer, donc on peut écrire des tweets... ou des cartes postales, des mails ou des lettres. Mais oui, le numérique, ça fait écrire donc c'est pas mal. En même temps, toi et moi, on n'a pas eu besoin de tablettes à l'école pour se former à ça, les outils numériques sont faciles à utiliser, c'est pour ça que la fracture numérique, ça m'a toujours interloquée.

Je pense qu'une personne qui possède des bases suffisante en lecture et en écriture n'a aucun problème pour utiliser un ordinateur ou un smartphone, une tablette, etc. Il suffit de savoir lire pour apprendre à se servir d'une tablette en quelques minutes! Mais il ne suffit pas d'une tablette pour apprendre à lire.

Mais c'est vrai, à l'école on peut faire des tas de choses avec des tablettes. Mais pour l'instant les enseignants qui mènent ces expériences, et j'en connais (@vairaunik en maternelle à Paris ou @jyaire) sont des pionniers enthousiastes, des pédagogues réflexifs aussi.

Que se passera-t-il quand on mettra des tablettes dans les mains de tous les enfants avec des profs pédagogues et réflexifs mais pas forcément technophiles? Du coup, je me demande l'intérêt de généraliser.

Concernant l'apprentissage de la lecture: je suis persuadée qu'on peut faire des choses formidables avec les tablettes pour apprendre à lire, et il y a des applis éducatives très intéressantes. Mais la résolution des difficultés scolaires ne viendra pas de machines.

Les outils sont intéressants, mais c'est la détermination des enseignants, des adultes, à faire réussir un élève dans ces apprentissages qui fait la différence. Et une fois que le gamin a les bonnes bases et qu'il sait qu'on est derrière lui, il apprend beaucoup de choses tout seul. Partout, dans la vraie vie, sur les écrans... et à l'école!

Ce qui plaît à beaucoup d'enseignants novateurs, c'est qu'avec le numérique les élèves peuvent co-construirent leurs savoirs (expression qui rend une partie des enseignants malades) –je te cite un article du Café pédagogique signé de Michèle Drechsler (inspectrice de l'Education nationale et conseillère Technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement):

«Avec les tablettes ne peut-on pas générer ces “révolutions minuscules” ou ces “petits moments magiques”, qui bousculent les certitudes, qui “boostent” la réflexion des élèves, et qui permettent aussi une réflexion des enseignants sur les différentes façons d’apprendre? Ces moments de manipulation via ces interfaces numériques à haute valeur cognitive ne sont-ils pas une façon de faire vivre concrètement dans l’action, l’expérience de ce qu’un savoir en construction produit comme surprise et inspiration? Avec tous les apports du numérique, nous pouvons repenser ici à ce que Louis Legrand appelait une “pédagogie de l’étonnement” et Georges Snyders “la joie à l’école”

Mais ça, je pense que c'est aussi l'attrait de la nouveauté.

Enfin, je reviens aux logiques économiques et industrielles et je me demande s'il est bien raisonnable de faire dépendre l'enseignement d'outils qui sont chers, frappés rapidement d'obsolescence, dont les fabricants verrouillent éventuellement l'utilisation (ben oui, si un jour le parton d'Apple devient fou ou créationniste et dit qu'on n'a plus le droit d'utiliser les appli de Sciences de la Vie et de la Terre?), dont les prix peuvent changer, qui sont fragiles, etc. J'avoue que l'aspect commercial du dossier continue de me gêner.

De: Nadia
A: Louise

Tu dis que l’expression «co-construire les savoirs» rend certains enseignants malades. Et c’est tout le problème selon moi. Que les enseignants le veuillent ou non, les écrans font aujourd’hui concurrence au papier, aux manuels scolaires. Ou en tout cas, les manuels, les livres, les sources peuvent être concentrés dans un seul objet: l’écran.

Les enseignants ont donc deux possibilités: observer ces mutations avec méfiance et /ou passivité et rester cramponnés au modèle du cours frontal (l’enseignant sur l’estrade face à son parterre d’élèves). Ou alors, ils peuvent aussi accompagner ces mutations, les intégrer dans leur stratégies pédagogiques, en tirer le meilleur et se former en même temps que les élèves à ces nouvelles pratiques.

C’est le choix qu’ont fait les «pionniers enthousiastes» que tu cites. Ces pionniers ne sont pas nécessairement technophiles pas essence, ils ont simplement fait le choix (parfois douloureux) d’abandonner progressivement ce geste ancestral qui consiste à tourner le dos aux élèves pour écrire sur le tableau noir, au bénéfice d’une vision plus collaborative de l’enseignement.

Collaborer avec ces outils, mais aussi avec les élèves eux-mêmes.

Pour être encore plus claire, on ne peut pas aujourd’hui être enseignant ET technophobe. On ne doit pas l’être, en tout cas.

D’abord parce que cette technophobie repose en partie sur l’idée erronée qui veut que le web, le numérique, représente un danger pour le métier d’enseignant, qu’ils pourraient à terme se substituer au prof. Or, dans les pays ou le numérique a été introduit précocement et de manière massive, on n'a pas observé de destructions massives de postes d’enseignants, il me semble.

Ensuite, ces technologies peuvent au contraire redonner un rôle essentiel à l’enseignant: apprendre aux élèves à faire le tri entre les différentes sources, les former à vérifier et recouper les informations, et surtout leur apprendre à être des «citoyens numériques» et à se préserver des dangers du Net (quelles informations puis-je donner sur le web, qu’est-ce que la protection des données personnelles etc.).

Ce sont de nouvelles tâches dont ils vont à terme devoir s’acquitter, qu’ils le veuillent ou non. Ces changements passent aussi par la formation, évidemment (et on n'est effectivement pas performants là-dessus notamment pour les enseignants de primaire) mais d’abord par une prise de conscience, une remise en cause de la géographie de la salle de classe. Ils doivent accepter d’être parfois au côté de l’élève et non plus uniquement face à lui.

Personnellement,  je trouve honteux que la France soit à ce point en retard sur le numérique (24e sur 27) et qu’il y ait encore en 2013 des enseignants qui rechignent à se servir de ces outils, même quand ils en ont de nombreux et performants à leur disposition.

Surtout quand on sait que dans de nombreux pays émergents ont eux relevé le défi de cette innovation. Je pense par exemple à l'enseignant indien Sugatra Mitra, qui dès 1999, a introduit des ordinateurs dans les quartiers les plus pauvres de New Delhi. Initiative qui a permis à des milliers d’enfants d’apprendre l’anglais, de se perfectionner en lecture... Il est d’ailleurs en train de mettre en place des learning lab qui permettent à ces enfants d’utiliser des ressources dans le cloud.

Et nous, nous en sommes encore à nous demander s’il est opportun de généraliser l’introduction d’ordinateurs et de tablettes parce que tous les profs ne sont pas au point? Mettons-les devant le fait accompli, ils seront bien obligés de s’y mettre.

Pour ce qui est des dangers représentés par l’aspect commercial, je suis d’accord avec toi. Il faut être vigilant. Mais pour l’instant, les grandes entreprises ont des initiatives tout à fait louables.

Je pense par exemple à la classe immersive créée par Microsoft à Issy-Les-Moulineaux qui forme aussi bien les enfants que les enseignants à leurs équipements. Oui, on peut voir ça comme une gigantesque campagne publicitaire pour leurs produits, mais on s’en fiche, non? L’essentiel est qu’enfants et adultes en sortent en ayant appris quelque chose. 

Mais oui, le risque que les fabricants opèrent un contrôle total de l‘utilisation de leurs produits est réel, c’est vrai. La solution aurait peut-être été que la priorité soit donnée aux logiciels libres. C’était d’ailleurs prévu, mais ça avait été retoqué cet été par le gouvernement. Preuve en effet que le lobbying des géants du numérique est réel et efficace.

De: Louise
A: Nadia

D’abord, un million de fois OUI pour les logiciels libres. Ils devraient être la norme à l’école. Mais non, on ne s’en fiche pas des campagnes publicitaires dans l’école publique. C’est comme ça qu’on se retrouve avec du matériel éducatif sponsorisé et pourquoi pas demain des publicités dans les contenus scolaires.

Il y a des précédents comme ces fameux kits éducatifs à la fin des années 1990 où on apprenait à compter des frites McDo et qui avait fait scandale (en tout cas en France). Je resterai sur ce principe que je trouve plus actuel que jamais, l’école est laïque et c’est aussi s’affranchir autant que faire se peut de la société de consommation et du monde commercial.

Je lis l’article que tu mets en lien sur Issy-les-Moulineaux:

«“Amener le numérique à l'école c'est passionnant”, a déclaré le président de Microsoft France, Alain Crozier.»

Ben oui, ça va être passionnant de vendre des milliers d’ordinateurs! La classe immersive, qu’est-ce que c’est? Une publicité pour Microsoft, qui veut vendre des ordis ou des «tapis interactifs». Et puis, je ne vois pas trop l’intérêt d’apprendre à localiser des pays avec un tapis interactif plutôt qu’avec une carte comme dans l’exemple du Café pédagogique.

Je vais te citer les propos d’un des plus intéressants spécialistes du numérique à l’école, Bruno Devauchelle (et j’en profite pour conseiller son blog):

«L’engouement incroyable pour les tablettes semble relever davantage d’un irrationnel que d’une analyse froide et réfléchie. Et pourtant les marchands se frottent les mains, ils semblent avoir réussi le pari de l’imaginaire de la réussite scolaire.»

Et puis, un sujet dont on ne parle jamais, les établissements et les conseils généraux qui paient pour les ordinateurs au collège ont du mal à assumer les coûts liés à l’entretien du matériel. Un matériel qui sera peut-être obsolète dans cinq ans...

Mais pour revenir aux pédagogies, si encore on nous disait quelque chose du genre: grâce à nos applications issues des recherches pédagogiques, nous pouvons proposer aux élèves des exercices adaptés aux pédagogies utilisées dans la classe qui leur permettent de progresser ou de surmonter leur difficultés pas à pas si ils en ont. Mais ce n’est pas ce que j’entends. Jamais.

Les sciences de l’éducation se contredisent beaucoup mais sont souvent d’accord sur une chose: les expérimentations menées sur des groupes restreints par des enseignants motivés fonctionnent toujours. Il faut vraiment travailler sur des échantillons conséquents et dresser des comparaisons avec un groupe témoin pour prouver l’efficacité d’une méthode ou d’un outil.

Tu dis que les enseignants vont être obligés de s’adapter. Mais imagine la perte de temps et d’argent que ça représente si on balance des tablettes dans les classes en disant aux gens «vous n’avez qu’à vous adapter»?

Le changement à l’écol,e ça rate. Ça ne rate pas forcément mais souvent, comme l’a très bien expliqué l’historien Antoine Prost dans son dernier livre Du changement dans l’école.

Mais on a tout de même de quoi réfléchir, le ministère a fait un point complet sur la question. Je n’ai pas été hyper impressionnée par les conclusions concernant les gains en termes d’apprentissage, ce qui était le point de départ des notre discussion. Le département des Landes a généralisé l’usage des tablettes au collège. L’inspection générale, dans un rapport qui date de 2011 disait:

«Le bilan est beaucoup plus nuancé en ce qui concerne les usages pédagogiques aussi bien dans l’établissement qu’à l’extérieur. La mission d’inspection générale en a recherché les causes; elles sont multiples et relèvent de la responsabilité de tous les acteurs: collectivité territoriale, autorité académique, établissements, enseignants, éditeurs.»

Et pour poursuivre sur les apprentissages, ce n’est pas formidable d’être 24e sur 27 pour le numérique. Mais la vraie honte, c’est d’être les premiers pour les inégalités sociales à l’école de tous les pays de l’OCDE. La vraie honte, je le redis, c’est que 20% des enfants sortent du CM2 avec de très grosses difficultés en lecture. Et ça me rend dingue d’y penser. Ces gamins peuvent peut-être faire des choses avec des tablettes, mais ils ont surtout besoin d’adultes qui leur consacrent du temps, de l’attention. Des adultes persuadés qu’ils sont capables de réussir.

Et puis, dernièrement, un rapport de l’inspection générale (oui je suis passionnée par ces rapports), critiqué au demeurant, montrait que les enseignants du primaire faisaient de moins en moins écrire les élèves. Ce n’est pas génial pour l’orthographe, mais surtout, c’est en écrivant qu’on apprend aussi à structurer son raisonnement, argumenter etc. et ça, dans le monde numérique ça peut servir! C’est même surtout ça qui va servir.

Bon, je me calme un peu. Juste un truc, sur la géographie de la classe, sur le fait d’être à côté de l’élève... Mais rien de nouveau sous le soleil! Célestin Freinet et son «éducation nouvelle» faisaient cela il y a cent ans! Et il utilisait une technologie de son époque: l’imprimerie.

Certains aspects de la pédagogie Freinet ont infusé dans l’école. Des enseignants la pratiquent aujourd’hui, souvent avec bonheur. Mais je ne pense pas que c’est en donnant des tablettes qu’on va changer le modèle éducatif. Ce n’est pas le genre de coup qu’on peut faire en douce, en distribuant des tablettes. Il faut que les programmes, la formation des enseignants soient en cohérence avec une nouvelle manière pédagogie... Si on décide que c’est de cette manière là qu’il faut enseigner.

Ce ne sont pas les profs qui constituent le mammouth. Le vrai mammouth, c’est la culture scolaire à la française. Et si on veut faire évoluer les choses, arrêter les cours magistraux, transmettre autrement, ce que tu sembles appeler de tes vœux, ce n’est pas à Microsoft, ou Apple, ou toi ou moi, de le dire aux enseignants français. Cela doit être une démarche collective, cohérente de l’Ecole, réfléchie, portée par l’Education nationale et soutenue par le corps social. Sinon toutes les dépenses risquent fort d’être inutiles.

Je te rassure, certains changements dans l’école ont plutôt bien réussi: la mixité par exemple (qui n’a qu’une quarantaine d’année). Mais d’autres continuent de montrer leurs limites. C’est le cas des Zep, car les moyens réels, matériels et humains, et sûrement aussi la volonté politique, sont insuffisants.

De: Nadia
A: Louise

ll y a malgré tout un changement qui doit s’opérer de manière inéluctable et qui, lui, n’implique pas nécessairement de coûts exorbitants: l’initiation au code. Les enfants doivent savoir lire, écrire, compter, mais aujourd’hui, ils devraient aussi savoir coder.

Gilles Babinet, qui est le responsable des enjeux du numérique pour la France auprès de Bruxelles, plaide précisément pour qu’on apprenne aux enfants à coder dès 8 ans, parce que selon lui, le code, c’est «la nouvelle grammaire universelle».

C’est d’ailleurs déjà le cas en Estonie où le gouvernement est en train de rendre les cours de langage informatique obligatoire dès 6 ans. La Finlande l’envisage aussi pour la prochaine rentrée.

D’autres ont également compris l’enjeu que représente l’apprentissage de la programmation. Savoir coder, c’est avoir la chance de devenir parfaitement autononome, être capable à terme de créer ses propres supports, de participer de manière active au numérique... bref, de ne pas abandonner le pouvoir aux seules machines.

En 2006, l’auteur de SF David Brin avait même été jusqu’à écrire qu’en n'ayant pas généralisé l’apprentissage du code dans les écoles, «nous nous sommes comportés comme une civilisation qui aurait dévoré ses propres champs de maïs»

D’ailleurs, certains n’attendent pas que le miracle estonien se crée dans leur pays. En France, il existe déjà des «coding goûters» où les enfants peuvent apprendre à coder, le site Codeacademy propose également une initiation en ligne.

Reste à savoir si la France va s’emparer de la question et comprendre l’enjeu que représente le langage de la programmation… 

De: Louise
A: Nadia

Moi aussi je suis pour l'apprentissage du code, davantage que pour l'usage des tablettes! Il y a eu un projet de mettre au programme du PS la création d'une filière informatique informatique au bac. Mais même l'idée a été abandonnée...

Nadia Daam
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Louise Tourret
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